PRACHE Gaston, Louis, Eugène

Par Michel Dreyfus

Né le 6 mai 1898 à Péronne (Somme) ; mort le 21 juin 1984 à Chantilly (Oise) ; instituteur ; syndicaliste et coopérateur, secrétaire général de la Fédération nationale des coopératives de consommation (1935-1941), président-directeur de la Société générale des coopératives de consommation (1941-1945), président de l’OCCE (1939-1948).

Fils d’un peintre en bâtiment et d’une ouvrière en confection à domicile qui quittèrent Péronne en 1904 pour se fixer à Neuville-Saint-Rémy, village proche de Cambrai, Gaston Prache fut élève de l’école primaire puis des cours complémentaires de Cambrai jusqu’en juillet 1914. Admis à l’École normale de Douai, l’invasion allemande allait interrompre ses études pour la durée de la guerre à l’exception d’une période de cinq mois en 1916-1917. Son père étant mobilisé et sa mère sans travail à partir de février 1915, Gaston Prache fut appelé à aider l’instituteur, secrétaire de mairie ; il put ainsi subvenir aux besoins de sa famille. Pendant cette période, il s’employa à parfaire ses études de français, de mathématiques et surtout d’anglais et d’allemand. En mars 1918, il fut requis par les autorités allemandes pour des travaux dans le voisinage du front d’Artois. Il fut légèrement gazé, parvint à s’évader et à se cacher jusqu’au 10 octobre, jour où il réussit à franchir les lignes et rejoignit Cambrai quasi déserte. Le 13 octobre, il accueillit le président du Conseil, Georges Clemenceau, et le maréchal Douglas Haig. Il retrouva ensuite son emploi aux secrétariats de mairie de deux communes voisines, Sailly et Tilloy. Il prépara et obtint le brevet supérieur.

Soldat de juin 1919 à mai 1920, Gaston Prache devint instituteur à son retour et exerça durant quatre années tout en préparant une licence de lettres à la faculté de Lille. Il adhéra au syndicat de l’Enseignement laïque du Nord en 1921 et fut bientôt élu à son conseil départemental. Simultanément, il milita au Parti communiste et créa plusieurs sections locales notamment celle de Rumilly où il enseignait, ce qui lui valut d’être menacé de révocation. Ce fut en 1920 qu’il vint au mouvement coopératif sous l’influence de l’instituteur Eugène Delhay* et adhéra à l’Union régionale de l’Union des coopérateurs du Cambrésis dirigée par Edmond Bricout* et Nestor Buiron. Étudiant Charles Gide, Bernard Lavergne, Ernest Poisson, Eugène Fournière, mais aussi Charles Fourier, séduit par l’idéal coopératif de justice sociale et économique, Gaston Prache abandonna le syndicalisme. En 1922, en désaccord avec les exclusions prononcées à l’encontre de Pierre Brizon* et des Mayoux, et membre du bureau de la section de Cambrai de la Ligue des droits de l’Homme à laquelle il avait adhéré en 1920, il démissionna du Parti communiste.

À l’UDC, il fut très vite chargé de divers mandats et devint secrétaire général du Comité général des sections. En mai 1923, il fut élu administrateur et, l’année suivante, en septembre, fut appelé au secrétariat fédéral à Lille par le conseil de la Fédération régionale Nord-Pas-de-Calais. Il abandonna alors son métier d’instituteur pour devenir permanent. En mai 1925, il fut élu aux élections municipales à Neuville mais il dut démissionner de son mandat lorsqu’il partit habiter Lille où ses fonctions dans la coopération l’appelaient. Dès lors, Gaston Prache se consacra exclusivement au mouvement coopératif comme secrétaire permanent de la Fédération régionale coopérative du Nord et Pas-de-Calais où il retrouva des militants comme G. Dhondt, Arthur Pierpont* et Verkindere. Il fut élu par le congrès national à la commission de contrôle des organismes centraux du mouvement coopératif : Fédération nationale des coopératives de consommation, Magasin de gros (MDG), Banque des coopératives de France (BCF) en 1925. Le congrès de 1927 l’élut au conseil central de ces institutions et peu après, il siégea au comité administratif de la FNCC.

