RAPUZZI Irma, Théodora

Par Gérard Leidet Antoine Olivesi

Née le 12 avril 1910 à Cadolive (Bouches-du-Rhône) ; institutrice ; militante du SNI ; militante socialiste ; conseillère adjointe au maire de Marseille, conseillère générale et sénatrice des Bouches-du-Rhône après la Seconde Guerre mondiale.

Irma Rapuzzi
Irma Rapuzzi
Photographie du Sénat

Fille d’un mineur italien qui travaillait dans le bassin de lignite de Fuveau-Gardanne-Roquevaire et d’une jeune mère sans profession à sa naissance, Irma Rapuzzi subit l’influence de son père syndicaliste et socialiste. Entrée à l’École normale d’institutrices d’Aix-en-Provence, devenue institutrice, elle occupa divers postes dans le département, notamment à l’école de filles de la rue Hesse et à l’école du quartier de La Cadenelle à Marseille. Adhérente au Parti socialiste SFIO depuis 1931, elle milita aux Femmes socialistes et fut leur déléguée au conseil fédéral, en janvier 1934. Elle participa par la suite aux congrès de la Fédération départementale SFIO jusqu’à la guerre.

Militante du Syndicat national des instituteurs et des institutrices (Section des Bouches-du-Rhône), elle élargit son action aux Auberges de la jeunesse dont elle fut l’une des fondatrices dans le département avec le poète occitaniste Jorgi Reboul* et le militant communiste du Centre laïque des auberges de jeunesse Aimé Nace. Elle était en effet déléguée du SNI au comité provençal laïque des AJ aux côtés de ses camarades Marcelle Samat et Joseph Casta.

En 1937, Irma Rapuzzi devint membre de la commission nationale des jeunes créée par le SNI cette année-là. A ce titre, elle fut rapporteur sur ces questions lors de l’assemblée de la sous-section marseillaise du 6 juillet. Elle indiqua que son rapport (départemental) et celui de Roger Hagnauer (au plan national) se complétaient. Elle rappela que ce dernier était contre l’autonomie du Groupe de jeunes et que le département des Bouches-du-Rhône avait manifesté « son désir d’unité ». Sicard en désaccord avec une partie du rapport d’Irma Rapuzzi demanda que tous les jeunes fassent partie de la commission, qu’ils aient le droit d’émettre et de voter des voeux ; Lucien Bernard insista pour qu’on puisse laisser un peu de liberté aux jeunes si on voulait les attirer au syndicat. Irma Rapuzzi rappela que tous les jeunes prenaient une part active aux réunions de la commission puisqu’ils y étaient tous invités. Au congrès départemental de juillet 1937, elle intervint sur la question des retraités et du manque d’anticipation de l’administration empêchant de connaître à l’avance le nom des « camarades concernés » ; puis sur le dossier de l’inspection dont elle pensait que l’uniformité de procédure devrait être la même dans tous les départements. Irma Rapuzzi fut désignée comme déléguée au congrès national réuni les 3, 4 et 5 août en compagnie de Louis Malosse, Bernardini, [Jean Salducci-130285] et [Marcel Bens-16279]. Lors de l’AG suivante qui se tint salle Ferrer le 29 octobre, elle fit au nom du bureau départemental une communication relative à l’amélioration concernant l’indemnité de surveillance des instituteurs marseillais. Le 10 décembre 1937 (réunion de la sous-section marseillaise), Irma Rapuzzi s’éleva contre la différence entre l’indemnité accordée aux titulaires et celle réservée aux intérimaires. Enfin, pour la dernière réunion de la commission des jeunes de l’année, le 9 décembre, elle rappela que l’année scolaire 1934-1935 avait été particulièrement défavorable au recrutement des jeunes débutants à la suite des décrets Chéron, et qu’aucun titulaire du brevet supérieur ne fut délégué suppléant ou intérimaire lors du dernier trimestre 1934. Les jeunes maîtres ayant débuté en janvier 1935 ne répondaient « pas encore » aux conditions de titularisation.

