QUINTON Augustin

Par Gabriel Désert

Né en octobre 1890 à Paris. Mécanicien-ajusteur à la Société normande de métallurgie (SNM) ; secrétaire de l’Union départementale du Calvados (1919-1921) ; secrétaire des Comités syndicalistes révolutionnaires (1921).

D’abord employé à la pyrotechnie militaire à Caen jusqu’à la fin de l’année 1918, Augustin Quinton entra ensuite à la SNM. De l’été 1919 à l’été 1921, il fut le leader du mouvement syndicaliste caennais et calvadosien. En novembre 1918, il était secrétaire adjoint du syndicat de la pyrotechnie, syndicat créé, semble-t-il, sous son impulsion au cours de l’été précédent. En janvier 1919, succédant à A. Marbach, il fut élu secrétaire général du syndicat des Métaux. Son dynamisme lui permit d’implanter cette organisation alors que la métallurgie locale était en plein essor à Blainville, à Dives-sur-Mer, à Amfréville, à Soumont-Potigny et même Lisieux, communes voisines du chef-lieu. Son activité débordante lui valut, bien qu’arrivé récemment dans la région, d’être élu avec le maximum de voix à la commission administrative de l’Union départementale dont il devint le secrétaire adjoint en mars 1919, poste qu’il occupa, comme permanent, à partir de juin, avec un appointement mensuel de 600 F, avant d’accéder au secrétariat général, charge qu’il conserva jusqu’en juillet 1921. Après avoir collaboré au Réveil des travailleurs, il devint gérant du Populaire normand, journal fondé en 1919, et le resta jusqu’en mai 1920. Membre de la section socialiste de Caen, il participa, en 1919, à la collecte de fonds pour le financement de la campagne électorale de l’automne. En janvier 1920, il présida le comité de répartition de l’aide aux victimes d’un déraillement du train ouvrier de la SNM. Pour Ludovic Zoretti* , qui après avoir été son maître devint son adversaire, Quinton était un « modeste syndiqué, intelligent et laborieux », tandis que selon le préfet, c’est « un esprit dissimulé mais intelligent et actif ».

Animateur de la journée du 1er Mai 1919, Quinton intervint le mois suivant auprès du préfet et de la direction de la SNM en vue d’obtenir une augmentation des salaires dans la métallurgie, affirmant, en cette occasion, qu’aucune rétribution journalière ne devait être inférieure à 17,50 F. Ces démarches furent partiellement couronnées de succès ; mais, en août, après l’échec de ses interventions auprès de la direction des Chantiers navals de Blainville, une grève éclata dans cette entreprise. Quinton s’employa alors à en assurer le succès ; il multiplia les réunions pour maintenir la combativité des grévistes, organisa des « soupes communistes » et conseilla d’organiser la chasse aux « jaunes » mais « en douce et sans batterie ». Cette lutte permit d’obtenir une augmentation des salaires. Quinton avait adopté les positions des minoritaires de la CGT et, à la fin de juillet 1919, à l’occasion du congrès extraordinaire de l’UD, il attaqua la direction confédérale l’accusant de n’avoir pas préparé sérieusement la grève générale. En septembre, lors d’une réunion du syndicat des Métaux, il renouvela ses critiques, s’en prenant plus spécialement à Marcel Bidegaray*.

Devenu très populaire parmi les ouvriers, il fut envoyé comme délégué de l’UD au congrès confédéral de Lyon (15-21 septembre 1919). Il y vota contre le rapport moral de Léon Jouhaux mais, soutint la résolution finale prise par les congressistes car elle avait un « caractère franchement révolutionnaire ». Fervent admirateur de la révolution bolchevique, Quinton fut à l’origine, en novembre 1919, d’une réunion de protestation contre l’intervention militaire en Russie. Il y présenta le nouveau régime russe en le comparant à celui que la France avait connu en 1793. Il fit voter, par les 450 militants présents, un ordre du jour affirmant : « Le prolétariat est la seule force... il faut dorénavant employer la force contre la force, c’est-à-dire faire la grève générale. » Au cours des mois suivants, son attitude sur ce point évolua en même temps qu’il s’éloigna de plus en plus des positions la direction confédérale.

