ROUCAYROL Fernand, Jean, Joseph

Par Justinien Raymond

Né le 7 avril 1894 à Béziers (Hérault), mort le 4 mai 1988 à Anet (Eure-et-Loir) ; avocat puis journaliste ; secrétaire de la Fédération socialiste de l’Hérault ; conseiller municipal de Béziers, député de l’Hérault.

Fernand Roucayrol
Fernand Roucayrol

Fils d’Émile Roucayrol, employé de commerce puis petit propriétaire exploitant agricole, et de Rose Azaïs, sans profession, Fernand Roucayrol fit ses études au collège de Béziers et suivit les cours de mathématiques spéciales au lycée de Montpellier. Il entreprit des études de droit qui furent interrompues en 1914 par la guerre. Mobilisé dans l’artillerie, maréchal des logis, il participa à l’expédition d’Orient. Rendu à la vie civile en 1919, il passa avec succès son troisième examen de licence en droit et fit un stage de clerc dans une étude d’avoué. En 1921, il s’inscrivit comme avocat au barreau de Béziers.

En 1922, Fernand Roucayrol adhéra au Parti socialiste SFIO. Le 13 janvier 1924, à la faveur d’une élection complémentaire, il fut élu conseiller municipal de la ville. La même année, il entra comme délégué à la propagande, au bureau de la Fédération socialiste de l’Hérault. Tout en refusant le front unique PC-PS, il se situait à la gauche d’une fédération que les élus, Édouard Barthe*, Camille Reboul* et Jean Félix* allaient bientôt déserter. Il était le chef de file de la tendance antiparticipationniste, derrière le secrétaire général Paul Faure*. Il s’était marié le 19 août 1924 à Béziers avec Rose Sarda. En juillet 1925, il fut candidat au conseil général, sans succès, dans le premier canton de Béziers, mais fut réélu au conseil municipal en 1929. Secrétaire de la section socialiste de Béziers, il fut délégué à tous les congrès nationaux depuis celui de Lyon (1927) jusqu’à celui de Paris (1933) où il prit parti contre les néo-socialistes.

En 1930, Fernand Roucayrol lança Le Cri socialiste destiné à faire pièce à ses adversaires de la tendance « droite » qui publiaient Le Languedoc socialiste. Il réussit à conquérir la majorité et, au début de 1933, il accéda au secrétariat de la Fédération socialiste de l’Hérault qu’il conserva jusqu’à la guerre. Cette même année, les élus, Édouard Barthe, Jean Félix et Camille Reboul quittèrent le parti à l’occasion de la scission néo-socialiste, en entraînant un assez grand nombre d’adhérents. Fernand Roucayrol réorganisa la Fédération de la SFIO, la contrôla étroitement et lui donna, au début de 1934, un nouvel organe L’Aube sociale. Il la représenta aux congrès de Toulouse (1934) et de Mulhouse(1935). A ce dernier congrès, il fut le rapporteur du projet de création d’un Office du vin. Au congrès de Marseille (1937), il présenta la motion qui fut votée par la majorité et qui mettait trois conditions à la réalisation de l’unité organique entre les deux partis ouvriers : organisation démocratique à tous les degrés, souveraineté des congrès, indépendance à l’égard de tous les gouvernements. A l’issue du congrès de Royan (1938), Fernand Roucayrol entra à la CAP (Commission administrative permanente) de la SFIO.

