POZZI Carlo

Par Antonio Bechelloni, Daniel Grason

Né le 29 avril 1902 à Milan (Italie), fusillé le 29 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; maçon, ajusteur mécanicien ; militant communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant.

Carlo Pozzi était le fils de Domenico et Emilia née Villetti, il fut le premier Italien fusillé par les Allemands en région parisienne. Il avait été jugé par un tribunal militaire allemand pour distribution de tracts de propagande communiste incitant à la lutte contre les troupes d’occupation et condamné à mort quelques jours auparavant. La sévérité de la peine infligée semble avoir surpris les autorités italiennes présentes dans la capitale occupée. Tant et si bien que le consul général d’Italie intervint auprès des autorités allemandes en demandant des explications quant aux attendus exacts du jugement et un sursis à l’exécution. Est-on autorisé à penser que Carlo Pozzi était au courant de cette démarche lorsqu’il écrivit, dans sa dernière lettre à sa femme : « Vois-tu, Chérie, moi j’espère malgré tout... j’espère que si je suis gracié... » ? Quoi qu’il en soit, quand la demande écrite du consulat d’Italie parvint à l’ambassade d’Allemagne, Carlo Pozzi avait déjà été fusillé : « on ne peut qu’être surpris que l’exécution ait eu lieu si rapidement compte tenu du fait que la condamnation n’avait été prononcée que le 22 décembre 1941 et que d’habitude plusieurs jours s’écoulent entre le verdict et son exécution » est le commentaire du consul dans le télégramme qu’il fait parvenir au ministère de l’Intérieur à Rome.
Cela ne veut pas dire, bien entendu, que Carlo Pozzi était inconnu de la police italienne. Une fiche de signalement à son nom avait été envoyée par la préfecture de Milan, sa ville natale, au fichier politique central du ministère de l’Intérieur dès le 1er mai 1933 et constamment mise à jour. À cette date, Carlo Pozzi se trouvait déjà à Paris depuis plusieurs années puisqu’il y avait émigré clandestinement en 1925. Il n’avait pourtant eu maille à partir ni avec la police ni avec la justice de l’État fasciste italien avant cette date. Mais ses choix politiques furent précoces, puisque déjà lors de son service militaire, effectué entre 1922 et 1924 dans la marine, il avait été muté dans une compagnie disciplinaire de l’île de Ponza pour propagande subversive. Inscrit aux Jeunesses communistes italiennes dès 1921, il fut très actif dans les organisations du parti tant à Milan que dans d’autres villes du nord de l’Italie, tout en participant au mouvement syndical dans la fédération des ouvriers métallurgistes et à la Bourse du Travail de la métropole lombarde.
La police italienne le retrouva à Bâle, en Suisse, en 1929, où il participait à une importante réunion d’exilés antifascistes italiens et d’où il fut expulsé vers l’Allemagne après avoir purgé une semaine de prison pour détention de faux documents. Installé à Paris, dans le XIVe arrondissement, actif dans le Secours rouge international, il fut refoulé par la police belge, qui l’empêcha ainsi de participer au meeting organisé par l’émigration politique italienne contre la guerre d’Éthiopie et devant se tenir à Bruxelles les 12 et le 13 octobre 1935. Son appartenance au mouvement communiste, et notamment ses liens avec le Parti communiste italien, restèrent importants tout au long de son exil parisien, mais nous en ignorons les modalités. La police italienne quant à elle eut du mal à percer le secret de ses activités et de ses mouvements.
Tant et si bien que ce n’est que tardivement qu’elle réalisa que Carlo Pozzi était parti combattre en Espagne dans les rangs des Brigades internationales. Il y alla pourtant parmi les premiers, dès novembre 1936, si l’on doit prêter foi à une courte note, datant de début 1937, figurant dans les archives du Komintern relatives aux militants italiens des Brigades internationales : « Depuis le 20/12/1936 responsable du bureau no 2 du bataillon Garibaldi. Sous-lieutenant. Caractéristiques : Politiquement valable et actif, prête vaillamment main-forte au commissaire politique du bataillon. Il n’a pas de grandes capacités sur le plan militaire, mais beaucoup de sens pratique, initiative et volonté de travailler [...] Courageux. On peut très bien envisager de faire de lui un commandant de compagnie. »
La prévision se révéla juste puisque début 1939, au lendemain de la chute de Barcelone aux mains des nationalistes, un télégramme du ministère italien des Affaires étrangères adressé au ministère de l’Intérieur signalait : « sur la base des papiers retrouvés à Barcelone nous avons pu constater que le communiste bien connu Carlo Pozzi, déjà signalé comme commissaire politique dans l’armée des rouges, fut aussi capitaine commandant de compagnie dans le bataillon Garibaldi ». Début 1939, cependant, Carlo Pozzi, blessé au combat, avait fait déjà son retour en France, avec cent autres garibaldiens italiens. Et ce depuis plusieurs mois, puisque la police italienne intercepta une lettre que Carlo Pozzi adressa à sa sœur depuis Paris en juillet 1938 et qui témoigne, avec à la fois simplicité et éloquence, des motivations idéales d’un combat : « tu n’es pas sans savoir que [...] la guerre depuis désormais deux ans sévit avec son cortège de morts, notamment en Chine et en Espagne. Ces deux peuples [...] ne demandent que leur indépendance, comme nous nous l’avons demandée en 1848-49 et 1860, mais comme chez nous à l’époque il y avait les Autrichiens, en Espagne il y a les Italiens fascistes et les Allemands nazistes qui cherchent à coloniser l’Espagne et à lui ôter son indépendance, et sa liberté pour laquelle les Espagnols ont lutté pendant des siècles, et cela non pas au profit du peuple italien, mais pour pouvoir ensuite s’en prendre à d’autres pays. Nous qui sommes restés les Italiens d’hier... nous avons voulu être dignes de nos glorieuses traditions, nous avons voulu renouveler le grand exemple d’un homme non moins grand Giuseppe Garibaldi [...] La fête que nous avons organisée dans un grand café aux alentours de Paris et à laquelle ont assisté plusieurs milliers de familles françaises et italiennes avait comme but de protester contre les massacres perpétrés en ce moment par le gouvernement italien et allemand. »
