ROLLO Joseph, Marie

Par Claude Geslin

Né le 10 juin 1891 à Vannes (Morbihan), mort en déportation le 29 juillet 1944 à Neuengamme ; instituteur ; militant syndicaliste du Morbihan ; militant socialiste ; résistant.

Joseph Rollo
Joseph Rollo
sepultures de la chapelle de la Sorbonne

Joseph Rollo était le quatrième d’une famille de quatre garons dont le père était facteur des postes. Entré à l’Ecole normale d’instituteurs de Vannes en 1907, il fut, avec Louis Cren*, l’un des responsables du Syndicat des instituteurs du Morbihan avant 1914. Il aurait participé au congrès de Chambéry et en août 1912 devint membre du conseil fédéral de la FNSI. Mobilisé en 1914, il fut affecté comme matelot-fourrier à Brest puis à Lorient. En juillet 1915 à Brest, il épousa l’institutrice Renée Coltat (voir Renée Rollo) avant d’être envoyé à l’escadrille des patrouilles françaises de Leixoês-Porto (Portugal). Connu pour ses opinions, il faisait l’objet d’une surveillance continue. C’est ainsi que l’on sait qu’il était en relations avec Charles-Albert*, Jean Longuet*, Pierre Renaudel*, Gaston Vidal. Au Portugal, il entra en contact avec les révolutionnaires portugais et fréquenta la Maison du peuple locale.
Après sa démobilisation, avec son épouse, nommés à Bieuzy Lanvaux jusqu’en 1932, ils furent mutés à Auray, lui comme directeur de l’école de garçons d’Auray-Gare alors qu’elle dirigeait l’école de filles. Secrétaire du syndicat des membres de l’enseignement laïque du Morbihan après la guerre, il s’opposa en avril 1920, lors du congrès de l’Union départementale CGT, à l’entrée indistincte de tous les membres de l’Amicale des instituteurs à la CGT, ne voulant accepter que « les purs » et rejeter « les jaunes ». Combattu par Jean Le Levé* qui défendait la thèse CGT de l’accueil de tous les anciens amicalistes, il ne fut soutenu que par deux autres délégués. Le syndicat de Joseph Rollo, qui par ailleurs menait dans le département une intense campagne communiste s’attaquant en particulier au maire socialiste de Lanester, Pierre Rogel* refusa de se dissoudre et fut finalement exclu de l’UD-CGT en avril 1922. Il adhéra alors à la GGTU. La même année, Joseph Rollo fut condamné avec plusieurs membres du syndicat de l’enseignement laïque pour infraction à la loi de 1884. Il n’en continua pas moins sa propagande unitaire et communiste participant à de multiples meetings et faisant de son syndicat une section puissante (120 membres en 1925) de la Fédération unitaire de l’enseignement dont il fut nommé secrétaire général en 1925 (trois membres du bureau cette année-là provenaient du Morbihan). En 1923-1925, il avait été secrétaire pédagogique de la Fédération nationale de l’Enseignement.

Joseph Rollo collaborait à son secrétariat pédagogique depuis 1925 de l’Internationale des travailleurs de l’Enseignement.

Cependant, vers la fin de 1929, Joseph Rollo commença à avoir des difficultés avec le Parti communiste à qui il reprochait subordonner toujours davantage l’action de la CGTU aux directives de Moscou. Pris à partie par l’Humanité, il fut exclu du PC le 9 février 1931.

Dès lors, il esquissa un rapprochement avec le Parti socialiste SFIO dont de nombreux militants souhaitaient son retour, malgré les séquelles que n’avait pas manqué de laisser une lutte violente de tous les instants pendant les dix années précédentes. A partir de novembre 1930, les communiqués du syndicat de l’enseignement laïc du Morbihan dont Joseph Rollo était resté le secrétaire commencèrent à paraître régulièrement dans le Rappel du Morbihan, organe de la Fédération socialiste.

Contrairement à d’autres départements (par exemple la Loire-Inférieure), l’union fut relativement facile entre les syndicats d’instituteurs dans le Morbihan. Elle était réalisée dès le début de 1935. Joseph Rollo devint en 1935 secrétaire adjoint de la section morbihannaise du Syndicat national des instituteurs, puis secrétaire général en 1936 (en même temps que Pierre Le Goff*, ex-secrétaire de l’ancien SNI). Il était aussi secrétaire de la commission de « défense laïque » du SNI et fut désigné dès 1935 par le SNI pour faire partie du Comité lorientais de lutte contre la guerre et le fascisme. Il devint aussi membre du bureau national du SNI en 1936 et participa aux actions de défense de l’école laïque.

Joseph Rollo devint membre de la section socialiste d’Auray où il enseignait et fut suivi par de nombreux amis qui avaient combattu longtemps à ses côtés sous la bannière du PC.

En 1940, Joseph Rollo décida avec trois autres responsables (Joseph Le Douaran*, Devout et Mathéo) de ne pas se plier à la dissolution du SNI. Conservant les fonds de l’organisation départementale, il entra en contacts avec ses amis du Bureau national et travailla à la reconstitution du SNI (voir Georges Lapierre*). Il entra alors dans le réseau du colonel Rémy*. Après l’arrestation de G. Lapierre en février, il prit sa succession à la demande de René Bonissel*. Il rédigea l’appel aux instituteurs de France qui fut lu à la BBC et rencontra un profond écho. En mars 1943, il rejoignit le mouvement de Résistance Libération-Nord. En janvier 1944, il participa à la constitution du comité de Libération du Morbihan et travaillait à la fusion des forces armées de la Résistance dans l’Armée secrète lorsqu’il fut arrêté par le contre-espionnage allemand le 31 mars 1944. Emprisonné à Rennes, puis déporté à Neuengamme, il fut, selon le témoignage de Marcel Prenant*, abattu lors de l’évacuation des camps.

A la demande du SNI, ses cendres furent placées dans la crypte de la chapelle de la Sorbonne, le 18 décembre 1960.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article129482, notice ROLLO Joseph, Marie par Claude Geslin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 13 mai 2018.

Par Claude Geslin

Joseph Rollo
Joseph Rollo
sepultures de la chapelle de la Sorbonne

SOURCES : Arch. Nat. F7/13745 et 13637. — Arch. Dép. Morbihan, série M. — Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, série U, non classée. — RGASPI, 534, 6, 106. — Le Rappel du Morbihan, 1929-1939. — Marcel Prenant, Toute une vie à gauche, Paris, 1980..— Presse syndicale. — Notes de Jacques Girault.

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