Né le 29 novembre 1885 à Clichy (Seine), mort le 5 novembre 1967 à Compiègne (Oise) ; typographe ; anarchiste puis militant communiste de la région parisienne ; rédacteur à La Vie ouvrière puis à l’Humanité ; secrétaire de la Fédération CGT du papier-carton.

Pendant le lancement du livre de Bernard Pudal et Claude Pennetier, Le Souffle d’octobre 1917. L’engagement des communistes français (Éditions de l’Atelier, 2017), sont en libre accès les notices des militants dont les itinéraires sont utilisés à partir de leur Autobiographies communistes d’institution conservées à Moscou) : Jules Raveau, Maurice Thorez, Arthur Dallidet, Hildebert Chaintreuil, Fernand Herpin, Bernadette Cattanéo, Martha Desrumaux, Mosché Zalcman, Léo Rubin, Thérèse Capitaine, Amar Ouzegane, Isaad Rabah, Albert Varloteau, Jacques Gallienne, Lucien Dutard, Georges Politzer, Paul Nizan, Albert Vassart, Eugen Fried.

Eugène Rapin et Jules Raveau dans l’Humanité du 22 août 1937.
Le père de Jules Raveau, Fabien Raveau, était né à en 1897 à Massay (Cher) et mort en 1897 à l’asile des indigents de Nanterre ; ouvrier agricole, garçon de ferme illettré (il apprendra à lire au service militaire), il était venu à Paris en 1880 pour travailler comme manœuvre dans une usine de blanc de céruse où il fut touché par le saturnisme dont il décédera ; il était ouvrier raffineur à Saint-Ouen au moment de la naissance de Jules et fut ensuite grièvement blessé dans une usine métallurgique du XVIIe arr. Il s’était marié en 1885 avec Marie-Marthe Jolly, fille de bateliers de Saint-Amand-Montrond (Cher), couturière « ravaudeuse » puis femme de ménage. Les parents domiciliés à Clichy-la-Garenne se disputaient à propos de la religion, le père étant anticlérical tandis que la mère « élevée au couvent » emmenait les enfants à la messe le dimanche. Jules Raveau, orphelin de père à douze ans et de mère à seize ans, fut un bon élève « classé premier de toutes les classes ».
Titulaire du CEP, il fut apprenti typographe. C’est auprès de cousins germains anarchistes et francs-maçons qu’il découvrit les brochures individualistes mais aussi « l’anthropologie, l’algèbre, l’allemand, etc ». Dans le cadre de son travail, il fit la connaissance de Libertad*, correcteur chez Dangon et l’aida à composer le journal l’anarchie. Pendant six ans, de 1903 à 1909 il suivit ses amis dans l’illégalisme, participant au financement des compagnons et du journal. Laissons-le décrire lui-même sa vie mouvementée dans son autobiographie de 1932 : « À ce régime, je suis condamné (faux titres, faux coupons, coups et blessures, recel, etc.) à différentes reprises. Je subis, dans différentes prisons, environ quatre ans de détention. Nanti de faux papiers, je suis même expulsé en Espagne d’où je suis ensuite expulsé comme Français. Je ne suis pas syndiqué. Nous sommes contre la « prise de cartes » qui catalogue « l’individu ». Nous voulons le respect du moi. Je vais en Italie avec des « anars ». J’en serai expulsé (administrativement) par la suite. Service militaire. Je ne réponds pas. Ne me fais pas inscrire, ne passe pas le conseil de révision. Nous ne voulons pas " nous prostituer ". En 1907, arrêté, je suis incarcéré au Cherche midi d’où je m’évade au cours d’un transport pour visite médicale. Je ne serai repris qu’en 1910 à Marseille. Je passe en conseil de guerre. J’avais des papiers espagnols. Je reste six mois au Fort Saint-Nicolas puis suis expédié aux bataillons d’Afrique en Tunisie. Trois mois après, je parviens à être réformé [Réformé n° 2 le 14 juillet 1910 pour tuberculose, cette décision fut confirmée à deux reprises le 22 décembre 1914 et le 29 mars 1917]. Je rentre en France avec deux déserteurs embarqués à Bizerte. Je m’évade du fort Saint-Jean à Marseille en laissant un des deux « déser » sous mon nom ». Il se fit alors recruter par des patrons de Limoges qui cherchaient de typographes pour remplacer les ouvriers grévistes. Son intention était « de me faire payer le voyage par le patron et de faire dans la boîte en grève le « travail » qui s’effectuait alors durant les grèves ». Il adhéra pour la première fois au syndicat et partit quinze jours plus tard avec une plainte du patron pour « sabotage ». Arrivé à Paris, il constate que ses « compagnons » ont suivi le même chemin et milite dans la minorité de la Fédération du Livre (organe Le Réveil typographique) avec Victor Godonèche, Pierre Monatte et Édouard Dudilieux, contre les réformistes Auguste Keufer et Claude Liochon. Il était le secrétaire du Réveil quand éclata la guerre. Il s’était marié le 5 août 1913 à Paris XXe arr. avec Ernestine, Pauline Jubert.