Il était depuis les élections législatives de 1936, député de la 2e circonscription de Béziers. Il arriva en tête au premier tour de scrutin avec 5 976 voix sur 26 817 inscrits, devant Claparède, radical-socialiste (5 748), Jean Félix, transfuge de la SFIO, député sortant (5 512) et Henri Roqueblave*, communiste (2 570). Malgré le maintien de Claparède et de Félix, Fernand Roucayrol, bénéficiant du désistement communiste et du Front populaire, l’emporta lors du scrutin de ballottage par 9 606 voix contre 7 257 et 3 796 à Claparède et à Félix. Il appartint à la commission de la Viticulture et à la commission des Affaires étrangères. Dans le conflit qui opposa, au sein du Parti socialiste, les partisans de la résistance à toute agression des États autoritaires par l’union des démocraties et leur entente avec l’URSS, à ceux qui autour de Paul Faure voulaient temporiser, Fernand Roucayrol se rangea bruyamment parmi ces derniers qui se disaient les « pacifistes » contre les « bellicistes » dont la cible était Léon Blum* lui-même. Il fut un des animateurs et collaborateurs de l’hebdomadaire Le Pays socialiste. Il était pour la non-intervention en Espagne. En 1937, il fit un voyage en Tchécoslovaquie et, à son retour, souhaita des rectifications de frontières avec l’Allemagne comme entre la Hongrie et la Tchécoslovaquie. Il approuva pleinement les accords de Munich (1938). En 1938, 1939 et 1940, il accomplit à Bruxelles diverses missions de politique internationale, avec Blum et Jean Zyromski* au comité de l’Internationale, avec Paul Faure et en compagnie de Maurice Paz* et André Delmas* auprès de Spaak (27 août 1939). Peu avant l’attaque allemande du 10 mai 1940, il rencontra, à Londres, les dirigeants travaillistes, Attlee et Bevin.

Après la défaite militaire en juin 1940, Fernand Roucayrol gagna l’Hérault, puis Bordeaux et Vichy où se réunit l’Assemblée nationale. Le 7 juillet 1940, son nom figura parmi les 69 parlementaires dont Marcel Déat* et Xavier Vallat signataires de la déclaration de Gaston Bergery qui, tout en semblant renvoyer dos à dos droite et gauche, comportait une condamnation du régime parlementaire, un reniement du Front populaire et l’exaltation d’une « autre politique », celle du maréchal Pétain, impliquant — par un dosage de collaboration avec les puissances latines et l’Allemagne elle-même — l’établissement d’un nouvel ordre continental. Le 10 juillet, avec la majorité du groupe socialiste, Roucayrol vota l’octroi des pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain. De mai à septembre 1942, il donna plusieurs articles au journal L’Effort de Charles Spinasse* qui paraissait en zone non occupée, prônait la collaboration et se montrait violemment anticommuniste. Le Parti socialiste SFIO rénové, dans son congrès extraordinaire de Paris (novembre 1944) prononça son exclusion.

Fernand Roucayrol avait déjà pris une toute autre voie. Fin 1941, il avait gagné Paris et était entré comme secrétaire dans une entreprise industrielle. Après la guerre, il reprit le journalisme professionnel, au service économique de Ce Matin, au service politique de L’Aurore tout en écrivant dans La Vie française, dans Finances, dans Aux écoutes de la finance, jusqu’à sa retraite en 1974. S’il ne faisait plus partie d’aucune organisation politique, son activité de journaliste prouve assez que ses opinions depuis la Libération restaient dans la ligne de ses choix durant la guerre et l’Occupation et reniaient les combats du militant d’autrefois et de l’élu de 1936. En 1976, dans Problèmes du socialisme contemporain, il se prononça contre le nouveau Parti socialiste né à Épinay-sur-Seine.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article129732, notice ROUCAYROL Fernand, Jean, Joseph par Justinien Raymond, version mise en ligne le 13 avril 2015, dernière modification le 26 novembre 2015.

Par Justinien Raymond

Fernand Roucayrol
Fernand Roucayrol

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. Dép. Hérault, 15 M, 78 et 79. — C. r. des congrès nationaux du Parti socialiste SFIO. — G. Lefranc, Le Mouvement socialiste sous la IIIe République, Payot, 1963. — J. de Launay, Dossier de Vichy, Julliard, 1967. — Jean Montigny, De l’Armistice à l’Assemblée nationale, 15 juin-15 juillet 1940. Toute la vérité sur un mois dramatique de notre histoire ; Clermont-Ferrand, Éd. Mont-Louis, 1940, 157 p. — A. Guérin, La Résistance, Club Diderot, 1975. — État civil en ligne cote AD34_1204_00292, vue 64.

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