RIMBAULT Louis, Édouard

Né le 9 avril 1877 à Tours (Indre-et-Loire), mort le 10 novembre 1949 à Luynes (Indre-et-Loire) ; militant libertaire, néo-malthusien, adepte du végétalisme ; animateur des Conseils d’ouvriers syndiqués (1919-1920).

Louis Rimbault naquit dans une pauvre famille de huit enfants — voir Marceau Rimbault — dont le chef était alcoolique. Il apprit la tôlerie et « trimarda », fut garçon dans un hôtel-restaurant et enleva la fille de ses patrons alors qu’elle était enceinte de quatre mois. Il revint ensuite chez ses « beaux-parents » et se maria. Peu après, il monta une quincaillerie à Livry-Gargan (Seine-et-Oise), puis travailla comme serrurier et fut élu, vers 1903, conseiller municipal sur une liste socialiste-radicale-socialiste avant de devenir, vers 1908, abstentionniste en matière d’élections sans être à proprement parler anarchiste. C’est à cette époque, que son frère vécut quelques mois à son domicile. Louis Rimbault tenta ensuite, vers 1910-1912, une expérience de communisme libertaire à Bascon, près Château-Thierry (Aisne), puis — ou antérieurement — aux Pavillons-sous-Bois (Seine) ; Garnier, futur auxiliaire de Bonnot, y travailla. Louis Rimbault fréquenta lui-même les milieux illégalistes de L’Anarchie et se trouva mêlé à l’affaire Bonnot (décembre 1911-avril 1913). Emprisonné, il simula la folie, mais, écrit-il, « commencée par être simulée, ma crise devint réelle » (cf. La Vie tragique..., op. cit., p. 192, n.). Finalement, il comparut, fut acquitté et libéré.

Réformé en mai 1913, il fut mobilisé en 1915, mais affecté comme mécanicien ajusteur chez Licot frères, rue Pelleport à Paris, dans le XXe arr. Sans doute fut-il, par la suite, définitivement réformé.

Dirigeant de la Fédération des groupes de Libre examen (domicilié 88 rue de Pelleport à Paris, XXe arr.), Louis Rimbault, anima les Conseils d’ouvriers syndiqués qui publiait un bulletin périodique intitulé Travail. Cette organisation, qui faisait de la publicité en faveur du journal le Malthusien, se fit connaître en juillet 1919 par la diffusion d’un tract, signé Comité d’action des conseils d’ouvriers syndiqués de la région parisienne, appelant à l’organisation de comités de délégués d’ateliers, sur le modèle (supposé) des soviets de Russie, fédérés en conseils ouvriers d’arrondissement puis en comité d’action régional. Il s’agissait selon ses initiateurs de s’opposer au « fonctionnarisme » des dirigeants de la CGT qui « s’affichant les défenseurs des Soviets en Russie et en Hongrie, les combattraient chez nous ».

En 1920 fut publié un programme des Conseils d’ouvriers syndiqués : Application du communisme en pleine société bourgeoise, selon lequel le communisme ne devait « être qu’une raison d’ordre économique et nullement d’ordre politique » et « se développer en dehors de toute dictature par la démonstration expérimentale des principes fondamentaux de son idéal ». Les COS proposaient également l’achat « d’action communistes » (25 f.) destinées à la constitution d’association ouvrière de production placées sous leur égide.

Avec Zisly, Butaud, Zaïkowska, etc., il collabora au Néo-Naturien (n° I, s.d., n° 2, janvier 1922, n° 21 et dernier de la série, octobre 1925. Louis Rimbault fit encore paraître un numéro 22 daté août-octobre 1927).

C’est en novembre 1923 qu’il fonda « Terre libérée », à Luynes (Indre-et-Loire). Il avait « inventé » à Bascon une sorte de salade, aliment complet qu’il appelait Basconnaise, composé de trente-quatre variétés potagères. Durant une dizaine d’années, il allait multiplier écrits et réunions pour répandre ses conceptions, tout en accueillant à « Terre libérée » les adeptes de son végétalisme.