Dès sa constitution, l’Office central de la coopération à l’École (OCCE) appela Gaston Prache à son conseil d’administration aux côtés d’Ernest Poisson* et Célestin Bouglé*. Il se consacra au travail de coordination des coopératives et de leurs unions régionales.

En 1928, il devint vice-président du conseil administratif de l’UDC du Cambrésis puis, en 1929, président. Il le resta jusqu’en 1940, la société étant devenue entre-temps, en 1931, « Les Coopérateurs d’Escaut et de Sambre » grâce à l’extension du mouvement coopératif dans l’Avesnois et la région artésienne de Bapaume. À partir de 1930, il dirigea le Centre général de propagande et d’action coopérative après accord de l’Union des coopérateurs d’Escaut et Sambre et de l’Union des coopérateurs de Flandre-Artois. Il déploya une intense activité de conférencier, participa à de nombreuses délégations à l’étranger notamment en URSS en 1929, voyage qui lui permit de prendre contact avec le « Centrosoyus », la centrale des coopératives soviétiques. Secrétaire fédéral du Nord depuis septembre 1924, il fut rapporteur de la commission d’enquête (voir Ernest Poisson*) lors de « l’affaire » de la Banque des coopératives de France en 1934. Ses conclusions adoptées, il décida de la création d’une commission d’études de réorganisation générale du mouvement coopératif qui fut chargée de présenter un rapport devant le congrès extraordinaire qui se tint les 9 et 10 décembre 1934 à Orléans. Le projet de réorganisation proposée par la commission y fut adopté et, lors du congrès suivant (Dijon, 30 mai-1er juin 1935), le dossier de la BCF fut refermé par le vote des résolutions que Gaston Prache présenta.

En mai 1935, il fut élu au secrétariat de la FNCC aux côtés de Maurice Camin* et d’Ernest Poisson. Il quitta alors Lille et le secrétariat fédéral Nord-Pas-de-Calais pour le secrétariat national où il fut responsable des relations avec les Fédérations régionales. Il entra au comité directeur de la Revue des études coopératives et fut chargé de cours à l’École des hautes études en sciences sociales. Par ailleurs, Gaston Prache fut responsable, à partir de 1936, du Comité français du Rassemblement universel pour la paix et membre du Comité mondial de cet organisme. À partir de la réunification syndicale, il développa des relations entre la CGT et la FNCC, notamment par l’échange de délégations lors de leurs congrès respectifs. Il fut le suppléant de Paul Ramadier* au comité central de l’Alliance coopérative internationale. Il siégea également à de multiples organismes officiels : Conseil national économique de 1936 à 1940 (présenté comme « délégué de la Ligue nationale des consommateurs et des associations de consommateurs et usagers des services publics »), Conseil supérieur des sports, créé à l’initiative de Léo Lagrange*, Office interprofessionnel du blé où sur neuf représentants des consommateurs, trois appartenaient à la FNCC. En 1939, il fut élu président intérimaire de l’Office central de la coopération à l’École, fonction qu’il occupa de 1940 à 1949.

Après la déclaration de guerre, Henri Queuille, ministre de l’Agriculture, lui demanda sa collaboration pour les problèmes de ravitaillement (il fut rattaché en mai 1940 officieusement au ministère du Ravitaillement). Fin avril 1940, il fut élu au comité directeur du Secours national sur proposition de Hyacinthe Dubreuil*. Il y resta jusqu’en 1944.

