PINEAU Christian, Paul, Francis

Par Jean-Frédéric Desaix, Michel Rosier

Né le 14 octobre 1904 à Chaumont (Haute-Marne), mort le 5 avril 1995 à Paris ; militant à la CGT, syndicaliste révolutionnaire (1930-1934) , secrétaire général de la fédération Banque et Bourse CGT (1934-1939) , secrétaire de Léon Jouhaux (1937-1939) ; fondateur du mouvement de résistance Libération Nord (1940) , déporté à Buchenwald (1943-1945) ; ministre du Ravitaillement (1945) ; ministre des Travaux publics et des Transports (1947-1948) puis des Travaux publics, des Transports et du Tourisme (1948-1950), ministre des Finances et des Affaires économiques (1948), président du Conseil désigné non investi (février 1955), ministre des Affaires étrangères (1956-1958) ; député socialiste de la Sarthe (1945 à 1958) ; conseiller général de la Sarthe (1955- 1979).

Christian Pineau était le fils du colonel Paul Pineau (1874-1948) et de Suzanne Bolland (1881-1969), divorcée en 1920 et remariée en 1921 à l’écrivain Jean Giraudoux. Militaire de carrière, Paul Pineau était originaire du sud-est de la Sarthe. Né en 1904, Christian Pineau fut élève de l’Ecole alsacienne de Paris de 1914 à 1923 puis de l’École libre des sciences politiques dont il sortit avec une licence en droit. Reçu brillamment au concours de la Banque de France, il y travaillait de 1926 à 1928, s’intéressait un temps à la recherche dans la parfumerie puis entrait à la Banque de Paris et des Pays-Bas en mars 1931 ; il devait en être licencié pour avoir milité en faveur de la grève du 30 novembre 1938. Il s’était en effet engagé tôt dans l’action syndicale, militant à la CGT, proche de l’anarcho-syndicalisme découvert avec son collègue et ami Achille Dauphin-Meunier. Ensemble, ils faisaient vivre ce mouvement radical au sein de l’univers bancaire et créaient en 1937 la revue « Banque et Bourse » qui restera active jusque dans les années 60. Issu d’une nouvelle génération de syndicalistes formés à l’économie et la finance, il fonda le premier syndicat CGT de sa Banque, fut l’animateur de groupes de travail initiés par Léon Jouhaux (notamment sur la convention collective des banques, sur un projet de nationalisation des banques, des assurances et de l’électricité), ces groupes associant des militants syndicaux d’origines diverses autour des théories planistes du belge Henri De Man.

Après son licenciement, Christian Pineau devenait un permanent de la CGT, secrétaire du conseil économique du syndicat, collaborateur du Peuple et de Messidor, secrétaire de Léon Jouhaux jusqu’à la dissolution des organisations syndicales par le régime de Vichy. L’étiolement de l’organisation syndicale en 1939 et l’échec inévitable des « accords du Majestic » (7 octobre 1939), auxquels il a participé, devaient bouleverser son itinéraire syndical. Les années de collaboration ont consommé cette rupture, accentuée par des déconvenues personnelles. Certains collègues militants et amis de longue date tels que Francis Delaisi, Achille Dauphin-Meunier ou René Belin faisaient le choix hasardeux du soutien au régime de Vichy. Christian Pineau fut fortement isolé à cette époque, d’autant que l’univers syndical était en rupture avec ses origines bourgeoise et provinciale. Par sa famille et ses amis, il était considéré comme un « traître à sa classe » et notamment par son beau-père Jean Giraudoux avec qui il conservait néanmoins des liens d’amitiés, le célèbre dramaturge l’incitant à écrire des romans.

