ROSEN Charles [ROSENSWEIG Charles dit]. Pseudonyme devenu nom officiel : RONSAC Charles

Par Jean-Louis Panné

Né le 25 mars 1908 à Paris (IVe arr.), employé, journaliste puis éditeur ; secrétaire du Cercle communiste démocratique ; membre du Comité directeur du Rassemblement démocratique révolutionnaire.

Fils d’un artisan en cuir, juif polonais émigré en France au début du siècle, Charles Rosensweig obtint son Certificat d’études puis entra cours complémentaire. Il y suivit des cours de comptabilité et de droit commercial. Il apprit également la sténodactylo. Il se passionnait déjà pour la lecture : Balzac, Hugo, Chateaubriand avaient sa préférence, mais aussi Shakespeare, Goethe, Tolstoï, découverts grâce au directeur de son école.

Entré en août 1923 au service des exportations des produits pharmaceutiques A. Bailly, Charles Rosensweig, sans être syndiqué, soutint les revendications des employés. Mais il était alors davantage attiré par le théâtre et la musique. Passé au service de la société Kahn & Kahn (commerce de draperies), il commença à participer aux activités de l’Université populaire « Connaître » animée par Henry Marx. Ce fut à « Connaître » que fin 1925, Charles Rosensweig fit la connaissance de Boris Souvarine venu faire une conférence sur le XIVe congrès du Parti bolchevik. Sous son influence, il adhéra à la fois au Parti communiste et au Cercle communiste Marx et Lénine, groupe créé dans la perspective d’un redressement de l’Internationale communiste. Il prit alors le pseudonyme de Charles Rosen. Au Cercle, il rencontra Marthe Marcouly une jeune institutrice qui devait devenir son épouse en 1933.

Rattaché à la cellule du PC de la Compagnie parisienne de distribution d’électricité (IXe arr.), Charles Rosen accéda à quelques responsabilités au sous-rayon du IXe arr. et au 8e rayon (IXe et XVIIIe arr., Saint-Ouen) puis fut transféré à la cellule de la direction du parti, rue Lafayette. Au sein du Cercle, il seconda Boris Souvarine et participa aux campagnes en faveur des opposants russes. Au printemps 1928, il se vit confier l’administration du Bulletin communiste et fut coopté au secrétariat du Cercle aux côtés de Pierre Gourget* et A. Mahouy. Avec ce dernier, il signa le 11 juin 1928 la lettre de refus que le Cercle adressa au groupe Contre le courant (voir Maurice Paz*) qui sollicitait la participation des « souvariniens » à la conférence des groupes d’opposition.

Soldat au 158e RI (Strasbourg) puis EOR au 146e (Saint-Avold) depuis la fin 1928, Charles Rosen alimenta la rubrique des « Gueules de vache » de l’Humanité. Fiché comme « propagandiste révolutionnaire » et surveillé, il dut interrompre son activité antimilitariste. Libéré en avril 1930, il retrouva sa place au Cercle qui, en décembre, prit le nom de Cercle communiste démocratique. Employé et syndiqué à la CGTU, il intervint dans le débat sur l’unité syndicale en signant avec ses camarades les lettres adressées en novembre 1930 et avril 1931 au Comité des « 22 » pour l’unité syndicale (voir Lursa*). Collaborateur de la Critique sociale et à nouveau secrétaire du Cercle, il signa en mars 1931 le texte prenant la défense de l’historien soviétique David Riazanov qui venait d’être arrêté. Parallèlement Charles Rosen donnait des conférences sur le mouvement socialiste et ouvrier ainsi que des cours de marxisme, dans le cadre du Groupe d’études lié à Monde puis du Cercle d’études sociales créé à partir de la revue Masses animée par René Lefeuvre. Surtout, il fut envoyé, avec Édouard Liénert, à Besançon pour mettre sur pied la collaboration entre le Cercle et les militants communistes exclus de la Fédération du Doubs (voir Louis Renard*). En novembre 1932, il assista, avec Souvarine, au congrès constitutif de la Fédération communiste indépendante de l’Est tenu à Valentigney et fut coopté à sa commission exécutive comme représentant du Cercle. Naturellement, Charles Rosen collabora au journal de la fédération : le Travailleur communiste, syndicaliste et coopératif, qui, diffusé dans le territoire de Belfort, le Doubs, le Jura et la Haute-Saône, atteignait un tirage de plus de deux mille exemplaires (750 abonnés et 1 200 lecteurs au numéro).