Il fut le seul membre du groupe de la minorité du Livre à être réformé. Jusqu’au début 1916, il maintint les liens avec les compagnons aux armées et à l’étranger, tout en faisant fonctionner une petite imprimerie militante. « Nous menons la lutte contre les sursitaires, contre l’union sacrée, contre la majorité du bureau et de la CE confédérale. A la fin 1915, la Bataille syndicaliste disparaît à la suite d’une réunion orageuse avec Léon Jouhaux* et François Marie* dans laquelle on se reproche les uns les autres l’illégalisme d’autant ». Il retrouve Jules Lepetit* et Raymond Péricat* au Comité pour la reprise des relations internationales. Au début 1916, il se fait adresser un certificat d’embauche par un camarade présent en Suisse, obtient un passeport et s’installa à Genève avec sa femme en février 1916 et y retrouva de nombreux « compagnons ». En 1916 il hébergea chez lui à Genève le déserteur anarchiste italien Monnanni. En octobre 1916, il participa avec Frans Masereel* et Claude Le Maguet* à la fondation de la revue pacifiste les Tablettes, d’inspiration anarchiste et marquée par la philosophie de la non-violence tolstoïenne, revue qui vivra jusqu’en 1919. C’est en travaillant comme traducteur d’italien et d’espagnol pour la revue Demain qu’il rencontra une fois Lénine. Il collabora également au Réveil anarchiste de Luigi Bertoni, à la Feuille de Jean Debrit. Des militants italiens lui demandèrent, en août 1917, de faire un séjour en France pour attirer l’attention de l’opposition confédérale et de la CGT elle-même sur l’agitation ouvrière à Turin, et sur le risque d’envoi de troupes française pour mâter les troubles. Sa mission ne rencontra guère d’écho et la police en profita pour lui interdire de quitter Paris. Il lui fallut quinze jours pour échapper à la surveillance et gagner illégalement Genève.
En 1919, il fut le seul à approuver, au cours de l’assemblée hebdomadaire des anarchistes genevois, l’attentat de Cottin contre G. Clemenceau. Au milieu de l’année, il fut expulsé de Suisse avec 24 autres libertaires pour « complot bolchevique », formulation qui ne manqua pas de le surprendre. Mis il est vrai que la Révolution russe l’avait marqué : « Elle m’avait pour ma part convaincue de la nécessité d’une discipline révolutionnaire. Je demandais à passer en Russie. L’Allemagne me refusa le passage. Je me décidai alors à rentrer en France. »
Toujours typographe, il reprit contact avec la minorité du Livre et mena la « bagarre contre les réformistes, les sursitaires et, surtout pour les salaires ». Tout en travaillant à l’Officiel à la chambre des députés et à l’Imprimerie nouvelles (association ouvrière, rue Cadet), il fut secrétaire du CSR du Livre. Nommé, après concours, au poste d’administrateur des Cours professionnels du syndicat, il fut accusé d’utiliser ses fonctions pour faire de la propagande pour la minorité ; Robert Cézan brandit son casier judiciaire pour l’accabler. Son poste fut supprimé et il entra à La Vie ouvrière comme secrétaire de rédaction.
Raveau adhéra au Parti communiste en 1921 et milita au sein de la 20e section (quartier Saint-Fargeau). Le Bulletin communiste publia en décembre 1921 un article de lui, intitulé « Le syndicalisme et le communisme ». Dans son autobiographie de 1932, il écrira : « Un seul point n’est [pas] encore complètement éclairci pour moi à ce moment : les rapports du Parti et des syndicats. Je suis chargé, peu de temps après mon admission, de rédiger un rapport sur cet objet. Je préconise, dans le fond, des accords circonstanciels et les comités d’action (Parti et syndicats) permanents. » Il appartenait en 1922 au comité de la Fédération unitaire du Livre parisien (voir Édouard Dudilieux*) et assista en 1923 au IIe congrès de la CGTU (Bourges, 12-17 novembre). Cette même année, il fut délégué à la commission exécutive de l’Union des syndicats de la Seine. Raveau était devenu un critique bien informé de l’action des anarchistes dans les syndicats.