Mobilisé au 213ème régiment d’infanterie, il fut appelé par Jean Giraudoux, nommé Commissaire général à l’information en septembre 1939, qui le fait entrer à son cabinet, en charge de l’information ouvrière.
Comme il devait le raconter dans « La simple vérité », c’était à Royan qu’il assista à l’arrivée des troupes allemandes victorieuses, refusant la fatalité du consentement à la défaite. Face au désœuvrement du militantisme syndical et aux troubles institutionnels, Christian Pineau prenait l’initiative, avec son ami Robert Lacoste, de réunir quelques militants afin de réfléchir à une position commune des organisations syndicales face à la défaite. Il envisageait la possibilité d’organiser un vaste mouvement de résistance par le biais des deux grandes centrales ouvrières : la CGT et la CFTC, sans pour autant s’investir de la responsabilité de reconstituer la CGT. Au mois de novembre 1940, l’actualité réglementaire de gouvernement de Vichy et le décret de dissolution des organisations syndicales du 9 novembre ont donné à Pineau l’occasion de poser les bases de la résistance syndicale en publiant le 15 un appel au peuple sous la forme d’un Manifeste. Ce dernier est devenu le « Manifeste du syndicalisme français » ou « Manifeste des douze » (les signataires étaient, outre Pineau, Robert Lacoste secrétaire de la fédération des fonctionnaires (CGT), Maurice Boudaloux secrétaire adjoint de la CFTC, Oreste Capocci secrétaire général de la fédération des employés (CGT), Léon Chevalme secrétaire général de la fédération des métaux (CGT) Albert Gazier secrétaire général de la chambre syndicale des employés de la région parisienne (CGT), Eugène Jaccoud secrétaire général de la fédération des transports (CGT), Pierre Neumeyer secrétaire de la fédération des fonctionnaires (CGT), Louis Saillant secrétaire de la fédération du bâtiment et du bois (CGT), Gaston Tessier secrétaire général de la CFTC, Jules Zirnheld président de la CFTC, et Victor Vandeputte secrétaire général de la fédération textile (CGT).

Après l’Armistice, Christian Pineau entra au ministère du Ravitaillement puis y occupa la fonction de chef du bureau des statistiques avant de devenir en 1942 inspecteur du ravitaillement en zone libre. Malgré les menaces de Vichy, Christian Pineau poursuivait le mouvement engagé par le Manifeste avec l’animation du comité d’études économiques et syndicales. Très vite, il se détournait de l’action purement syndicale par une activité parallèle et clandestine. Il s’engageait sur le terrain proprement politique en créant un mouvement de résistance qui deviendra le plus important dans la zone nord : Libération-Nord. Il organisait ce mouvement à travers des réseaux déjà existants, dans la fonction publique ou les organisations professionnelles. Entre temps, il utilisait son poste au sein du ministère du Ravitaillement, en tant que chef de la statistique, ce qui lui permettait de circuler librement entre les deux zones.

A compter du 1er décembre 1940, il publiait un journal clandestin, Libération, écrivait seul les 70 premiers numéros, les distribuant, de manière strictement hebdomadaire, à travers une chaîne de lecture qui se développait très rapidement, signant sous des pseudonymes : François Berteval ou capitaine Brocant ou encore F. Bolland. Privilégiant l’aspect politique de la lutte, il devenait un interlocuteur de poids dans un éventuel processus d’unification de la Résistance, accueillant en août 1941 Jean Cavaillès au sein de son Mouvement.

Christian Pineau partit pour Londres en mars 1942 avec le mandat des nombreux réseaux pour rencontrer le général de Gaulle et obtenir du chef de la France libre des engagements politiques. C’était le premier lien entre Londres et la résistance intérieure. Pineau obtint (difficilement) de de Gaulle une déclaration aux Français datée du 23 juin 1942 qui futpubliée par nombre de journaux clandestins ; première déclaration assurant de ses vues républicaines et qui faisait suite à son discours du 18 juin 1942 à l’Albert Hall de Londres. Esquisses de l’esprit qui présida à l’élaboration du programme du Conseil national de la Résistance.
Il revint en France fin avril avec l’objectif de créer un réseau de renseignement en France, « Phalanx ». Un second voyage à Londres, en mars 1943, prit place dans son action intense de résistant qui le fit rencontrer dans cette période Jean Moulin, Jean Cavaillès, le général Delestraint,…

Sous le nom de jacques Grimaud, il dirigeait cette organisation jusqu’à sa seconde arrestation le 3 mai 1943 puis son incarcération au fort de Montluc où il lui était demandé le 24 juin de raser un Jean Moulin méconnaissable après les tortures de la Gestapo. Il fut déporté fin 1943 au camp de Buchenwald, expérience qu’il devait décrire avec précision et sobriété dans La simple vérité, paru en 1960.