Lors de la défaite, Gaston Prache se replia à Tours (Indre-et-Loire) puis Saintes (CharenteMatitime) d’où il repartit pour Paris, le 29 juin. Soucieux de préserver le mouvement coopératif, il entra en relation avec les autorités demeurées sur place à la préfecture de la Seine, et en particulier, Léon Noël, délégué du gouvernement à Paris, afin de faciliter le retour des coopérateurs. Après la nomination de René Belin* au ministère du Travail, il entra en relation avec lui et put le rencontrer le 6 septembre à Paris. Les deux hommes se connaissaient depuis l’époque du Front populaire. Le ministre décida de confier à un comité de trois membres la charge de veiller à la réorganisation et à la pérennité du mouvement coopératif. Réunis le lendemain les dirigeants du mouvement décidèrent, en réponse à la note du ministre, d’instituer un comité central de réorganisation (CCR) composé de Gaston Défossé*, Leclercq et Prache. Avec l’accord du ministre, ce comité, présidé par Gaston Prache, fonctionna dès le 8 septembre. Le 21 septembre, le comité reçut, de la part des conseils du MDG et de la FNCC, les pouvoirs nécessaires à son entreprise, étant entendu que le projet de réorganisation du comité devait être soumis aux assemblées générales et congrès du mouvement coopératif.

Le 21 décembre 1940, le congrès national de réorganisation et l’assemblée générale du MDG furent réunis ; ils approuvèrent les propositions du CCR notamment la création en remplacement de la FNCC et du MDG de la Société générale des coopératives de consommation (SGCC) dont Gaston Prache fut élu président-directeur par le conseil d’administration qui comprenait Jules Baert , Albert Barrier*, Marcel Brot*, Émile Bugnon*, Ernest Couvrecelle*, Eugène Cozette*, René Vaxelaire* et Gaston Prache. Chaque année l’assemblée générale de la SGCC allait se réunir (8 juin 1941, 27 juin 1942, 19 juin 1943, 18 juin 1944).

À la fin décembre 1941, le Groupement national des coopératives de consommation (GNCC) fut créé. Gaston Prache le présida de janvier 1941 à février 1945. Malgré des dissensions apparues à l’automne 1943 au sein de la direction de la SGCC, le conseil d’administration lui renouvela sa confiance. Pendant l’Occupation, Gaston Prache appartint notamment au Conseil supérieur du Travail. Il fut également membre du Conseil national de Vichy 1941. Siège à la 2e commission d’information générale, 5 au 12 décembre 1941. Membres des organismes suivants : sous-commission consultative des beurres au comité central des groupements interprofessionnels laitiers, 16 novembre 40. — Comité de direction du comité général d’organisation du commerce, 4 mai 1941. — Section des commerces de distribution des produits laitiers, créée au sein du comité d’organisation des industries laitières et commerces de distribution des produits laitiers, 21 septembre 1941. — Conseil supérieur de l’économie industrielle et commerciale, 12 septembre 1942. — Section des commerces de distribution des produits laitiers au comité central des groupements interprofessionnels laitiers, 8 octobre 1942. — Commission provisoire d’organisation de la famille professionnelle des commerces de l’alimentation, 4 février 1943. — Conseil consultatif placé auprès du centre d’information des employeurs, 26 janvier 1944. — Conseil supérieur du travail, 29 janvier 1944. — Chambre de commerce de Paris, 31 mars 1944. — Un des représentants des comités sociaux patronaux au conseil supérieur de la solidarité nationale, 2 août 1944.

À la Libération de Paris, son appartement fut occupé et le Comité d’épuration du XVIe arr., fut saisi du « cas Prache ». En septembre 1944, un comité d’épuration de la SGCC fut mis sur pied par des cadres et employés de la direction de cet organisme. Paul Ramadier* conseilla alors à Gaston Prache de démissionner. Celui-ci se présenta devant le Comité d’épuration et devant le Comité national de la SGCC qui lui renouvela sa confiance par huit voix contre deux abstentions, celles de Marcel Brot et Georges Gaussel*. Le 19 novembre, le Comité national décida de se constituer en commission d’enquête et simultanément rendit hommage à l’action du président estimant que le conseil de la SGCC et son président n’avaient eu avec les autorités d’occupation ou vichyssoises que des relations exclusivement commandées par les intérêts dont ils avaient la charge et l’exécution de leur mandat coopératif. « Le comité affirma également que le conseil de la SGCC et son président avaient su sauvegarder la vie des institutions coopératives et les tenir prêtes à fonctionner dans un régime de liberté au service de l’économie générale. » Gaston Prache décida de se mettre en congé jusqu’au prochain congrès national. Le 20 décembre, le conseil d’administration de la SGCC lui conférait le titre de président honoraire et lui demandait de reprendre ses fonctions de président du GNCC Sur les instances de Paul Ramadier*, Gaston Prache donna sa démission de toutes ses fonctions le 25 janvier 1945. Il fut remplacé à la tête de la SGCC par Georges Gaussel et à la FNCC par Marcel Degond. Il fut arrêté le 23 février à la mairie du IXe arr. où il avait été convoqué. Libéré le 8 mars grâce aux interventions de Bernard Lavergne* et Paul Costes-Fleuret auprès du ministre de la Justice, il fut néanmoins inculpé pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Le dossier aboutit à deux non-lieux successifs par deux juges différents.