La précocité et la continuité dans l’engagement communiste et antifasciste, les combats sur le front de la guerre d’Espagne font de l’itinéraire de Carlo Pozzi un parcours emblématique de bien des militants qui ont sacrifié leur vie pour le combat contre l’occupant nazi du sol français. Son retour en France, un an avant l’exode ayant suivi la défaite des républicains espagnols, lui permit d’éviter l’expérience des camps d’internement du sud de la France et explique en partie le fait qu’il ait été parmi les premiers à s’engager dans la branche Main-d’œuvre immigrée (MOI) de l’Organisation spéciale (OS) où il prit vite des responsabilités importantes.
Une fois rentré en France, en 1938, il travailla comme ajusteur mécanicien dans une entreprise de Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine). Il fit la connaissance de Fernande Closier, ils logèrent en hôtel, rue Perceval, puis 18 rue Hyppolite-Maindron dans le XIVe arrondissement, à Paris.
Pendant la guerre, Fernande Closier travailla comme manutentionnaire à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine) dans la fabrique de camouflage L’Incombustible, réquisitionnée par l’armée allemande. Le mardi 8 avril 1941, six cents ouvrières et ouvriers s’étaient présentés en début d’après-midi pour travailler, mais ils trouvèrent portes closes. Les forces de police leur intimèrent l’ordre de circuler. Cinq femmes refusèrent d’obtempérer, dont Fernande Closier. Aucune n’était connue par le commissariat. Le 24 novembre 1941 à 23 h 15, une quarantaine d’ouvriers de l’équipe du soir se mirent en grève pour protester contre un changement de mode de rémunération du travail décidé par la direction. Soixante-dix ouvrières de l’atelier suivirent le mouvement. La police intervint, limitant ainsi l’arrêt de travail à quarante-cinq minutes. Deux ouvrières considérées comme les meneuses furent livrées aux autorités allemandes. Dans leur rapport hebdomadaire du 1er décembre 1941, les Renseignements généraux (RG) considéraient que les ouvrières avaient été « poussées par des éléments communistes ».
Des tracts du Parti communiste étaient distribués régulièrement dans plusieurs rues du XIVe arrondissement et étaient posés sur les rebords des fenêtres de plusieurs rues. Quatre gardiens de la paix en civil exercèrent pendant plusieurs jours une surveillance renforcée. Carlo Pozzi fut surpris par l’un d’entre eux le 5 décembre 1941 vers 19 h 30, face au 26 rue des Plantes. Il fut conduit au poste de police du quartier Plaisance (XIVe arr.) et fouillé. Il portait sur lui soixante-deux tracts dont deux exemplaires de l’Humanité clandestine. Aucun tract ne fut saisi lors de la perquisition à son domicile.
Le lendemain, les gendarmes allemands vinrent le chercher. Détenu à la prison de la Santé (Paris, XIVe arr.), il fut jugé le 22 décembre 1941 par le tribunal militaire allemand FK 921 du département de la Seine, section B, et condamné à mort « pour avoir favorisé l’ennemi en distribuant des tracts clandestins ». Le 29 décembre, il épousa Fernande Closier et reconnut son enfant. Quelques heures après la cérémonie, l’aumônier de la prison annonça à Fernande Pozzi que son mari venait d’être fusillé dans l’après-midi au Mont-Valérien. Carlo Pozzi fut inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Après la Libération, le commissaire justifia le fait d’avoir livré Carlo Pozzi aux Allemands : il n’avait fait qu’appliquer les consignes, les étrangers devaient être livrés à la Feldgendarmerie. Il avança une hypothèse hardie pour se dédouaner : Carlo Pozzi aurait pu « revendiquer l’intervention des Allemands en raison de sa nationalité italienne ».
Auditionnée par la commission d’épuration de la police, Fernande Pozzi déposa plainte contre les policiers qui arrêtèrent son mari.
Carlo Pozzi fut homologué Forces françaises de l’intérieur (FFI) à titre posthume.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article127272, notice POZZI Carlo par Antonio Bechelloni, Daniel Grason, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 21 février 2016.

Par Antonio Bechelloni, Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo., PCF Carton 11, KB 36, KB 73, 77W 145. – Archivio centrale dello Stato, Roma, Casellario politico centrale, busta 4102. – RGASPI, Moscou, 545.6.510. – DAVCC, Caen, Boîte 5, Liste S 1744-2372/41 (Notes Thomas Pouty). – Pia Carena Leonetti, Les Italiens du maquis, Paris, Del Duca, Éd. Mondiales, 1968. – Serge Klarsfeld, Léon Tsévéry, Les 1 007 fusillés du Mont-Valérien parmi lesquels 174 Juifs, op. cit. – G. Krivopissko, La vie à en mourir, op. cit. – Robert Francotte, Une vie de militant communiste, Éd. Le Pavillon-Roger-Maria, 1973. – Rémi Skoutelsky, L’Espoir guidait leurs pas, Les volontaires français dans les Brigades internationales 1936-1939, Paris, Grasset, 1998, p. 306. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb.

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