Libéré en avril 1945 par l’armée Patton, Christian Pineau était nommé un mois plus tard ministre du Ravitaillement par le général de Gaulle. En septembre 1945, il prit contact avec les socialistes sarthois lors d’un grand meeting et, investi par la fédération locale dont il dérangeait quelque peu les plans, conduisit après une campagne courte mais intense, la liste SFIO aux premières élections générales de l’après-guerre, le 21 octobre 1945. Rompant avec la doctrine syndicale et Léon Jouhaux, il entra dans la foulée à la SFIO, s’inscrivant à la section de Vaas, dans le sud-est du département. Après le triomphe initial (44 % des voix), il allait connaître des réélections moins faciles en 1946 et surtout 1951 et 1956, conservant néanmoins un fort prestige personnel dus à son talent d’orateur et de pédagogue. Ministre des Travaux publics et des Transports, il était le principal utilisateur du plan Marshall sous les gouvernements d’André Marie et Henri Queuille (novembre 1947 à septembre 1948). Il était le ministre des Finances éphémère d’un gouvernement Schuman en septembre 1948 puis, à nouveau, ministre des Travaux publics, des Transports et du Tourisme dans les cabinets Queuille et Bidault (septembre 1948 à février 1950). Jusqu’en 1950, il participait presque sans interruption à la reconstruction de la France, développant la marine marchande, créant un conseil supérieur des transports, remettant en place le protocole relatif à l’exercice du droit de grève à la SCNF, améliorant le régime des fonctionnaires ou encore instituant la Compagnie Air France. En 1952, à la chute du gouvernement de Pleven, le président Auriol lui proposait de se présenter à l’investiture, offre qu’il déclinera.

Peu porté au clientélisme, accaparé par ses fonctions parisiennes, il entretenait trop peu son implantation sarthoise en regard des exigences militantes socialistes et de l’acharnement critique des communistes. Il mettra son énergie dans la politique nationale et européenne de la 4e République. Au sein de la discipline mollétiste, il fut considéré dans le Parti socialiste comme un expert des questions économiques et financières, orateur régulier dans les congrès, intégrant le comité directeur en 1951, jouant un rôle modérateur important pour la cohérence du socialisme français dans son apport en doctrines économiques. Rapporteur du budget et président de la commission des finances à l’Assemblée jusqu’en 1947, il jouait à ce titre un rôle important dans la nationalisation du crédit fin 1945. Il assura un soutien sans faille à Guy Mollet pendant la 4e République, travaillant avec son ami Albert Gazier sur le projet de Front démocratique et social (1953) qui devait faire long feu ; il maintenait une activité doctrinaire avec le Comité d’études pour la République, cercle d’études créé en 1955, dont les travaux étaient publiés par sa revue « Banque et Bourse ».

En mars 1955, aux élections cantonales, il était élu, au second tour avec seulement 30 voix d’avance, conseiller général du canton du Grand-Lucé (Sarthe), ayant refusé le désistement communiste. Il était facilement réélu, dès le premier tour, en 1961, 1967 et 1973, sans concurrent à droite, bénéficiant d’un relatif magistère à la commission des finances de l’assemblée départementale.

Dans ses différentes fonctions ministérielles, il faut retenir ses engagements européens et son action diplomatique. Christian Pineau devait, par ses convictions et ses engagements, marquer profondément la construction de l’Europe communautaire. Au sein de la SFIO, comme au niveau diplomatique, il militait pour un rapprochement des pays européens, indépendant des États Unis et intégrant l’Allemagne, notamment lors des débats sur Communauté européenne de Défense où il prononçait une ultime intervention en faveur du Traité le 30 août 1954. Sa position tranchée sur la question européenne l’empêchait de réunir la majorité nécessaire pour obtenir l’investiture de l’Assemblée nationale en février 1955, lorsqu’il fut président du Conseil désigné par le président Coty après la chute de Pierre Mendès-France. Nommé ministres des affaires étrangères en 1956 dans le gouvernement Guy Mollet, il dirigeait, avec son secrétaire d’État Maurice Faure, les négociations pour la création de la Communauté économique européenne (Marché commun) et de l’Euratom qui aboutiront aux traités de Rome de mars 1957 dont il était le signataire pour la France.

