REYNAUD Auguste, Marie

Par Jacques Girault

Né le 23 mai 1891 à Saint-Raphaël (Var), mort le 24 août 1970 à Saint-Raphaël ; avocat, conseiller général socialiste (1922-1925) et député du Var (1924-1936).

Son père Antoine Reynaud (1857-1924), facteur à la compagnie du PLM puis propriétaire à Saint-Raphaël, fut conseiller municipal de 1912 à 1921, marié avec Marguerite Magail-Giraud d’Agay, fille adoptive du comte d’Agay qui fit un legs important à son décès, Auguste Reynaud reçut une éducation catholique. Boursier au collège de Draguignan (Var), il eut comme professeur le socialiste Gustave Fourment. Il fréquenta par la suite le lycée de Toulon, et, après des études de Droit à la faculté d’Aix, devint avocat. Ayant commencé son service militaire dans l’artillerie à Marseille en octobre 1912, dans les premiers combats de la guerre, il fut blessé au bras en septembre 1914. Versé dans les services auxiliaires, il servit d’interprète turc à Marseille et termina la guerre comme adjudant au camp de prisonniers bulgares à Marseille.

Inscrit au barreau de Marseille, Auguste Reynaud appartint en 1920-1921 à l’Association républicaine des anciens combattants, au groupe « Clarté » et adhéra au Parti communiste. Il défendit des membres des Jeunesses communistes traduits devant le tribunal correctionnel. Sa biographie parue dans Le Var rouge, le 11 avril 1924, mentionnait seulement "Révolté par l’ignoble tuerie, il se lança avec toute son ardeur dans la mêlée sociale". Membre de la Ligue des Droits de l’Homme, il indiquait appartenir à "l’extrême-gauche du Parti socialiste". Quatre ans plus tard, sa biographie, dans Le Réveil du Var, le 19 avril 1928, ne mentionnait plus ces engagements. Toutefois, lors des diverses campagnes électorales, ses adversaires rappelèrent souvent son passé communiste.

Auguste Reynaud épousa uniquement civilement en juillet 1922 à Marseille la fille d’un professeur de musique, veuve d’un premier mariage.

Auguste Reynaud gardait des relations avec Saint-Raphaël, où son père était engagé dans les milieux “rouges“ avancés. Sa première intervention dans la presse locale fut une protestation contre le projet de création d’une taxe extraordinaire de péage sur les produits et les voyageurs en direction de la Corse (Les Tablettes de la Côte d’Azur, 15 mars 1922). Le conseiller général du canton de Fréjus, Coullet, maire du chef-lieu, radical-socialiste, était un fidèle soutien de Clemenceau. Au renouvellement de mai 1922, la municipalité, de tendance "Bloc des Gauches", de Saint-Raphaël encouragea la candidature d’Auguste Reynaud. Un cercle de l’Union socialiste fut alors créé et la campagne électorale fut mouvementée. La presse le présenta comme ancien communiste, "anticlérical […], d’un sectarisme violent" et comme socialiste "sauvage". Candidat "républicain d’union des gauches (candidat socialiste)", le 14 mai 1922, il arriva en tête avec 1 413 voix sur 4 322 inscrits. La majorité absolue était de 1 412 voix. Il fut donc proclamé élu. Puis, sur intervention préfectorale, un nouveau comptage des votants fut effectué et la majorité absolue s’éleva à 1 419 voix. La précédente proclamation des résultats ayant été annulée, Reynaud engagea un recours en Conseil d’Etat pour fraude électorale. Il l’abandonna lorsque, le 21 mai, une plus forte majorité (1 661 électeurs) confirma sa victoire comme "candidat socialiste républicain d’union des gauches".

Au conseil général dont la majorité venait de passer à gauche, Auguste Reynaud, secrétaire en 1922, siégea à la commission départementale en 1923, à la deuxième commission (travaux publics et des bâtiments départementaux) et à la commission des transports. Selon lui, il essaya, par des interventions et articles dans la presse, "d’arracher à l’omnipotente compagnie du Sud-France, le réseau qu’elle exploite au grand détriment du littoral".