En 1937 et 1938, Irma Rapuzzi, membre du conseil syndical du syndicat départemental de l’enseignement des Bouches-du-Rhône, fit partie de la commission d’études des affaires corporatives. Lors de la commission exécutive du 20 janvier 1938, elle demanda que les élèves ayant échoué à un examen puissent être inscrits en troisième année des cours complémentaires. Considérant la commission des jeunes comme une commission d’éducation syndicale, elle n’en oubliait pas ses dimensions de perfectionnement culturel et d’organisation des loisirs. Irma Rapuzzi prépara ainsi avec Vielmas, secrétaire de la commission pédagogique, une sortie théâtrale (représentation de Macbeth) précédée d’une conférence d’Henri Fluchère du syndicat de l’enseignement secondaire. Pendant les vacances de Pâques, elle organisa avec l’aide de Laget, responsable au SNI des voyages collectifs, Dominique Salini, professeur au lycée de Bastia, et Madame Scapula, inspectrice primaire, un voyage de 10 jours en Corse à l’attention des jeunes enseignants du département.

Membre du conseil syndical de la section départementale du SNI, puis de la commission exécutive, Irma Rapuzzi fut élue au Conseil départemental de l’enseignement primaire en janvier 1938 avec Madame Malosse, Marcel Babau et Jean Mouton. La société de secours sécurité primaire ayant été interpellée à la tribune du syndicat national au sujet d’un prélèvement sur l’indemnité de surveillance, elle tint à rappeler qu’elle n’avait pas « mis en cause » la "sécurité primaire" mais seulement évoqué le fait que la mutuelle réservait ses services aux seuls instituteurs, et qu’elle excluait les enseignants malades, ou trop vieux, et les institutrices, « soit la grande majorité du personnel ». Prolongeant ses prises de positions d’octobre et décembre 1937, elle conclut sur le « devoir de tout syndicaliste […] de rechercher un arrangement » qui assure à tous, instituteurs et institutrices, en congé de maladie, le paiement de l’indemnité de surveillance.

Dans un article intitulé « Les jeunes, ces lampistes », publié dans L’Université de juin 1938, bulletin du syndicat départemental de l’enseignement des Bouches-du-Rhône (FGE), Irma Rapuzzi rappela les méfaits des Décrets Laval réactivés selon elle par Joseph Caillaux. Ce dernier, dans le cadre de restrictions budgétaires, proposait le « retard à l’avancement et le recul des limites d’âge » pour la retraite. Devant cette double menace, elle exhortait les jeunes enseignants à se rapprocher des « anciens » en intégrant d’avantage l’action syndicale : « Nous commettons une sottise quand nous nous désintéressons de ce qui touche nos collègues plus anciens. Nous commettons une lourde faute, quand sous de vagues prétextes d’autonomie, nous refusons d’associer étroitement notre action à la leur… Nous avons assez du rôle de lampiste ? D’accord ! Il faut venir au Syndicat… ». Une argumentation qu’elle devait résumer plus tard, dans son rapport de juin 1938 pour la commission des jeunes, en rappelant que celle-ci n’avait pas d’autre ambition que « celle d’être l’antichambre du syndicat ».

