Né le 3 septembre 1897 à Paris (VIIe arr.), fusillé comme otage le 20 septembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; avocat ; militant communiste.

Fils d’un artisan tapissier et d’une fonctionnaire des Postes, Télégraphes et Téléphones (PTT), Georges Pitard fréquenta l’école communale de la rue Blomet (XVe arr.), puis l’école Jean-Baptiste-Say (XVIe arr.), enfin le collège Chaptal (VIIIe arr.). Mobilisé le 11 janvier 1916 dans l’infanterie, il connut la guerre de tranchées dans la Somme et dans l’Aisne, puis passa l’hiver du côté de Ham (Somme). En mai 1918, il suivit les cours d’élève officier à Saint-Maixent (Deux-Sèvres), d’où il sortit aspirant à l’armistice et fut versé dans l’aviation à La Chapelle-la-Reine (Seine-et-Marne). Passé sous-lieutenant, il participa à l’occupation en Allemagne, devint lieutenant et fut enfin démobilisé en septembre 1919.
S’étant présenté à un concours des PTT, il fut reçu et nommé dans le service des ambulants de la gare Montparnasse (XIVe arr.). Il reprit alors ses études, passa une licence en droit en même temps qu’il adhérait aux Jeunesses socialistes et au Parti socialiste dans le XVe arrondissement, puis il rejoignit le Parti communiste après le congrès de Tours. En même temps, Georges Pitard s’intéressait aux arts et aux lettres, au théâtre notamment, fréquentant l’école du Vieux Colombier (VIe arr.) créée par Jacques Copeau en 1913.
Finalement, Georges Pitard décida de devenir avocat et, après avoir été collaborateur d’un avocat, s’installa à son compte en 1926 dans le XVe arrondissement, rue Jeanne, aujourd’hui rue Georges-Pitard. Il se maria puis s’installa 18 rue Séguier dans le VIe arrondissement, où une plaque fut inaugurée le 12 novembre 1944. Son cabinet se développa et Georges Pitard dut engager quatre collaborateurs, dont les avocats Michel Rolnikas et Blanc, ainsi que deux secrétaires. Il plaida notamment les causes prud’homales, fut secrétaire de l’Association de l’enfance, poursuivie devant les tribunaux. Il collabora à La Défense, à l’Humanité, appartint au conseil juridique de la Fédération CGTU puis CGT des PTT et de l’Union des syndicats de la Seine, fut avocat du Secours rouge international, du syndicat des petits commerçants et artisans du VIe arrondissement. Le Parti communiste le présenta en avril 1936 aux élections législatives dans la deuxième circonscription du VIe arrondissement : il recueillit 1 671 voix sur 12 019 inscrits au premier tour et 2 695 voix au second.
Mobilisé en 1939 comme lieutenant, d’abord au 221e Régiment régional de travailleurs (RRT), puis à Caen (Calvados) dans un régiment d’aviation, il fut démobilisé le 8 août 1940. Jusqu’à son arrestation par la police française le 25 juin 1941, il défendit des militants syndicalistes et communistes poursuivis. Une perquisition à son domicile ne donna aucun résultat. Incarcéré au Cherche-Midi (Paris, VIe arr.) puis à Compiègne (Oise) au camp de Royallieu en juillet-septembre, il a été fusillé par les Allemands comme otage le 20 septembre 1941 en même temps que ses amis les avocats Antoine Hajje et Michel Rolnikas, suite à l’assassinat d’un soldat allemand le 16 septembre 1941.
La veille, il avait écrit une lettre à sa femme : « Je m’en vais, fin de ma vie, fin de mon passé, je n’ai jamais fait que le bien, jamais pensé qu’à soulager la misère », et à sa mère : « Je suis fier de ma vie. Je l’ai suivie toute droite et si courte qu’elle soit, je l’estime enviable. J’ai passionnément aimé ma profession et je crois l’avoir honorée ; je l’ai servie avec foi, j’ai aidé les faibles et les malheureux, j’ai secouru la misère, combattu l’injustice. »
À titre posthume, il fut cité à l’ordre de la Nation, décoré de la Médaille de la Résistance et de la croix de la Légion d’honneur.

La lettre de Georges Pitard ne figure pas dans la première édition des Lettres de fusillés, en 1946, aux Éditions "France d’abord". On la trouve dans la publication de 1958, préface de Jacques Duclos, aux Éditions sociales, avec des coupures (marquées par des ...)
Le 19 septembre 1941..
[A, sa femme]
 
...Moi je m’en vais, fier de ma vie., fier de mon passé ; je n’ai jamais fait que le bien, jamais pense qu’a soulager la misère. Mais pour quelque temps encore les éléments sont déchaînés et tout conspire contre les hommes comme moi. Vois le Bâtonnier, dis-lui que je crois avoir-honoré l’Ordre des Avocats, c’est ma carrière que j’ai servie avec foi, souvent avec passion, et c’est en somme pour cela, pour l’avoir exercée jusqu’au bout, sans défaillance, que s’entrouvrent devant moi, en cette nuit tragique, les espaces infinis...
 
[A sa mère] ’j
.Si je ne vous avais pas toutes deux, je n’aurais aucune peine, car je suis fier de ma vie. Je l’ai suivie toute droite, et, si courte quelle soit, je l’estime enviable.
J’ai passionnément aimé ma profession et je crois l’avoir honorée ; je l’ai servie avec foi ; j’ai aidé les faibles et les malheureux, j’ai secouru la misère, combattu l’injustice. Et mes camarades qui vont demain subir le même sort ont fait de même. L’avenir nous redonnera la place qui nous convient...

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Arch. PPo. 89. – Paul Lorties, La Vie et la mort de Georges Pitard, édité par les « Amis de Georges Pitard », 1951, 96 p. – Lettres de fusillés, 1958. – Le Travailleur parisien, juillet-septembre 1937. – Guy Krivopissko, La vie à en mourir, op. cit.

Jean Maitron, Claude Pennetier

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