Sur le plan diplomatique, il achevait les travaux initiés au préalable pour la fin des protectorats tunisiens et marocains. Il s’était activement investi dans les relations entre la France et l’Union soviétique, entretenant de très bonnes relations avec ses leaders. Il devait d’ailleurs écrire une biographie du Premier Secrétaire Nikita Khrouchtchev publiée en 1965. En 1956, Christian Pineau engageait la campagne de Suez à la suite de la nationalisation du Canal par Nasser et était à l’origine de l’accord secret passé entre la France, l’Angleterre et Israël, préparant les modalités de l’assaut franco-britannique à Port-Saïd dont il allait dévoiler les aspects secrets en 1976 dans son témoignage « 1956, Suez ». Après la fin du cabinet Guy Mollet, il restait ministre des Affaires étrangères dans les cabinets Bourgès-Maunoury et Gaillard.

En juin 1958, il manifestait d’entrée son opposition au retour de Charles de Gaulle au pouvoir, minoritaire à ce titre dans son parti, hostile depuis 1947 aux ambitions politiques du Général, adoptant une position qui le rapprochait d’Albert Gazier et de Gérard Jaquet. Lors de son discours du dimanche 31 août 1958, au comice agricole de son canton du Grand-Lucé, il affirmait son hostilité au projet constitutionnel soumis au Référendum par De Gaulle. Il refusait cependant de s’associer à ceux qui, au sein du Parti socialiste SFIO, contestaient le magistère de Guy Mollet lors du 50e congrès (septembre 1958). Investi par son parti mais gêné par la concurrence sauvage de son camarade socialiste Fernand Poignant, il renonçait, lors des législatives de novembre 1958, à se présenter dans la seconde circonscription de la Sarthe (Le Mans 3 – Saint-Calais) qui englobait son canton et optait pour la quatrième (Le Mans 2 – Sablé) où il était logiquement défait.

En mars 1959, il conduisait la liste socialiste aux élections municipales au Mans, ne réunissant que 15 % des voix au 1er tour et 14 % au second. Il tentait en vain de retrouver un siège parlementaire à Grasse (Alpes Maritimes) en 1962. Sous la 5e République, jusqu’en mars 1976, il commenta chaque semaine l’actualité politique dans l’éditorial du Réveil du Maine, hebdomadaire officieux des socialistes sarthois, manifestant une hostilité constante au Régime dont il écrivait le 17 février 1967 que « l’occupant en moins, le régime gaulliste ressemble comme un frère à celui de Vichy » ; ces articles étaient régulièrement repris dans Le Populaire de Paris. En 1965, s’il laissait se réaliser la participation socialiste à la liste d’union de la gauche conduite par le PC au Mans, il contestait a posteriori cette tactique lors du congrès fédéral du 27 mars 1966, son attitude entraînant la démission du secrétaire fédéral, Robert Collet, que Pineau remplaçait. À la fin de la campagne électorale précédant les élections municipales convoquées au Mans, en novembre 1966, après l’annulation du scrutin de mars 1965, Pineau publiait « Le rétablissement de la vérité », texte ambigu marquant sa préférence, manifestée dès mai 1965, pour la stratégie illustrée par Gaston Defferre lors de sa campagne pré présidentielle de 1965, préconisant bientôt pour les élections législatives de 1967 un soutien socialiste aux candidats « républicains » (c’est-à-dire centristes), plus enclins à être élus que les communistes, l’objectif de Pineau étant de battre à tout prix les gaullistes.

En septembre 1968, il était candidat aux élections sénatoriales dans la Sarthe, obtenant au 1er tour le suffrage de 319 des 1 189 votants et au second 379 voix, le moins bon score des six candidats restés en lice pour les trois sièges à pourvoir.

