REBOUL Jean, Noël

Par Louis Bonnel et Rodolphe Prager

Né le 20 décembre 1919 à Marseille (Bouches-du-Rhône), disparu en octobre 1943 dans la région d’Yssingeaux (Haute-Loire), mort assassiné dans un maquis FTP ; employé, aide comptable ; militant trotskyste (POI) ; résistant.

Fils d’un pâtissier (qui revint très handicapé de la Première Guerre mondiale) et d’une modiste, Jean Reboul, aide-comptable à la raffinerie de sucre de Saint-Louis, fut l’un des animateurs de la section marseillaise du Parti ouvrier internationaliste (voir Pierre Naville*).

Après un stage obligatoire aux Chantiers de jeunesse en zone sud fin 1940, Jean Reboul fut employé comme rédacteur au service du ravitaillement. Il fréquenta les Auberges de jeunesses où il rencontra des jeunes pacifistes et participa à l’action clandestine du POI. Il fut arrêté le 2 juin 1942 avec sa compagne Marguerite Usclat, née Varesio, et la plupart des militants locaux de ce parti dont Albert Demazière* et Pietro Tresso*. Les arrestations frappèrent simultanément les militants trotskystes de Lyon et d’autres villes de la zone sud.

Jean Reboul fut jugé avec ses camarades le 30 septembre 1942 par la section spéciale du Tribunal militaire de Marseille sous l’inculpation paradoxale « d’activités communistes relevant directement ou indirectement de la IIIe Internationale » et condamné à dix ans de travaux forcés.

Transféré, début octobre, du Fort Saint-Nicolas à la prison de Lodève (Hérault), puis, en novembre, au camp de Mauzac (Dordogne), il arriva le 18 décembre à la prison du Puy-en-Velay (Haute-Loire). Dans cette prison, les relations entre détenus trotskystes et communistes étaient particulièrement tendues. Après l’évasion de soixante-dix-neuf prisonniers politiques, organisée par le Parti communiste et les FTP, dans la nuit du ler au 2 octobre 1943, Jean Reboul fit parvenir une lettre à sa famille. Ce furent ses dernières nouvelles avant sa disparition et celle de ses camarades trotskystes : Pietro Tresso, Abram Sadek et Maurice Segal (dit Salini) dans des conditions troublantes qui n’ont pu être entièrement éclaircies. Conduits avec la majorité des évadés vers le camp du maquis communiste « Wodli » de Queyrières, proche d’Yssingeaux (Haute-Loire), ils ne donnèrent bientôt plus signe de vie. Relatant les circonstances de cette évasion dans L’Histoire de la Résistance d’Henri Noguères* (t. IV, pp. 26-29), Albert Demazière en vint à déclarer que les « quatre trotskystes ont disparu au maquis dans des conditions suffisamment mystérieuses pour qu’on puisse conclure à une liquidation ». Les investigations entreprises se heurtèrent à un véritable mur de silence de la part des personnes qui ne pouvaient ignorer les faits.

Depuis, plusieurs enquêtes menées par Jean-René Chauvin puis par Raymond Vacheron et Pierre Broué, précisent comment ils furent isolés, détenus dès le 15 octobre puis exécutés le 26 ou 27 octobre 1943 sur ordre, et comment le silence s’organisa.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article128338, notice REBOUL Jean, Noël par Louis Bonnel et Rodolphe Prager, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 9 février 2019.

Par Louis Bonnel et Rodolphe Prager

SOURCES : Arch. Jean Maitron. — Arch. Rodolphe Prager. — A. Azzaroni, Blasco Pietro Tresso, 1965. — R. Dazy, Fusillez ces chiens enragés, Orban, 1981. — J. Revil-Baudard, Les communistes dans la clandestinité à Saint-Étienne (1939-1944), Mémoire de Maîtrise, Grenoble, 1975. — Historama, août 1971. — Témoignage d’Albert Demazière* (1978). — Notes de Jean-Michel Brabant. — Pierre Broué, Raymond Vacheron, Meurtres au maquis, Grasset, 1997.

ICONOGRAPHIE : Pierre Broué, Raymond Vacheron, Meurtres au maquis, Grasset, 1997.

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