En octobre 1938, Irma Rapuzzi déclara, à propos de la réforme de l’enseignement mise en œuvre par Jean Zay, que les résultats ne correspondaient pas à l’attente des syndicalistes enseignants. Si l’institution des loisirs dirigés avait fait naître une grande espérance, si la généralisation de ces activités ne posait guère de problèmes pour « l’instituteur rural », il n’en allait pas de même pour les instituteurs citadins qui ne disposaient que de la « salle de classe incommode » et d’une cour bien trop exigüe, les conditions matérielles n’étant par ailleurs pas réunies. Elle critiqua également les nouveaux horaires prévus par l’arrêté du 11 juillet 1938, souvent inapplicables selon elle et déséquilibrés (notamment une heure de lecture ôtée au cours préparatoire). Dans la rubrique « Le coin des jeunes » du bulletin du SNI, elle prodigua des conseils pratiques aux instituteurs débutants, rédigeant une fiche technique à leur intention rassemblant les diverses formalités à accomplir lors des premiers jours de cette rentrée 1938. En novembre, elle fut réélue à la commission exécutive, arrivant en troisième position (493 voix sur 877 suffrages exprimés) juste derrière Malosse (543) et Vielmas (498). Réagissant aux propos de ce dernier relatifs à la création d’une « maison des instituteurs » qui prolongerait la coopérative des enseignants, Irma Rapuzzi esquissa les contours de cette nouvelle structure. La coopérative étant déjà un lieu de rencontre et de sociabilité militante, la maison des instituteurs, plus vaste, pourrait accueillir la librairie gérée depuis sa retraite par Victor Gourdon, l’ancien secrétaire du Syndicat général de l’enseignement puis membre du bureau départemental du SNI ; un foyer, « lieu de retrouvailles » pour les instituteurs séparés depuis l’Ecole normale par le hasard des nominations ; d’autres espaces aussi pour l’éducation syndicale et le perfectionnement culturel, voire un institut pédagogique…

Lors de la commission exécutive du 19 janvier 1939, Irma Rapuzzi intervint sur les suites de la grève du 30 novembre 1938. Elle indiqua que 7 membres de la CE n’ayant pas appliqué l’ordre de grève, le conseil syndical avait demandé leur démission (à l’unanimité). Deux d’entre eux n’ayant pas envoyé leur démission (Bourdelon et Léonce Michel), elle demanda à la CE de proposer l’exclusion de ces deux militants. Elle donna ensuite le compte-rendu du Conseil national, rappelant le chiffre, retenu par le SN, de 20 000 grévistes et montra comment certaines sections départementales avaient agi pour « escamoter l’ordre de grève ». Elle ajouta que les critiques apportées au SN par les délégués des sections avaient été celles envisagées dans la section des Bouches-du-Rhône. A Ernest Margaillan qui avait proposé une commission de solidarité faisant payer à tous les syndiqués la journée du 30 novembre, elle montra les difficultés rencontrées pour rendre effective cette résolution. Enfin, toujours aux lendemains de cette grève, Irma Rapuzzi n’hésita pas à polémiquer avec les dirigeants de l’Union nationale des membres de l’enseignement public. A ces derniers, farouchement opposés au principe même de la grève, qui mettaient en cause le nombre de grévistes annoncé dans L’Ecole libératrice, et qui voyaient dans le SNI une « organisation à caractère révolutionnaire », elle répliqua dans un article intitulé, « démasquons les syndicalistes à faux nez ». Vis-à-vis, selon elle, de « l’absence de principes et de programme » de cette organisation, elle rappela le chiffre de 300 syndicalistes enseignants sanctionnés. Elle lui opposa les élections à la Commission de réformes qui donnèrent, dans les Bouches-du-Rhône, l’unanimité des suffrages aux candidats du SNI.

Pacifiste convaincue, Irma Rapuzzi participa activement aux campagnes contre la guerre de la fin des années 1930 et approuva les accords de Munich. Elle présida, le 22 juin 1939, le congrès de la section départementale du SNI à Marseille (en présence d’André Delmas et de Marie-Louise Cavalier)), avant de devenir la secrétaire de la section départementale après la déclaration de guerre.

Pendant l’Occupation, Irma Rapuzzi rejoignit dans la clandestinité les militants socialistes et syndicalistes résistants, notamment Gaston Defferre. Le Provençal du 30 mai 1946, à propos de sa candidature sur la liste SFIO aux élections à l’Assemblée constituante du 2 juin 1946, la présentait comme « ex-secrétaire général du syndicat des institutrices » en signalant qu’elle avait également été secrétaire du comité provençal des Auberges de la Jeunesse.

