ROSENTHAL Gérard, François, Louis. Pseudonyme : GÉRARD Francis

Par Jean-Michel Brabant

Né le 11 décembre 1903 à Paris (VIe arr.), mort en mai 1992 ; avocat au barreau de Paris ; dirigeant du mouvement trotskyste de 1929 à 1939 ; résistant ; militant socialiste après la Seconde Guerre mondiale.

Issu d’un milieu aisé orienté vers le radicalisme (son père était médecin et membre du Parti radical-socialiste), Gérard Rosenthal eut une jeunesse fort active. Licencié en philosophie et en droit, diplômé d’études supérieures de psychologie, étudiant en médecine durant deux années, il fut surtout intéressé par le bouillonnement littéraire qui donna le surréalisme, mouvement auquel il se rallia immédiatement. En 1921, il fonda l’Oeuf dur et connut Pierre Naville* dont il allait partager l’itinéraire politique.

Au printemps 1924, il abandonna ses études médicales. La Révolution surréaliste fit paraître son premier numéro, et il avait décidé de s’engager totalement dans cette aventure. Avec Pierre Naville, il chercha à nouer le lien qui devait unir, à ses yeux, la révolte surréaliste et la révolte sociale. A l’automne 1925, il accomplit son service militaire qui l’amena en Syrie à soigner les légionnaires et les tirailleurs blessés dans les montagnes druzes. De retour, l’année suivante, il rejoignit Pierre Naville à Clarté et adhéra, dans le courant de 1927, au Parti communiste dont il critiquait déjà, cependant, les positions politiques. Choisissant d’être avocat, il entra, au printemps, au cabinet d’Henri Torrès* et ses fonctions l’amenèrent à rencontrer Christian Rakovsky alors ambassadeur de l’URSS à Paris. Le 31 janvier 1928, Gérard Rosenthal s’inscrivit au barreau de Paris.

Évoluant avec Clarté dans le sens d’une sympathie de plus en plus vive vis-à-vis de l’Opposition russe, il eut le privilège d’assister à la célébration, à Moscou, du Xe anniversaire de la révolution d’Octobre. Rencontrant, à cette occasion, Trotsky, qui venait d’être exclu du Parti bolchevik, il adhéra aux thèses de l’Opposition de gauche. En février 1928, il livra, avec Pierre Naville, son témoignage, dans la revue oppositionnelle de Maurice Paz*, Contre le courant. Depuis le début de l’année 1928, iI était membre du Cercle communiste Marx-Lénine groupé autour de Boris Souvarine* et dont il fut un temps l’un des cosecrétaires. Exclu en mai du PC, il dénonça, en juillet, dans un appel au VIe congrès de l’Internationale communiste, avec Pierre Naville et Marcel Fourrier*, la « dégénérescence » de la section française. Il prit ses distances avec le Cercle communiste Marx-Lénine à la mi-avril 1929, en désaccord avec les orientations de ce groupe qu’il exprima dans une lettre publiée dans La Lutte de classes en février 1930 (il participait à la rédaction de cette revue). Lorsque Trotsky s’installa en 1929 à Prinkipo, en Turquie, il lui rendit visite à la fin du mois de juillet. Il devait devenir l’un de ses principaux partisans en France et son représentant pour les affaires d’ordre juridique.

Dès septembre, Gérard Rosenthal participa à l’activité du groupe réuni autour de la Vérité dont Trotsky soutint la parution et, l’année suivante, il eut à s’occuper, en tant qu’avocat, du conflit né autour de l’ouvrage autobiographique du leader russe exilé : Ma vie. Il noua dès lors avec lui des relations politiques professionnelles et personnelles. Il allait l’accompagner, en novembre 1932, lors de son voyage à Copenhague, et l’héberger chez son père, les 11 et 12 juin 1935, à la veille de son départ forcé en Norvège.

En avril 1930, Gérard Rosenthal fut élu à la commission exécutive de la Ligue communiste. A ce titre, le 22 mai, il participa à une manifestation d’Indochinois devant le palais de l’Élysée, en faveur des condamnés de Yen-Bay. La question coloniale tenait une place importante dans son activité. Membre de la Ligue de défense de la race nègre, il était également en contact avec les militants d’Indochine qui publiaient La Lutte à Saïgon, et avec les nationalistes d’Afrique du Nord. Il représenta la Ligue dans de nombreuses réunions publiques ou lors de conférences comme celle tenue par les dissidents du 15e rayon de la Région parisienne du Parti communiste, le 22 avril 1933. Il fut candidat à une élection législative partielle dans le IXe arr. de Paris, en avril 1934, mais ne recueillit aucun suffrage.

A cette époque, il défendait activement le mot d’ordre de l’unité ouvrière contre le fascisme. Ainsi, le 9 février 1934, il parla avec Marceau Pivert*, dans le XVe arr., et proposa à Jacques Doriot*, lors d’une rencontre, une action commune. Bien que ce dernier eût refusé, il parla à ses côtés le 1er juin 1934, à Rouen, lors d’un meeting que les militants du PC, venus en masse, perturbèrent gravement.