Franc-maçon (Loge « Le Niveau » de Saint-Raphaël, officier en 1926), Auguste Reynaud prit une part active à la campagne électorale dans le canton d’Hyères en mars 1923 où les forces de gauche présentaient André Marty qui fut élu. Revenu au Parti socialiste SFIO en 1923, à la réunion de comité fédéral, le 8 avril 1923, il proposa le dépôt par le groupe socialiste d’un bouquet et d’une photo à la place de Marty, invalidé car prisonnier, dans la salle du Conseil général. Gustave Fourment, alors nouveau président de l’assemblée départementale, estima que cette décision relevait des seuls conseillers généraux socialistes SFIO.

La réunion du comité fédéral de la SFIO, le 23 décembre 1923, délégua Auguste Reynaud pour le congrès national. Dès lors, il reçut régulièrement de telles délégations pour les réunions des organismes réguliers nationaux de Parti et se situait à l’aile gauche.

Sa désignation comme candidat aux élections législatives de 1924 releva du coup de force. Le 6 février 1924, la commission fédérale d’organisation du Parti socialiste SFIO le désigna comme candidat possible. Les 9 et 10 février 1924, renouvelé pour le comité fédéral, il fut placé, par le congrès fédéral, en cinquième position sur la liste des candidats du parti. Le cercle de l’Union socialiste de Saint-Raphaël, dont il était membre, n’était pas affilié au Parti socialiste SFIO mais faisait partie de la Fédération des cercles rouges. Ce groupe avait été particulièrement actif dans le rapprochement des organisations de gauche. Auguste Reynaud avait présenté plusieurs conférences devant ses membres, dont une s’intitulait "Quels sont les responsables de la vie chère ?", en janvier 1924.

Or, Auguste Reynaud représenta la Fédération des cercles rouges à la commission d’initiative pour l’élection rouge, constituée en mars 1924. Il avait donc à la fois avec lui les cercles rouges et l’appui des militants socialistes qui ne l’avaient pas placé en position d’élu puisque la liste devait comprendre trois socialistes SFIO et un représentant des cercles rouges. Le commissaire spécial de Toulon constata alors que Reynaud était "l’instigateur du pacte conclu entre les socialistes et les cercles rouges du Var". Un congrès réuni au Luc, le 9 mars, désigna les candidats de la liste définitive. Reynaud, avec 438 voix, ne fut pas choisi dans un premier temps. A la suite des pressions de Pierre Renaudel et d’Hubert Carmagnolle sur Émile Herpe, ce dernier se retira et Reynaud fut choisi. Il anima la campagne électorale de la "liste de coalition rouge". Le Var rouge, commentant une réunion à Draguignan, nota "Auguste Reynaud est d’une corpulence qui impose et possède une voix d’une rare puissance". Le 11 mai 1924, sur la liste élue, il arriva en deuxième position, avec 33 098 voix sur 78 101 inscrits.

À la Chambre des députés, Auguste Reynaud participa aux travaux des commissions de la législation civile et criminelle, de la marine militaire (dont il fut le secrétaire), de la marine marchande, des douanes et des conventions collectives. Il fut particulièrement actif dans les débats consacrés à la nationalité par la commission de législation civile et criminelle, suivie par René Renoult, Garde des Sceaux, sénateur radical-socialiste du Var. et intervint le 7 avril 1927 à propos de la déchéance éventuelle de la nationalité. Pour lui, la naturalisation découlait d’un “contrat“, alors que le ministre estimait qu’elle était une “faveur“. Le député du Var estima alors que cette disposition constituait "une véritable révolution" dans la législation française.

Les autres interventions d’Auguste Reynaud touchèrent les questions maritimes, notamment lors des discussions budgétaires. Dès 1924, il proposa une loi sur le contingentement du rhum et présenta un rapport sur l’organisation des officiers de la Marine nationale. Par la suite, il multiplia les interpellations sur les questions varoises (incendies de forêts, exploitation du liège, chemins de fer de Provence) et s’occupa de questions touchant la justice (rémunération des magistrats, tribunaux de première instance entre autres).