Elle participa à la conférence nationale du courant « Force ouvrière », le 8-9 novembre 1947. Dans son intervention, elle lança un appel à ses camarades : « Mesurez bien vos responsabilités : ou bien vous prenez la tête du mouvement de libération ou bien vous assistez à la désagrégation toujours accrue du mouvement syndical. ». Puis elle encouragea ses camarades à intervenir car « vous serez responsable demain de la désaffection toujours croissante des militants par rapport à la CGT […]. Elle entendait pourtant respecter l’indépendance du syndicalisme. A la question « Vous comptez sur la réaction des ouvriers socialistes à l’intérieur de la CGT ? », elle répondait « Si vous laissez ce débat se placer sur ce terrain, que deviendra l’indépendance du mouvement et quelle sera votre situation ? »

Enseignant en cours complémentaire, elle était, en 1946, responsable des Femmes socialistes, elle fut à la fin des années 1940 la secrétaire-adjointe de la fédération socialiste SFIO. Elle participa à la fondation de la SOCOMA avec Daniel Matalon, Charles-Émile Loo et Antoine Andrieux, pour le contrôle du port de Marseille.

Elle fut élue conseillère municipale SFIO en octobre 1947 et siégea d’abord dans l’opposition de 1947 à 1953 puis, en qualité d’adjointe au maire à partir de 1953, à l’instruction publique, ensuite aux finances. En mars 1977, elle devint première adjointe au maire. Depuis plusieurs années, elle était le véritable « ministre des Finances » de la commune de Marseille. Rapporteur général du budget, elle géra le budget municipal avec beaucoup de compétence et de rigueur.

Plusieurs fois candidate, sans succès, aux élections législatives, notamment en 1951 (troisième de liste) et sous la Ve République, Irma Rapuzzi fut élue sénateur en juin 1955 et participa aux commissions de la marine, des pêches et de la reconstruction. En 1956, s’ajoutèrent les commissions, de l’Intérieur et de la presse, puis à partir de 1957, celle des finances dont elle fut rapporteur spécial. En juin 1958, elle vota contre le projet de lois sur les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle. Elle fut régulièrement réélue aux élections sénatoriales (avril 1959, septembre 1962, septembre 1971, septembre 1980). Elle ne se représenta pas en septembre 1989.

Siégeant au Conseil général, elle fut réélue dans le 7e canton de Marseille (ex-8e canton) en septembre 1973. Rapporteur général du budget au Conseil général, elle retrouva cette responsabilité en 1974. Au sein du nouveau Parti socialiste, elle fut élue membre de la commission nationale des conflits au congrès de Pau, au début de l’année 1975.

Conseillère de Gaston Defferre, elle se retira de la vie politique après la mort de ce dernier. Le 12 avril 2010, Jean-Noël Guérini, président du Conseil général, salua les cent ans de cette grande figure du socialisme à Marseille.

En 2014, Irma Rapuzzi résidait à Marseille (XIe ar..),

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article128120, notice RAPUZZI Irma, Théodora par Gérard Leidet Antoine Olivesi, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 24 juin 2014.

Par Gérard Leidet Antoine Olivesi

Irma Rapuzzi
Irma Rapuzzi
Photographie du Sénat

SOURCES : Arch. OURS., Procès-verbaux des Conférences des groupes FO communiqués par Denis Lefebvre. — Bulletin du syndicat unique des institutrices et instituteurs des Bouches-du-Rhône, années 1937-1938. (section départementale du SNI). – L’Université, bulletin du syndicat départemental de l’enseignement des Bouches-du-Rhône (FGE), de juin 1938. — Le Petit Provençal, 2 avril 1938. — Le Provençal, 30 mai 1946, 17 juin 1951 (photo), 4 et 7 septembre 1973 (photo). — Marseille, mars 1947. — Le Poing et la Rose, février 1975. — Indicateur marseillais, 1974. — Presse syndicale. — Site Internet du Sénat. — OURS, fédération des Bouches-du-Rhône. — H. Coston, Dictionnaire de la politique française, t. 2. — A. Olivesi et M. Roncayolo, Géographie électorale des Bouches-du-Rhône., op. cit.. — Notes de Jacques Girault. — DBMOF, notice par A. Olivesi.

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