En 1924, Suzanne Giraud* le fit appeler comme rédacteur à l’Humanité, chargé de la rubrique « front ouvrier ». Il occupa quelque temps le poste de secrétaire de rédaction jusqu’au début de 1925. Sa fonction de rédacteur l’amena à se rendre fréquemment en province pour y suivre les conflits sociaux. Il donna plusieurs articles aux Cahiers du bolchevisme sur la grève des banques, la question des huit heures, etc. En août 1925, il assista au IIe congrès national de la Fédération unitaire du Livre. Lié à l’équipe Treint, Sauvage, Giraud, il lutta contre ses anciens amis Rosmer, Monatte, Chambelland et Godonèche. Remplaçant de Camille Fégy* au secrétariat de rédaction de l’Humanité, il fut affecté en avril 1926, à la « Vie sociale » comme chef de rubrique.
En 1928, il fut rattaché à la cellule de l’Imprimerie nationale. C’est à cette époque qu’il fut soupçonné par la police d’appartenir au réseau d’espionnage du « général Muraille ». Il donna asile à Pierre Lacan*, recherché pour « provocation de militaires à la désobéissance ». Il visitait régulièrement en prison les militants communistes (Raynaud, Lacan, Vaillant-Couturier, Dudilieux) détenus à la Santé. En 1929, Marcel Cachin étant tombé malade, il participa à la petite équipe qui dirigeait l’Humanité avec Florimond Bonte*. En 1930, il séjourna à Moscou pour suivre le Ve congrès de l’Internationale syndicale rouge. Il avait fait un premier séjour à Moscou en juillet-août 1928, comme correspondant de l’Humanité aux travaux du VIe congrès de l’Internationale communiste.
Jules Raveau rénova le rubrique « Vie sociale » avec Pierre Delon* mais il garda un ton très « classe contre classe ». Ainsi André Grillot* qui avait été envoyé, en 1933, suivre les grèves des ouvriers et ouvrières de la chaussure à Fougères, raconte : « Les articles que j’envoyais tous les soirs, Raveau les repassait au vitriol ». Il perdit son poste le 13 juin 1936 pour avoir inséré la veille un communiqué du syndicat des Métaux appelant à la poursuite de la grève. Depuis plusieurs années les rapports que lui consacrait André Marty* étaient défavorables : « A eu une affaire de droit commun déjà ancienne. Raveau travaillait avant à la rédaction de La Vie ouvrière. Il demanda alors qu’on lui augmente ses appointements pour qu’ils correspondent à son salaire dans l’industrie du Livre. Les camarades de La Vie ouvrière ont refusé. Raveau entra à l’Humanité. Il est caractérisé comme un élément politique malsain ; a de grands besoins personnels et considéré par des camarades comme ouvriéristes » ou encore : « Ancien anarchiste, il a eu des condamnations de droit commun pour vol, reprise individuelle » et il était question de le présenter devant une commission de contrôle en septembre 1934.
Son épouse, mécanicienne en fourrure, avait milité au Parti communiste de 1928 à 1931 et à la commission féminine de l’habillement mais elle cessa de travailler en 1932 et ne fut plus que sympathisante. Le couple vivait à Fontenay-sous-Bois.
En 1938-1939, Raveau était secrétaire de la Fédération CGT du Papier-Carton.
En octobre 1940, il aurait accompli une démarche auprès des autorités allemandes pour obtenir la reparution de la Vie ouvrière. Il fut interné à Châteaubriant à la fin de 1941.
Après la Seconde Guerre mondiale, Jules Raveau fut membre de la commission administrative de la CGT en 1945 et secrétaire de la Fédération du Papier -Carton en 1945-1947.
Il mourut en novembre 1967 à Compiègne (Oise). La Vie ouvrière annonça son décès en ces termes le 15 novembre 1967 : "décès d’un des plus vieux militants de la Fédération CGT du Papier Carton. Syndiqué depuis 1909, il fut secrétaire du syndicat unifié des typos en 1913, puis rédacteur à la VO, puis secrétaire de la Fédération CGT du Papier Carton. Arrêté en 1940, il fut traîné de camp en camp et interné notamment à Châteaubriant."

SOURCES : RGASPI, 495 270 8607, autobiographie du 13 mars 1932. — Arch. Nat. F7/13586, 13715. — Arch. PPo. Ba/1715. — L’Humanité, 1er janvier 1922. — P. Broué, N. Dorey, Le Mouvement social n° 54, janvier-mars 1966. — S. Courtois, La politique du PCF et ses aspects syndicaux, Th., op. cit.Le Monde, 8 novembre 1967. — Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, 192 J, archives de la fédération Papier-Carton. — État civil de Clichy-la-Garenne, 16 avril 2002.— Chantier biographique des anarchistes en Suisse. — Notes de Rolf Dupuy. — La Vie ouvrière, nº 1211, 15/ novembre 1967, p. 17.

Bibliographie : Claude Pennetier et Bernard Pudal (sd), Le Sujet communiste. Identités militantes et laboratoires du "moi", Presse universitaires de Rennes, 2014. — Bernard Pudal, Claude Pennetier, Le Souffle d’octobre 1917. L’engagement des communistes français, Les éditions de l’Atelier, 2017 : le chapitre 2 luis est consacré. .

Claude Pennetier

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