Auguste Reynaud fut le seul député socialiste SFIO à voter en 1925 contre les crédits pour la guerre du Maroc. Ce que releva André Marty dans la préface de la brochure Les Marins allemands révolutionnaires en 1917 (1926). Cependant il vota en novembre 1925 avec l’ensemble de la commission de la marine de guerre, sauf les communistes, une résolution blâmant le ministre de la Marine qui avait retardé la réalisation des constructions navales. La position avant-gardiste du député du Var n’était donc qu’épisodique. Malgré tout il se retrouva parfois avec les communistes. A la suite des incidents dans la Marine à Toulon, en 1927, les groupes socialistes du Var lui demandèrent de faire une démarche pour que la commission de la Marine soit convoquée. Le 8 octobre, la presse publia sa lettre au président de la commission, justifiant sa demande par le désir de "ne pas laisser les militaires mener seuls l’enquête". Un mois plus tard, Émile Goude, député socialiste de Brest, fit repousser la demande de commission d’enquête déposée par les députés communistes Gaston Cornavin et André Marty. Le 5 novembre, l’Humanité signala que Reynaud était "diplomatiquement absent". Quand le 16 novembre, la commission vota le principe d’une commission parlementaire d’enquête, l’Humanité, le 17, annonça que Reynaud avait "soutenu à fond" ce principe.

Ceci ne pouvait que satisfaire les militants socialistes de la région toulonnaise, souvent minoritaires dans la Fédération socialiste gagnée aux idées de Pierre Renaudel. Auguste Reynaud fut le seul parlementaire socialiste, en dehors de ce dernier, à venir parler à La Seyne dans une réunion du comité de vigilance républicaine en avril 1926. Il fut également le seul parlementaire du département à soutenir de façon régulière les finances de l’éphémère hebdomadaire socialiste Le Réveil du Var en 1927-1928. Il fut aussi le seul à y écrire plusieurs fois et à y signer un éditorial, "Les Conseils de guerre. Réforme ou suppression" (1er mars 1928).

Assuré que le siège de conseiller général resterait au Parti socialiste SFIO, Auguste Reynaud démissionna de son mandat le 25 mai 1925 pour se consacrer à son activité parlementaire.

Quand le scrutin d’arrondissement fut rétabli, Auguste Reynaud se porta candidat dans la circonscription de Draguignan. Présenté par le "Comité d’union socialiste et républicaine de la candidature SFIO", selon sa profession de foi, il ne mentionnait pas son appartenance au Parti socialiste SFIO sur ses bulletins de vote. Cet effacement du parti résultait de l’héritage des cercles rouges qu’il lui fallait assumer. Il arriva nettement avec 7 441 voix sur 21 878 inscrits. Le 29 avril 1928, il l’emporta aisément avec 9 183 voix. A la Chambre, s’il participa aux mêmes commissions et intervint dans les mêmes secteurs, ses positions “avancées“ disparurent. Cette évolution se manifesta dans ses diverses prises de positions dans les instances régulières du Parti socialiste. Ainsi, par exemple, après la proposition d’Edouard Herriot, le 17 juillet 1926, de participer au gouvernement, il signa avec 25 autres parlementaires une lettre à la Commission administrative permanente protestant contre le refus de celle-ci. Dans les débats fédéraux, il se retrouva plus souvent proche de Pierre Renaudel. En janvier 1930, à propos de la participation au gouvernement, il expliqua son évolution sur cette question. « J’appartiens à la fraction extrémiste du parti [...] En 1924, j’étais partisan de la participation, et en 1925, alors que Renaudel était pour, j’estimais que le moment n’était plus propice. » Après avoir été à nouveau favorable en 1926, il redevint hostile pour se rallier en 1930 aux idées de la majorité de la fédération qui le mandata sur ces bases au Conseil national. En mai 1930, dans la discussion sur l’autonomie éventuelle des fédérations pour conclure des accords avec les autres partis, il se situait cette fois à mi-chemin entre la majorité favorable et la minorité défavorable dans le Var. Il s’affirmait favorable au maintien de l’autonomie, mais, à la différence de Renaudel, il se prononçait contre "une entente entre notre parti et les partis inconsistants, inorganiques", visant par là le parti radical-socialiste. Sa présence à la commission des résolutions fit beaucoup pour l’élaboration d’un texte de synthèse. Le même jour, il affirma aussi que "le désarmement est un leurre".