En septembre 1932, la colonne vertébrale atteinte par la chute d’une poutre, victime, selon d’autres, de son genre d’existence — il couchait nu à même le sol — Louis Rimbault fut dans l’impossibilité de se mouvoir. Sa femme, atteinte depuis longtemps de névrose alcoolique, était morte en 1927 et il vivait avec Léonie Pierre, née le 20 août 1902 à Paris, XIIe arr., fille d’alcoolique, qu’il avait recueillie en 1915, une débile mentale qu’il épousera. Peu à peu, le vide se fit autour de lui, les bâtiments de « Terre libérée » menacèrent ruine, et Rimbault, bien que bénéficiant d’une petite pension militaire d’invalidité à la suite de la réforme obtenue pendant la guerre, vécut très misérablement. Après sa mort, « Terre libérée » fut vendue en rente viagère par sa veuve.

Pour l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure, Louis Rimbault fut un de ceux qui rédigèrent les articles « Maladie, Médecin, Médecine, Médicastre ». Il exposa ainsi ses vues : « Ce n’est pas la maladie qu’il importe de vaincre, puisque son rôle est de protéger le sujet contre le mal déferlant sur l’organisme. Lutter contre la maladie, c’est lutter contre la guérison ; aider la maladie, voilà ce que devrait être le rôle du médecin (de santé) ».

L’essentiel est donc de combattre les causes des maladies que développent chaque jour un peu plus « alcoolisme, tabagisme, vinisme, carnivorisme, caféisme, cocaïnisme, falsificationnisme, surmenage, sexualisme, prostitution et taudis ». Et Louis Rimbault se proposait « de régénérer l’homme par la régénération de la terre » (Le Néo-Naturien, n° 22, août-octobre 1927). Et il insistait sur la distinction, essentielle à ses yeux, entre végétarisme et végétalisme. Le végétarisme exclut de l’alimentation humaine la chair animale et les alcools, mais permet d’user des produits tirés de l’animal : lait, beurre, œufs. Le végétalisme, lui, comporte prohibition totale. Seul le végétalisme peut sauver l’homme ; et la pratique végétalienne tient essentiellement dans l’alimentation privilégiée découverte par Rimbault : la Basconnaise.

Grisé par les compliments que lui décernèrent certains, le docteur Legrain de la Ligue contre le Tabac notamment, Louis Rimbault fut convaincu qu’il « aurait connu une destinée grandiose » s’il avait pu s’instruire étant enfant. Du moins transmettait-il le flambeau : « À toi, guide d’humanité, mon suivant, bon courage ! » Ainsi se termine son manuscrit La Vie tragique...
ŒUVRE : Plusieurs brochures sur le tabac et « les fléaux qu’il provoque ». — Plusieurs brochures sur « le végétalisme ». — Des brochures sur les sujets les plus divers : Comment choisir sa femme ? ou Prémisses à l’état de révolution naturarchiste en France d’après la chevauchée makhnovienne et l’histoire. — Des chansons du type : Tabac, rends-nous nos papas ! ou Berceuse végétalienne.

On trouve brochures et chansons éditées par « Terre libérée » au CHS. On y trouve également un volumineux inédit de L. Rimbault. La Vie tragique des guides d’humanité, préface de Han Ryner, quatre cahiers dactylographiés, 580 p., 1934, manuscrit révisé en 1938.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article129002, notice RIMBAULT Louis, Édouard , version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

SOURCES : Arch. Nat. F7/ 13 576. — Arch. PPo., B a/ 1 643. — œuvres et, notamment, La Vie tragique, op. cit. — BDIC Fol. delta 530/1. — Application du communisme en pleine société bourgeoise, bulletin des COS, 32 p. [1920].

ICONOGRAPHIE : Photographie dans La Vie tragique..., op. cit., et Carte postale « La Basconnaise » avec portrait. — Arch. PPo., E a/ 141.

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