Gaston Prache, qui s’était occupé de l’OCCE pendant l’Occupation, en quitta la présidence en 1949 pour des raisons professionnelles après en avoir confié la responsabilité à Jean Gaumont*. Entré à l’automne 1940 au conseil d’administration des Presses universitaires de France, il y siégea jusqu’en 1969 collaborant étroitement avec Paul Angoulvent*. À la Libération, Pierre Lévi*, les mit en cause pour l’attitude des Presses durant l’Occupation.

En 1945, Gaston Prache rédigea le « Manifeste des amis de la coopération », et fonda l’association du même nom (avec Georges Boully*, Georges Fauquet*, Bernard Lavergne et Jean Gaumont*) qu’il dirigea. Cette association reçut les adhésions de Madame Albert Thomas, Paul Claudel, François Perroux et René Capitant mais, faute de moyens, ne vécut que jusqu’en 1947. Par la suite, il fut représentant en vins et ses liens personnels avec Jean Gaumont* fit qu’il s’occupa des archives de ce dernier.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article127276, notice PRACHE Gaston, Louis, Eugène par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Michel Dreyfus

ŒUVRE : Qu’est-ce que l’Union des coopérateurs du Cambrésis ? Lille, Imp. Ouvrière, 1926. — L’Enseignement de la coopération dans le Nord et le Pas-de-Calais de 1924 à 1929, OCCE, 1930. — Une réponse aux attaques dirigées contre les coopératives de consommation, FNCC., 1930. — Connaissez-vous la coopération ?, PUF, Bibliothèque du coopérateur, 1937. — Les coopératives de consommation et le syndicalisme, Librairie syndicale et Centre confédéral d’éducation ouvrière, 1937. — La coopération et la paix, PUF, 1937 — Les coopératives et la politique (Inventaires II : le politique et l’économique), en collaboration, sous la direction de C. Bouglé, Alcan, 1937. — Recueil des causeries coopératives radiophoniques, Paris, 1937-1938. — La coopération en France, PUF, Bibliothèque du peuple, 1941. — L’organisation coopérative des consommateurs, ESOP, 1942. — Les coopératives en France, PUF, 1943. — Hommage à la mémoire des « Équitables pionniers de Rochdale », GNCC, 1944. — Abattre un homme, Éd. privée, 1945. — Cambrésis, terre coopérative, PUF, 1963 [Iconog.]. — Un village d’Ile-de-France à travers dix siècles d’histoire : Boutigny-sur-Opton, PUF, 1965. — Dans mon pays envahi. Journal d’un adolescent 1914-1918, Paris, Imp. Humeau, 1968.

SOURCES : Fonds d’archives Jean Gaumont*-Gaston Prache. — Fonds d’archives des coopérateurs de Flandre-Artois, Centre d’archives du monde du travail, Roubaix. — Archives départementales du Nord, M 154/230b, M 595/47, M 616/28b. — Lettre de G. Prache, 25 janvier 1945. — Notice rédigée par G. Prache. — Lettre de P. Ramadier, 13 janvier 1945. — Le Coopérateur de France, 7 novembre 1970. — L’Atelier, 5 février 1944.

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