Ne voulant pas rester en dehors de la grande aspiration unitaire dont les trotskystes avaient été un peu l’avant-garde, Gérard Rosenthal se prononça, en août, avec la majorité des militants de la Ligue pour l’adhésion au Parti socialiste SFIO. Il devint membre du comité central du Groupe bolchevik-léniniste qui s’était créé en tendance, en septembre, à l’intérieur de la formation socialiste. Il était plus spécialement chargé de La Vérité et, en janvier 1935, fut désigné au bureau politique de sa tendance. Militant dans le XVIIIe arr. de Paris, il signa, au nom de son groupe, un texte préparatoire au congrès de Mulhouse de la SFIO intitulé : « Pour un gouvernement ouvrier et paysan. » Exclu avec les autres dirigeants du GBL en octobre, il s’opposa au lancement, en décembre, de La Commune par Pierre Frank et Raymond Molinier*.

Surmontant la scission qui s’était produite fin 1935, Gérard Rosenthal participa à la formation, début juin 1936, du Parti ouvrier internationaliste dont il devint membre du comité central. Il fut chargé d’animer le Secours rouge international Solidarité-Liberté et fit pour cette organisation de nombreuses interventions. Il devait signer également le manifeste de fondation de la Solidarité internationale anti-fasciste. Il participa enfin avec Maurice Nadaud et André Breton* à Clé, l’organe de la Fédération internationale des artistes révolutionnaires indépendants.

L’un des principaux responsables, pour le POI, de la campagne contre les procès de Moscou — sa position d’avocat et ses relations avec Trotsky l’y prédisposaient — il fut au cœur des problèmes posés par l’action de la Guépéou au sein du mouvement trotskyste. En octobre 1936, il signa l’appel des juristes contre les procès. Membre du comité d’enquête créé à cet effet, il parla en son nom dans plusieurs réunions. Il s’occupa de l’affaire du vol des archives de Trotsky à Paris, puis de celle de la filature et de la mort suspecte de Léon Sédov, fils de Trotsky, le 16 février 1938. Il eut à connaître enfin les affaires Ignace Reiss, et Rudolph Klément.

Lorsque son parti, le POI, rejoignit le Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert*, Gérard Rosenthal rompit avec le mouvement trotskyste. Il avait été chargé par Trotsky de rechercher son petit-fils, Sieva Volkov, en février 1939 et de le confier aux époux Rosmer, ce qui fut fait en mai 1939 (voir Jeanne Martin des Pallières* et Alfred Rosmer*).

Clandestin pendant l’Occupation — son frère fut déporté et mourut à Varsovie — il participa à la Résistance dans les maquis. A la Libération, il adhéra au Parti socialiste SFIO dont il fut le candidat grand électeur dans le XVIIe arr. en 1946. Il participa, avec Pierre Naville et David Rousset*, à l’animation de La Revue internationale. Avec ce dernier et J.-P. Sartre, il constitua le Rassemblement démocratique révolutionnaire et écrivit en 1949 dans un ouvrage collectif : Entretiens sur la politique.

Après la Seconde Guerre mondiale, Gérard Rosenthal continua son action contre les procès de Moscou. En novembre 1950, il plaida en faveur de David Rousset qui soutenait l’existence en URSS de camps de concentration contre Les Lettres françaises qui, par la voix de Pierre Daix, la niaient. En 1961, il fut l’un des animateurs de la Commission française pour la vérité sur les crimes de Staline dont il signa l’appel. Il demanda, à ce titre, la réouverture du dossier Léon Sédov et collabora au Bulletin d’informations de la commission. Dans les années cinquante, il participa aux activités de la Commission internationale contre le régime concentrationnaire fondée par David Rousset et publia plusieurs articles dans la revue Saturne. Enfin, en 1962, il publia un Mémoire pour la réhabilitation de Zinoviev.

Par la suite, il occupa d’importantes fonctions dans de nombreux organismes : trésorier de l’Association des juristes européens, vice-président du Mouvement démocratique et socialiste pour les États-Unis d’Europe, secrétaire des Amis de la République française. Son action demeura sur le terrain humanitaire : membre de la commission d’études sociales de la Ligue des droits de l’Homme et de la Ligue internationale contre l’antisémitisme. Il fut également vice-président du Comité français pour la défense des immigrés.

Veuf, Gérard Rosenthal se retira dans le Midi de la France.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article129628, notice ROSENTHAL Gérard, François, Louis. Pseudonyme : GÉRARD Francis par Jean-Michel Brabant, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 2 mai 2013.

Par Jean-Michel Brabant

ŒUVRE : Mémoire pour la réhabilitation de Zinoviev, (l’affaire Kirov), Julliard, 1962, dossier des « Lettres nouvelles ». — J.-P. Sartre, D. Rousset, G. Rosenthal, Entretiens sur la politique, Gallimard, 1949. — D. Rousset, T. Bernard, G. Rosenthal, Pour la vérité sur les camps concentrationnaires, Le Pavois, 1951 [Procès des Lettres françaises]. — T. Bernard et G. Rosenthal, Le Procès de la déportation sans jugement, Le Pavois, 1954. — Avocat de Trotsky, Laffont, 1975.

SOURCES : Arch. Jean Maitron (fiche Batal). — Arch. Trotsky, Harvard, Documents d’exil, n° 1342. — Contre le courant, 11 février 1928. — La Vérité, 1929-1934. — La lutte ouvrière, 1936-1939. — J. Rabaut, Tout est possible, Paris, 1974. — S. Ketz, De la naissance du GBL à la crise de la section française de la LCI, MM, Paris I, 1974. — R. Hirsch, Le Mouvement trotskyste de 1929 à 1933, MM, Paris I, 1974. — G. Rosenthal, Avocat de Trotsky, Paris, 1975. — Bulletin d’informations de la commission pour la vérité sur les crimes de Staline, 1962-1964, n° 1-3.

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