En mars 1920, il participa au congrès fédéral des Métaux qui se tint à Paris. Dans le département, il organisa à partir de février de multiples réunions syndicales afin d’entretenir le zèle des adhérents et d’organiser la journée du 1er Mai. Celle-ci devait avoir, selon lui, un quadruple objectif : exiger le respect de la loi de 8 heures, obtenir l’amnistie pour tous et la nationalisation des chemins de fer, affirmer le refus de l’arbitrage obligatoire. Ses conférences dans les principaux centres ouvriers du département avaient cependant pour principal but de préparer les grèves qui devaient éclater en mai. Dès le mois de mars, s’adressant aux cheminots, il leur donna l’assurance « que la CGT interviendra dans le conflit » et leur promit « l’appui moral et matériel de l’Union des syndicats ». À la fin d’avril, il rappela que le but de la grève était « d’arracher aux pouvoirs publics l’exécution des promesses qui n’ont pas été tenues et d’obtenir la nationalisation des chemins de fer ». Les conflits ayant éclaté, Quinton engagea les ouvriers « à rester dans les usines que les patrons ont fermées et à ne s’en laisser chasser que par la force » et, dès le 2 mai, il déclarait : « Travailleurs, on ne vous coupera pas le cou, soyez tranquilles car, sans vous, le pays, demain serait sûr de crever de faim ». Ses déclarations jugées subversives lui valurent d’être l’objet d’un mandat d’amener pour atteinte à la sûreté de l’État tandis qu’une perquisition, sans résultat, eut lieu le 12 mai à son domicile. Quinton entra alors dans la clandestinité mais, protégé par ses camarades, il participa néanmoins, à diverses réunions de grévistes. Après l’échec des grèves de mai 1920, il publia dans le Populaire normand un article : « Une profitable leçon de choses ». Il y condamnait la grève générale, « formule tyrannique » et, ajoutait : « L’arme unique de la classe ouvrière n’est pas la grève générale, mais la grève intelligente. » Il la définissait ainsi : « C’est faire cesser le travail aux cheminots, aux mineurs, aux dockers et aux inscrits et, ainsi, bloquer le pays, l’isoler, empêcher le ravitaillement et, c’est faire travailler, doublement s’il était possible même, toutes les autres corporations, de façon à consommer dans le plus bref délai tout ce qui se trouve à l’intérieur du pays bloqué. » Cette nouvelle forme d’action serait efficace selon lui, car elle pourrait se prolonger grâce à la solidarité ouvrière.

Quinton put se rendre au XVe congrès de la CGT (Orléans, 27 septembre-2 octobre 1920) et il participa à la discussion sur le rapport moral, défendant le point de vue des minoritaires. Il fut arrêté le 8 octobre, alors qu’il assistait à une conférence de Louis Frossard sur son voyage en Russie ; selon certains, il se constitua lui-même prisonnier après la conférence. Libéré au bout d’un mois, il reprit la direction de l’UD et en décembre, participa à plusieurs réunions, notamment au congrès fédéral du Parti socialiste où il soutint la tendance Frossard-Cachin favorable à l’adhésion à la IIIe Internationale. En janvier 1921, il fut élu membre de la commission fédérale et de la commission de propagande de la SFIO. Mais son action de caractère politique semble en être restée là.

Le mois suivant, il représenta l’UD au comité confédéral national de la CGT. Il en revint déçu et n’hésita pas à le faire savoir publiquement. « Le parlement de la CGT : les tribuns et les cuisiniers y sont rois... Le CCN n’a d’autre fonction que celle de tampon, il préserve le bureau confédéral » écrivait-il dans le Populaire normand du 25 février. Au congrès de l’UD à la fin du mois, il défendit les thèses minoritaires, accusa violemment L. Zoretti de « vouloir noyauter l’organisation syndicale » et, faisant triompher ses conceptions, il orienta l’UD, dont il fut réélu secrétaire général, vers des positions syndicalistes révolutionnaires. En mars 1921, il créa à Caen un Comité syndicaliste révolutionnaire, le présentant comme un organisme chargé de redresser la CGT, une « cellule d’activité » s’occupant d’éducation des militants, de propagande et de recrutement.

D’abord favorable à l’adhésion à l’Internationale syndicale rouge, alors en gestation, il y mettait cependant une condition : le respect de « l’autonomie absolue » du mouvement syndicaliste français. Il rappela d’ailleurs que les délégués minoritaires, envoyés au congrès constitutif, devaient « soutenir d’une façon intransigeante, le principe de l’autonomie absolue du syndicalisme. S’opposer à ce que, dans le comité exécutif de l’Internationale syndicale, siège un membre de l’Internationale communiste » (le Populaire normand, 8 juillet 1921). L’acceptation de la liaison « organique » par A. Rosmer, Joseph Tommasi et Victor Godonnèche souleva de vives critiques au sein des CSR et Quinton signa une protestation avec Pierre Besnard*, Pierre Monatte*, Gaston Monmousseau*, etc. Quinton donna une courte préface au compte rendu du 1er congrès de l’ISR que fit Michel Kneler* qui y avait été délégué par les CSR.