Auguste Reynaud essaya d’asseoir ses positions locales à Saint-Raphaël. Devant une partie de sa carrière politique à la gauche républicaine et socialiste de la ville, il s’engagea dans la bataille municipale en 1929 à la tête d’une “liste Auguste Reynaud d’union socialiste républicaine et de défense des intérêts raphaélois“. La presse la présenta comme "un dosage à la fois politique et corporatif, dans le cadre des principales démocratiques. Elle groupe, en effet, des éléments appartenant à toutes les tendances de gauche et aux principaux corps de métiers" (Le Petit Provençal, 30 avril 1929). Le Préfet constata que sa liste comportait peu de commerçants. Ceux-ci avaient constitué une liste qui explique en grande partie le ballottage en dépit des pronostics. Reynaud fut parmi les trois élus au premier tour avec 796 voix sur 2 037 inscrits. Le deuxième tour ne permit l’élection que d’un seul de ses colistiers. Lors de la désignation du maire, le 18 mai, Auguste Reynaud et ses trois amis quittèrent la salle. Il devait participer aux commissions des finances, des travaux publics, des eaux et de l’éclairage. Il entama un pourvoi en annulation devant le Conseil de Préfecture qui fut rejeté le 3 juillet. Sur toutes les questions débattues au conseil municipal, la minorité se distinguait. A la suite d’une motion de défiance envers la politique du maire radical, Reynaud et ses partisans démissionnèrent le 28 février 1930. Le 27 avril, il fut réélu avec cinq « protestataires » avec 791 voix sur 2 034 inscrits. Prenant prétexte de l’attitude autoritaire pour un projet d’adduction d’eaux, ils démissionnèrent à nouveau, le 31 janvier 1931. Il ne se représenta pas ; ses amis furent réélus et démissionnèrent à nouveau "pour rendre possible une consultation populaire". Au renouvellement, les protestataires furent battus, et Reynaud, cette fois candidat, obtint 789 voix sur 2 133 inscrits.

Alors qu’approchaient les élections législatives de 1932, Auguste Reynaud devint l’objet de basses critiques. L’honorabilité de sa famille fut mise en doute. Des bruits commencèrent à circuler : Reynaud député des casinos, Reynaud joueur, Reynaud endetté, Reynaud débauché. Pendant la campagne électorale, les attaques redoublèrent. Son principal adversaire, l’ancien communiste André Berthon, soutenu par les armateurs marseillais, essaya de s’emparer de son siège. Pour préparer sa campagne, Reynaud lança un hebdomadaire Le Progrès social du Sud-Est dont il fut le directeur-gérant du 19 septembre 1931 au 2 juillet 1932. Cet "organe socialiste, politique, syndicaliste, corporatif, agricole, touristique, sportif" devint, à partir du 2 janvier 1932, "organe socialiste SFIO". La fédération socialiste SFIO, en effet, ne possédait pas de presse particulière. Ce journal montrait l’intention de Reynaud de ne répondre aux attaques personnelles que sur le terrain politique. Pendant la campagne, toutefois, Reynaud reconnut avoir joué 825 000 francs au Casino de Saint-Raphaël. Pour sa vie privée, il préféra laisser à ses camarades le soin de répondre. Des bruits lui attribuèrent un fils adultérin. Il quitta le domicile conjugal en 1936 et son divorce en 1943 fut prononcé à ses torts exclusifs.