La fédération et le Cercle se tinrent à l’écart de tous les partis de gauche jusqu’aux événements de février 1934. Ils envisagèrent ensemble de constituer une Fédération communiste démocratique et de la doter d’un organe qui aurait été édité à Paris pour remplacer le Travailleur contrôlé par Paul Rassinier*. Arrêté le 11 février 1934 alors qu’il collait des affiches appelant à la mobilisation antifasciste, Charles Rosen ne put participer à la manifestation unitaire du 12. Par contre, il représenta l’éphémère Fédération communiste démocratique au sein du Centre de liaison des formations antifascistes de la région parisienne qui accepta sa présence et celles des libertaires et trotskystes. La région parisienne du PC conditionna en mars sa participation au départ des « hérétiques », ultimatum accepté par la Fédération socialiste de la Seine.

Avec la disparition simultanée de la FCIE et du CCD, Charles Rosen se trouva dégagé de tout militantisme. Il conserva de solides amitiés avec les anciens membres de ces deux organisations tels Simone Weil, Pierre Kaan mais aussi Lucien Laurat*, Marcelle Pommera* et Édouard Liénert qui avait adhéré à la SFIO depuis 1932 et animait le courant planiste, qui se regroupaient autour du Combat marxiste auquel il s’abonna. Sa situation professionnelle changea également. Entré à l’agence Opera Mundi, il commença une carrière de journaliste, et bientôt d’éditeur, sous le pseudonyme de Charles Ronsac, nom qui devait devenir officiellement le sien.

Mobilisé en 1939 dans un régiment d’infanterie de forteresse de la ligne Maginot, Charles Ronsac, fait prisonnier le 27 juin 1940, fut envoyé en stalag en Prusse orientale. Il parvint à se faire rapatrier un an plus tard. Ayant gagné le village de Saint-Pierre-Toirac (Lot) où ses parents avaient trouvé refuge, il reprit contact avec Léo Hamon* et put rendre quelques services à la Résistance, offrant l’hébergement aux responsables de passage et collaborant avec la Fédération clandestine de la presse. Fin 1943, il participa à l’organisation de la destruction des usines d’aviation Ratier à Figeac. A la Libération, il gagna Toulouse où il entra dans l’équipe rédactionnelle de la République du Sud-Ouest. Chargé de l’antenne parisienne du journal, il commença à collaborer à Franc-Tireur, pour le compte duquel il couvrit, début 1947, la conférence des quatre ministres des affaires étrangères des pays vainqueurs à Moscou en tant que chef du service de politique étrangère et dont il devint corédacteur en chef en septembre 1957. Il contribua à la fondation du syndicat Force ouvrière des journalistes. Participant au lancement du Rassemblement démocratique révolutionnaire, né sous l’impulsion de Georges Altman, David Rousset* et Jean-Paul Sartre, Charles Ronsac appartint à son comité directeur, mis en place en mars 1948, et à la rédaction de son bimensuel, La Gauche. Chargé de la politique internationale, il se heurta, à propos de la Yougoslavie, aux éléments procommunistes de Franc-Tireur, conflit qui provoqua le départ de ces derniers pour le Libération d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Par la suite Charles Ronsac fut membre du comité exécutif mouvement démocratique et socialiste pour les États-Unis d’Europe. Sans être membre des structures créées par Jean Monnet, il collabora étroitement avec ce dernier. Il fut rédacteur en chef de l’hebdomadaire socialiste Demain qui parut de 1955 à 1957.

En 1958, Charles Ronsac revint à Opera Mundi où il travailla jusqu’en 1980. Il dirige, chez Robert Laffont, la collection "INS>vécu » où il accueillit de nombreux témoignages de dissidents soviétiques (Vladimir Boukovski ; Esther Markish, etc) mais aussi les souvenirs de Simon Wiesenthal, Charles Tillon*, Henri Frenay, Léo Hamon....

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article129624, notice ROSEN Charles [ROSENSWEIG Charles dit]. Pseudonyme devenu nom officiel : RONSAC Charles par Jean-Louis Panné, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 8 juillet 2019.

Par Jean-Louis Panné

ŒUVRE : Collaboration aux journaux et revues citées. — D. Auclères, C. Ronsac, Cl. Veillet-Lavallée, R. Parry, Moscou 1947, Éditions Tiranty, 1947. — Charles Ronsac, Trois noms pour une vie, R. Laffont, 1988.

SOURCES : J. Rabaut, Tout est possible, les « gauchistes " français 1929-1944, Denoël, 1974. — Boris Souvarine* et la Critique sociale, La Découverte, 1990. — Charles Ronsac, Trois noms pour une vie, R. Laffont, 1988. — Le Travailleur 1931-1934. — La Critique sociale,1931-1934. — Bulletin communiste, 1925-1933.

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