En 1969, lors de l’élection présidentielle, Guy Mollet souhaitait que la gauche soit représentée par un ancien du parti et c’est Christian Pineau qu’il choisissait contre Defferre. Pineau préférait se retirer avant le vote des militants. S’il conservait une certaine autorité dans les instances de la SFIO, il marquait une distance avec ses nouveaux hommes forts et en particulier François Mitterrand. Secrétaire de la fédération socialiste de la Sarthe, il se consacrait à son mandat de conseiller général. Le 16 mars 1971, il abandonna brutalement ses fonctions à la fédération de la Sarthe à la suite du refus des socialistes manceaux de respecter les directives du parti aux élections municipales ; il laissait ipso facto se créer un vide dans la Fédération au moment de la préparation du congrès d‘Epinay. Il déposa une motion pour le congrès fédéral du 6 juin, y manifestant une hauteur de vue au-dessus des stricts enjeux partisans. Il cessa dès lors de jouer un rôle militant, souhaitant toutefois être candidat aux premières élections au Parlement européen de juin 1979, s’attirant une réponse négative et cinglante de François Mitterrand.

Dès que son échec électoral de 1958 l’éloigna du Parlement, il consacra de plus en plus son temps à l’écriture. En 1959, Mon cher député narre avec justesse et ironie son expérience de député dans la Sarthe, le lecteur se plaisant à reconnaître, en dépit des dénégations de l’auteur, l’essentiel du personnel politique local derrière des portraits où l’acidité l’emportait sur la tendresse. Quelques années plus tard, L’escalier des ombres prenait de la distance et renvoyait à la période de l’Occupation à la manière d’une autobiographie masquée. En 1965, l’ouvrage sur Khrouchtchev était fondé sur les souvenirs personnels de l’auteur. Il s’était adonné dès les années cinquante au difficile exercice des contes pour enfants, dont certains connaissaient une belle destinée.

Les années 70 et 80 le voyaient témoigner à partir de ses souvenirs et de son expérience, contre la falsification de la mémoire de la Résistance (affaire Barbie) ou l’interprétation anachronique de la crise de Suez, surtout pour la cause de l’Europe. À compter de 1972, il s’investissait avec passion sur le chantier alors pionnier de l’hospitalisation à domicile au Grand-Lucé, initiative de la Mutualité Sociale Agricole destinée à favoriser le « maintien à domicile des personnes âgées », ultime expérience de socialisation qui l’occupait jusqu’en 1985. Jusqu’à sa mort en 1995, il conserva sa carte du Parti socialiste. Il décéda à Paris à l’âge de 91 ans, à l’issue d’une longue maladie.

Il avait épousé le 12 février 1925 Nadine Grégoire-Desaunais de Guermaquer (4 enfants). Divorcé en 1933, il épousa en secondes noces Arlette Bonamour du Tartre le 12 août 1933 (2 enfants) ; devenu veuf en 1962, il épousa Blanche Bloys le 7 février 1963 (un enfant).
Christian Pineau était Grand Officier de la Légion d’Honneur, Compagnon de la Libération, Croix de Guerre 39-45, Commandeur du Mérite maritime et du Mérite touristique ; il avait obtenu la médaille de l’aéronautique. Il était également Commandeur de l’ordre de l’Empire britannique, Grand-croix de l’ordre Léopold de Belgique et Croix de guerre belge.

Si la carrière publique de Christian Pineau se limita à la période 1940-1958, elle prit appui sur le refus des injustices par le syndicaliste des années trente avant d’être inaugurée par l’audace de 1940 : refus de l’Occupation et de la répression du syndicalisme. Le saut décisif dans l’engagement parlementaire à la Libération doit tout au refus de Vichy, à l’expérience de la solidarité vécue dans la Résistance comme dans l’univers concentrationnaire. L’homme était ambitieux, indépendant, ayant la conscience lucide de sa valeur, élitiste dans sa manière plus que par ses intentions. La permanence de son engagement politique contraste avec les échecs de sa carrière et les aléas tactiques de ses tentatives pour retrouver une position sous la 5e République (sa candidature mancelle aux municipales de 1959 témoignait sans doute d’un désir aussi fort que discret de viser le Sénat quelques mois plus tard). Retenons que ce grand parlementaire – un des meilleurs sous la 4e République – sut convaincre les militants sarthois de le suivre dans des choix qui, vus de la Sarthe, furent d’abord les siens : le tripartisme après la Libération, la Troisième force en 1947, la CED, l’opposition immédiate au gaullisme politique, l’attitude face au PCF. Capable de séduire par la clarté de sa pensée comme par l’évidence de sa pédagogie, il goûtait modérément la fréquentation égalitaire des militants socialistes et a laissé dans le terroir sarthois des souvenirs contrastés et, pour tout dire, injustes. L’histoire personnelle et familiale fournirait les raisons de son hostilité aux militaires et aux banquiers comme la réserve qu’il conserva envers les pouvoirs lorsqu’il cessa de les exercer. Au total, sa vie chaotique, qu’elle soit publique ou privée, ne doit pas masquer le goût de convaincre, y compris par ses talents culinaires. Ce socialiste modéré ne fut pas modérément socialiste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article126417, notice PINEAU Christian, Paul, Francis par Jean-Frédéric Desaix, Michel Rosier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 mai 2017.