En dépit de la violence inhabituelle de la campagne, et tout particulièrement de la dernière semaine (la presse publia même une photo-montage du député sortant, menottes aux mains, entrant dans la prison de Draguignan !), Auguste Reynaud retrouva aisément son siège, le 8 mai 1932, avec 9 055 voix sur 22 709 inscrits, après avoir obtenu 7 709 voix au premier tour. Selon des témoignages, il aurait quitté alors la loge "Le Niveau" à Saint-Raphaël pour ne participer qu’aux réunions de l’Association fraternelle du Parlement. Peu après, dans son ouvrage sur le Var, Alphonse Lemonnier le dépeignit en ces termes : "Une figure colorée, plantée sur une charpente athlétique, des yeux reflétant l’énergie et l’intelligence agrémentée d’un bongarçonnisme".

A la Chambre des députés, Auguste Reynaud siégea dans les mêmes commissions et devint vice-président de la commission de la Marine nationale. Il participa notamment au neuvième bureau chargé de l’enquête sur la demande d’invalidation présentée par le candidat socialiste battu par Fernand Laurent à Boulogne-Billancourt. Cette élection fut annulée. Il participa par la suite à la campagne du candidat socialiste en mars 1933. Un des points-forts de ses discours était les interrogations sur le sens de la politique de Tardieu. Selon lui, le ministre suivait la "même tactique" que Mussolini ou Hitler : profiter "de la division prolétarienne pour faire son jeu". Reynaud, d’autre part, effectua en novembre 1932 une tournée en France avec Isidore Thivrier et Marx Dormoy sur le désarmement. D’autre part, il s’efforça de nouer des liens avec la jeunesse au début des années 1930 quand se reconstitua une organisation des Jeunesses socialistes SFIO. Il accorda dans son journal Le Progrès social du Sud-Est une grande place à ses activités. Il participa même à plusieurs réunions du cercle socialiste créé en 1933 par les élèves-maîtres des écoles normales de Draguignan qui le suivirent au Parti socialiste de France, puis dans la dissidence au début de 1934.

Après l’exclusion de Renaudel et des néo-socialistes, Auguste Reynaud, comme tous les autres parlementaires varois, quitta le Parti socialiste SFIO pour fonder le Parti socialiste de France. Les événements du 6 février 1934 et leurs conséquences déterminèrent sa démission du parti pour la “sauvegarde des libertés ouvrières et démocratiques si gravement menacées“ et "en raison de la nouvelle et assez surprenante orientation politique prise par notre groupe", écrivit-il dans une lettre rendue publique, à Marcel Déat. Il ajouta : "Je n’ai qu’un souci : celui de pouvoir continuer à combattre, sans compromission et sans faiblesse, pour la sauvegarde des libertés ouvrières et démocratiques si gravement menacées." (L’Echo du Littoral, 15 février 1934). Dans Le Petit Varî, le 14 février, il précisa : “Je n’admets pas qu’un élu socialiste participe à un gouvernement imposé par des émeutiers royalistes ou fascistes.“ Il réclama la dissolution de l’assemblée pour “s’en remettre à la province“.

Socialiste sans parti, Auguste Reynaud participa aux différentes initiatives du Rassemblement populaire dans le Var. Il fut le seul député socialiste à se rendre au congrès des Petits vignerons, à Brignoles, le 17 novembre 1935, organisé par la Confédération générale des paysans travailleurs et le Parti communiste.

Pour les élections municipales de Saint-Raphaël, Auguste Reynaud refusa en mai 1935 de prendre position pour la liste conduite par Albert Fournier qui rassemblait des républicains antifascistes et des socialistes SFIO. La plupart de ses amis, restés au PSDF, figuraient en effet sur une liste conduite par un radical. Pour le deuxième tour, la liste Fournier accepta le désistement de la liste radicale et admit l’ancien maire radical dans ses rangs. Reynaud prit alors officiellement position pour cette liste de Front populaire.

