Né le 25 mai 1858 à Neuilly-sur-Seine (Seine), mort le 19 janvier 1941 à Montpellier (Hérault) ; ingénieur et professeur ; anarchiste.

Paul Reclus était le fils d’Élie Reclus. En 1871, après la Commune, il suivit ses parents à Zurich et fit dans cette ville ses études secondaires ; en 1877, il revint à Paris et, l’année suivante, entra premier à l’École centrale, d’où il sortit ingénieur trois ans plus tard. Il fit une année de service militaire, puis occupa, de 1882 à 1894, plusieurs postes d’ingénieur. Après son mariage contracté en 1885, et dont il eut quatre enfants : deux filles mortes en bas âge et deux fils, il entra aux soudières de Varangéville (Meurthe-et-Moselle) qu’il dut quitter après avoir soutenu un ouvrier qui faisait de la propagande socialiste. Il fut ensuite ingénieur à Bessèges (Gard) et se livra à la propagande anarchiste et syndicaliste. Il était jugé d’après une note de police « d’autant plus à craindre qu’il est plus intelligent ».
Paul Reclus fut, aux côtés de Sébastien Faure* et d’Élisée Reclus*, partisan de la reprise individuelle. Dans un article « Le Travail et le Vol », publié dans La Révolte, n° 9, 21-27 novembre 1891, il justifiait ainsi sa position :
« ... Dans notre société actuelle, le vol et le travail ne sont pas d’essence différente. Je m’élève contre cette prétention qu’il y a un honnête moyen de gagner sa vie, le travail ; et un malhonnête, le vol ou l’estampage.
... Comme producteur, nous cherchons à obtenir le plus possible de notre travail ; comme consommateur, nous payons le moins cher possible, et de l’ensemble de ces transactions, il résulte que tous les jours de notre vie, nous sommes volés et que nous volons.
... L’activité de la vie que nous rêvons est également éloignée de ce qu’on nomme aujourd’hui le travail et de ce qu’on nomme le vol : on prendra sans demander et cela ne sera pas le vol, on emploiera ses facultés et son activité et cela ne sera pas le travail. »
En 1894, après l’attentat de Vaillant, Paul Reclus fut inculpé dans « le procès des Trente » — voir Sébastien Faure*. Il se réfugia en Angleterre où il devait rester neuf ans. Avant de quitter la France, il avait emprunté les papiers de son ami Georges Guyon et pendant plusieurs années ne fut connu que sous le nom de Georges Guyou (N changé en U) qui resta son pseudonyme. À Londres Paul Reclus fréquenta Kropotkine*, Malatesta, Tcherkesoff.
En 1896, il se fixa en Écosse avec les siens ; il y collabora avec un ami de sa famille, Patrick Geddes, qui avait fondé à Edimbourg l’« Out-look Tower », sorte de musée régional de géographie humaine. En 1898-1899, Paul Reclus entra comme professeur à la High School de Peebles, petite ville située à cinquante kilomètres d’Edimbourg.
En 1903, Élisée Reclus, établi en Belgique, demanda à son neveu de venir l’aider pour l’édition de son ouvrage L’Homme et la Terre. Paul et sa famille vinrent s’installer à Ixelles, faubourg de Bruxelles. Élisée mourut en juillet 1905 ; Paul mit alors la dernière main à l’œuvre de son oncle et se consacra à son édition. En 1908, il entra comme professeur au lycée français de Bruxelles.
Autorisé à revenir en France par Clemenceau avec lequel il avait un ami commun, Nadar, P. Reclus fit de fréquents séjours à Paris. En 1913, il dut quitter le lycée de Bruxelles, après avoir, au cours d’un voyage scolaire à Londres, emmené plusieurs de ses élèves chez Kropotkine.
Paul Reclus rentra en France en 1914 ; il fut l’un des signataires du « Manifeste des Seize », qui condamnait l’agression allemande. Il fut employé, durant la guerre, à la poudrerie de Sevran (Seine). Il se fixa en 1919 à Domme en Dordogne où sa femme mourut en 1927, et où il installa un musée régional. Après la mort de sa femme, il partagea son temps entre des travaux de bibliographie scientifique et des occupations pédagogiques au collège des Écossais fondé par son ami Patrick Geddes à Montpellier.
Mais Paul Reclus n’abandonna pas la propagande anarchiste. De 1926 à 1939, il collabora régulièrement à la revue Plus loin. Certains de ses articles nous permettent de connaître ses idées. Dans le n° 25, d’avril 1927, sous le titre « Congrès international contre l’impérialisme et la colonisation », février 1927, il écrivait :
" Citons seulement, en conclusion, cette phrase de Barbusse, qui exprime bien notre opinion personnelle : "Il n’en reste pas moins que l’indépendance nationale est la première étape de l’indépendance humaine" et Paul Mualdès commentait ainsi dans Le Libertaire du 20 mai 1927 : "Il y a des anarchistes qui restent fidèles à leurs idées... de 1914. » »
Toujours dans Plus loin, à une enquête de Mas Léjos, groupe anarchiste de Barcelone, sur l’abstentionnisme électoral, Paul Reclus, comme le Dr Pierrot, répondit que ce n’est pas un principe intangible (cf. n° 132, avril 1936).
En 1937, Reclus fit partie du comité de patronage de la section française du Secours international antifasciste, SIA (cf. Le Libertaire, 18 novembre 1937).
Dans un article de Plus loin, n° 156, avril 1938, intitulé « Synthèse d’un inconnu », Paul Reclus définit son communisme libertaire « réunissant ainsi le communisme des choses avec la liberté individuelle des hommes. Nous comprenons par là une organisation efficiente dès la cellule initiale, une mise en commun du matériel, une coopération dans le travail, une répartition des produits selon les besoins et les disponibilités, un développement de la personnalité. En somme, un déplacement de la lutte pour la vie vers une sphère plus élevée. Au lieu de menacer les sources mêmes de l’existence, la lutte s’engagera dans l’artisanat, l’art, la littérature, la science et la pensée. »

ŒUVRE : Paul Reclus, Les Frères Élie et Élisée Reclus ou du protestantisme à l’anarchisme, Paris, 1964. — Plus loin, n° 156, avril 1938, « Synthèse d’un inconnu », par P. Reclus. — Collaboration à l’Encyclopédie anarchiste.

SOURCES : Arch. Dép. Gard, 6 M 1414, fiche de police de 1886. — Notes biographiques de Jacques Reclus, fils de Paul, rédigées pour Jean Maitron en mai 1963.

Jean Maitron

Version imprimable de cet article Version imprimable