Fin juillet 1921, à l’issue de la dernière réunion des minoritaires organisée parallèlement au congrès CGT de Lille (25-30 juillet 1921), Quinton devint, sur proposition de Pierre Monatte*, l’un des secrétaires des CSR aux côtés de P. Besnard. Ses responsabilités nouvelles l’obligèrent alors à quitter définitivement Caen. Cela ne l’empêcha pas de conserver, quelque temps encore des relations étroites avec les syndicalistes calvadosiens. C’est ainsi qu’attaqué par les majoritaires locaux, dont L. Zoretti, il leur répondit par un article intitulé « Avec des pincettes » paru dans le Populaire normand du 26 août : « Je ne suis pas venu au monde minoritaire. J’ai passé par tous les états d’esprit avant d’acquérir la maturité. J’ai assez tôt aperçu la vérité : l’erreur réformiste dans laquelle barbotait la CGT au lendemain de la guerre. Dès 1919, j’étais fixé... Je gardais une fraîcheur de sentiments, une naïveté, pourrais-je dire... Je croyais aux hommes... C’est Zoretti qui a fait le plus pour que je perde cette foi. C’est lui qui m’a montré le vide des écrits et des discours de Jouhaux... Merrheim était fini... Dumoulin était un fumiste... Ce que je suis maintenant, Zoretti l’a été jusqu’à Tours. »

Le 27 septembre, à l’issue de la réunion du CCN, il signa avec Pierre Fargue et P. Besnard le manifeste du comité central des CSR, préconisant la formation d’une CGTR (révolutionnaire), qui déclarait : « La minorité révolutionnaire, arrivée à l’extrémité des concessions possibles, s’est trouvée acculée à une scission qu’elle repoussait et qu’elle repousse encore de toute son énergie ». La scission consommée à l’issue du congrès des minoritaires (Paris, 22-24 décembre 1921), Quinton, qui publia un compte rendu de ce congrès dans le Syndicaliste révolutionnaire (n° 2, 5 janvier 1922), appartint à la CGT. Unitaire et soutint à l’intérieur de cette centrale hétérogène l’action de ses amis anarcho-syndicalistes (P. Besnard, G. Verdier, Théo Argence, etc).

Lorsque le 15 juin 1922, l’existence du « Pacte » secret conclu en février 1921 entre les anarcho-syndicalistes des CSR fut révélée, il apparut que Quinton n’en était pas membre. Néanmoins, il s’était allié à eux dès son accession au secrétariat. Après la Seconde Guerre mondiale, Pierre Monatte* revint sur cet épisode : « À la dernière réunion de la minorité, à Lille, j’avais cru sage de proposer pour ce secrétariat un camarade de province des Métaux, pour couper court aux querelles parisiennes... Sous de belles apparences, Quinton, le nouveau secrétaire des CSR, n’était pas en réalité un provincial solide et sérieux. Au lieu de tenir la balance égale entre les courants comme c’était son rôle, il passait au Pacte presque tout de suite. »

Pour cette raison, les Résolutions et messages de l’Exécutif de l’Internationale communiste (juin 1922), dénoncèrent Quinton comme l’un des « hommes qui se couvrent de phrases sur l’autonomie syndicale pour essayer d’organiser de petites coteries à l’intérieur des syndicats et pour essayer de mettre la main sur la direction du mouvement ». Quinton quitta la CGTU pour adhérer en 1927, à la CGT-SR, confédération dans laquelle il milita peu de temps. Il abandonna vraisemblablement toutes activités militantes par la suite. En juin 1929, le Réveil des travailleurs le présentait ironiquement comme un « farouche révolutionnaire... aujourd’hui patron ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article127846, notice QUINTON Augustin par Gabriel Désert, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 25 mars 2013.

Par Gabriel Désert

SOURCES : Arch. Dép. Calvados, série M 480, 9125, 9130, 9133, 9133 bis. — Le Réveil des travailleurs. — Le Populaire normand. — Ch. Billy et J. Quinette, Le mouvement ouvrier dans le Calvados, 1884-1922, MM, Caen,1971. — M. Simon, Le mouvement ouvrier dans le Calvados, 1919-1931, MM, Caen 1973. — R. Brécy, op. cit. — M. Labi, La Grande division des travailleurs, la première scission de la CGT (1914-1921), Les Éditions ouvrières, 1964. — Travaux du camarade M. Relenk au congrès de l’ISR de Moscou..., s.l.n.d. — Pierre Monatte*, La Lutte syndicale, F. Maspero, 1976. — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste, op. cit. . — Jérôme Letournel, Socialisme et socialistes dans le Calvados des origines à la fin du XXe siècle (1864-1998, Université de Caen, 2013.

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