Pour les élections législatives, Auguste Reynaud fut reconnu par le PSDF comme candidat “d’union socialiste et républicaine“. Arrivé en troisième position le 28 avril 1936 avec 4 756 voix sur 23 196 inscrits, précédé par les candidats socialiste SFIO et communiste, il se désista aussitôt pour le candidat du Front populaire en vertu des accords conclus avant la consultation.

Auguste Reynaud reprit son métier d’avocat qu’il n’avait pas complètement délaissé au barreau de Marseille. En apparence à l’écart de la vie politique active, il retira peu à peu son appui à la municipalité de gauche de Saint-Raphaël. Il fut dès lors très attaqué par la presse socialiste SFIO. Le point culminant de cette tension fut l’élection municipale complémentaire de mars 1938 consécutive à la démission d’élus de droite et de l’ancien maire radical, colistier au deuxième tour de Fournier en 1935. Reynaud ne prit pas position pour les candidats socialistes SFIO et communistes. L’hebdomadaire socialiste SFIO Le Populaire du Var l’accusa alors de collusion avec la droite, allant jusqu’à parler sans preuve d’accord avec le Parti populaire français et le Parti social français. Dernier avatar d’une séparation progressive avec le Parti socialiste SFIO ou simple règlement de comptes internes entre socialistes comme l’affirmaient alors les communistes ?

Mobilisé au début de la guerre dans les services auxiliaires, Auguste Reynaud fut affecté dans les Bouches-du-Rhône au contrôle des convois militaires. Par la suite, en liaison avec l’avocat radical-socialiste Charles Boyer, il participa à la reconstitution de la Franc-maçonnerie clandestine et à divers réseaux.

Après la guerre, Auguste Reynaud, remarié en février 1944, habitait Marseille où il exerçait son métier d’avocat, connu pour son éloquence (il affectait de plaider sans consulter ses notes). Il se partageait avec sa résidence d’Agay où il se retira définitivement en 1962. Il refusa de réadhérer au Parti socialiste SFIO malgré l’amitié du député local, Jean Charlot. Quand celui-ci, en 1958, lança ce qui allait devenir le Parti socialiste autonome, il se contenta de l’encourager. En revanche, il se rapprocha des communistes, conséquence sans doute de son amitié pour Jean Cristofol et son épouse, Jacqueline Cristofol, avocate Aux élections municipales de Marseille, en avril 1945, il apporta son soutien à la liste commune Parti socialiste SFIO-Parti communiste français. A diverses occasions, il aida financièrement le journal communiste La Marseillaise. Enfin pour les élections municipales de Saint-Raphaël, en avril 1953, il fit partie du comité de patronage de la liste communiste. Le Petit Varois, le 13 avril, le présenta "parmi les plus ardents défenseurs de la paix des peuples, des libertés républicaines et victimes de la répression gouvernementale".

SOURCES : Arch. Nat. F7/13021, 13085, 13118, 13263, F1cIII 1133. — Arch. Dép. Var, 2 M 3 48, 52, 5 250, 278, 7 32 2, 35 3, 4 M 45, 47, 53, 3 Z 2 5. — Arch. Assemblée nationale, dossier personnel. — Arch. Com. Saint-Raphaël. — A. Lemonnier, Historique du Conseil général..., Draguignan, 1933. — Rens. de la famille de l’intéressé. — Notes de Jean-Marie Guillon, d’Hélène Morère et de J. Rabbia. — Presse nationale et locale. — Sources orales.
Jacques Girault

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article128696, notice REYNAUD Auguste, Marie par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 27 juillet 2014.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/13021, 13085, 13118, 13263, F1cIII 1133. — Arch. Dép. Var, 2 M 3 48, 52, 5 250, 278, 7 32 2, 35 3, 4 M 45, 47, 53, 3 Z 2 5. — Arch. Assemblée nationale, dossier personnel. — Arch. Com. Saint-Raphaël. — A. Lemonnier, Historique du Conseil général..., Draguignan, 1933. — Rens. de la famille de l’intéressé. — Notes de Jean-Marie Guillon, d’Hélène Morère et de J. Rabbia. — Presse nationale et locale. — Sources orales.

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