Par Jean-Frédéric Desaix, Michel Rosier

OEUVRE : La SNCF et les transports français, Paris, SEPE, 1950. — Mon cher député, Paris, René Julliard, 1959. — La simple vérité 1940-1945, Paris, René Julliard, 1960, réimprimé en 1983 par les éditions Phalanx. — L’escalier des ombres, Paris, René Julliard, 1963. — Nikita Sergueevitch Khrouchtchev, Paris, Librairie académique Perrin, 1965. — 1956/Suez, Paris, Robert Laffont/Opéra Mundi, 1976. — Le grand pari/L’aventure du traité de Rome, Paris, Fayard, 1991. — Écrit avec Christiane Rimbaud). Contes pour enfants : « Contes de je ne sais quand » (1952), « Plume et le saumon » (1954), « L’ourse aux pattons verts » (1956), « Cornerousse le mystérieux » (1957), « Histoires de la forêt de Bercé » (1958), « La planète aux enfants perdus » (1960), « La marelle et le ballon » (1962), « La bête à bêtise » (1965), « Le Roi mage et le père Noël » (1968), « Le loup et la trompette » (1972) (Paris, Hachette).

SOURCES : Radiographie de l’homme politique européen Christian Pineau 1904-1995, thèse de doctorat de Jean-Frédéric Desaix dirigée par Jean-Marie Vincent (Université de Paris VIII Saint-Denis-Vincennes, 1998, UFR de Sciences politiques). — Jean-Frédéric Desaix, Christian Pineau/de la Résistance à l’Europe, Paris, CGM/Editions Bruno Leprince, collection l’encyclopédie du socialisme, 2003. — Christian Pineau/de Buchenwald aux traités de Rome, actes du colloque du 14 juin 2003, direction d’Alya Aglan et Denis Lefebvre, Paris, OURS/Bruno Leprince, 2004. — Alya Aglan, La Résistance sacrifiée/Histoire du mouvement Libération-Nord, Paris, Flammarion, 1999 et Champs/Flammarion, 2005. — Entretien avec Christian Pineau (5 février 1991) par Olivier Wieviorka (dans Nous entrerons dans la carrière/De la Résistance à l’exercice du pouvoir, Paris, éditions du Seuil, 1994). — Entretiens avec Christian Pineau par Michel Rosier (La Vie Mancelle n° 128, octobre 1972 et n° 168, septembre 1977. — François Dornic, La vie qui bat /III A l’écoute du Monde, Le Mans, éditions Cénomane, 1998. — Michel Rosier, Vie politique et sociale de la Sarthe sous la 4e République (1944-1958), Paris, L’Harmattan, 2012. — Biographies par Alya Aglan dans le Dictionnaire historique de la Résistance, Paris Robert Laffont, Bouquins, 2006. — Denis Lefebvre Bulletin du centre Guy Mollet n° 25, juin 1995, qui contient des témoignages de Charles Pot et Claude Fuzier). —Archives départementales de la Sarthe (fonds Préfecture et RG), archives nationales (fonds Christian Pineau), archives de l’Office Universitaire de Recherche Socialiste (interventions de C. Pineau dans les instances du PS), archives de la fédération de la Sarthe du Parti socialiste, archives historiques de Paribas ; monographie sur le PS dans la Sarthe par Michel Rosier (inédit) ; journal « Le Monde » ; revue « Banque et Bourse » ; témoignages de Gilbert Pineau, Max Boyer, Maurice Beaulaton, Jean Cureau, Jean-Jacques Marzorati, Jean Connier, Paulette Houdyer et Daniel Chevalier recueillis par Michel Rosier. — Notice du Maitron par Justinien Raymond.

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