PHILIPPOT Robert [PHILIPPOT Jean dit Robert]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 13 mars 1889 à Castets-en-Dorthe (Gironde), mort le 21 février 1945 à Auschwitz (Allemagne). Postier ambulant. Député communiste du Lot-et-Garonne.

Fils d’un marin, Robert Philippot était garçon de café à Castets en 1908. Certaines biographies affirment qu’il « milita dès sa jeunesse dans les organisations ouvrières » et qu’il était socialiste SFIO avant 1914. Il passa pourtant dix ans sous l’uniforme entre 1908 et 1919. Il s’était engagé le 30 mars 1908 pour trois ans au 9e régiment d’infanterie comme soldat musicien. Le 4 août 1909, il signa un engagement de deux ans au 26e bataillon du Génie. Envoyé en Algérie puis affecté au Mont-Valérien, libéré le 1er mars 1913, il entra dans l’administration des PTT comme facteur rural le 16 novembre 1913. Rappelé aux armées le 1er août 1914, Philippot ne retrouva la vie civile que le 1er juin 1919, animé d’une haine sans réserve de la guerre.

Philippot devint facteur rural à Saint-Laurent (Lot-et-Garonne), près de Port-Sainte-Marie, ville qui avait une tradition socialiste (voir Louis Olivié). En 1920, la fronde des métayers de la vallée garonnaise toucha le canton de Port-Sainte-Marie. Huit syndicats de défense paysanne furent créés d’Aiguillon à Saint-Laurent (voir A. Gache). Philippot s’engagea alors dans l’action politique et syndicale. Le 7 mars 1920, l’assemblée générale de la section syndicale des employés PTT du Lot-et-Garonne le délégua au congrès national fédéral. Sans doute adhéra-t-il au Parti socialiste mais nous n’en trouvons nulle trace. Il rejoignit le Parti communiste aussitôt après le congrès de Tours (décembre 1920). En 1923, il présidait la section de l’ARAC de Port-Sainte-Marie, forte de vingt-cinq membres. La même année, il siégeait au comité fédéral communiste. Ses qualités d’orateur habilement utilisées dans les réunions publiques ne manquèrent pas d’inquiéter la préfecture et l’administration qui tentèrent de l’éloigner d’un département sensible à la propagande communiste. Admis à l’examen de facteur receveur, il venait d’être affecté au bureau de Feugarolles quand commença « l’affaire Philippot ». Accusé d’avoir déclaré dans une réunion publique qu’en « cas de mobilisation, non seulement je ne partirais pas, mais je ferais mon possible pour empêcher les autres de partir », il fut traduit devant le conseil de discipline. Philippot contesta le mot à mot de la phrase mais réaffirma sa haine de la guerre en évoquant les cinquante-trois mois qu’il avait passés au front. L’administration demandait la mise en disponibilité, le conseil s’en tint au changement de résidence sans diminution de traitement. Le 16 juillet 1923, il fut muté au Havre (Seine-Inférieure). Le Parti communiste et la CGTU lancèrent une campagne de protestation. Dans un premier temps, Philippot sembla accepter son déplacement car il avait deux enfants à charge. Après avoir quitté le département, il prit un congé illimité en novembre 1923 et revint à Saint-Laurent où il s’associa à un marchand de porcs. Son retour coïncida, ce n’est sans doute pas un hasard, avec la mise à l’écart du secrétaire de la Fédération communiste, E. Roger, le 18 novembre 1923. Philippot occupa ce poste jusqu’au congrès du 28 décembre 1924, où C. Jugié lui succéda. Par la suite, il assura le secrétariat du rayon du Lot-et-Garonne de 1931 à 1934.

Philippot fut candidat à toutes les élections législatives, cantonales et municipales de l’entre-deux-guerres. Il devint conseiller général du canton de Port-Sainte-Marie, en octobre 1934 et conseiller municipal en mai suivant. Aux élections législatives de 1924, candidat sur la liste communiste, il recueillit 20 304 voix sur 78 986 inscrits. Le rayon communiste lui confia la circonscription d’Agen en mai 1928 ; il y recueillit 3 573 voix puis 6 593 (20 108 inscrits) mais le PC avait reculé. En mai 1932, Philippot obtint 2 319 voix puis 707 sur 20 153 inscrits. Les résultats de 1936 témoignent d’un redressement de l’influence du PC ; il recueillit 3 962 voix au 1er tour, puis 7 154 au second, gagnant l’élection triangulaire aux dépens du radical socialiste qui avait obtenu le même nombre de voix que lui au 1er tour. En 1935, il avait été désigné comme secrétaire de la Fédération départementale des élus du Front populaire. Au Palais-Bourbon, Philippot participa aux commissions des PTT, de la marine marchande et des boissons.

Arrêté le 8 octobre 1939, pour constitution du Groupe ouvrier et paysan français dont il démissionna le 16 janvier 1940, puis laissé en liberté provisoire pour raisons de santé, il fut déchu de son mandat de député le 20 janvier 1940. La commission parlementaire chargée d’étudier les cas de déchéance data de février 1940 seulement son reniement. Lors du procès des députés communistes, en mars-avril 1940, Philippot refusa de s’associer à la déclaration de Billoux. Son attitude doit être mise en parallèle avec celle de l’autre député du Lot-et-Garonne, Renaud Jean. Philippot fut condamné le 3 avril 1940 à quatre années de prison avec sursis, quatre mille francs d’amende et cinq ans de privation de ses droits civiques et politiques. Le 11 octobre 1940, il fut interné au sanatorium d’Aincourt (Seine-et-Oise), puis transféré à la prison de Fontevrault (Maine-et-Loire) le 4 décembre 1940, à la centrale de Clairvaux (Aube) le 20 janvier 1941 et enfin au centre de séjour surveillé de Rouillé (Vienne). Déporté à Auschwitz, il y mourut en février 1945. Sa fin tragique explique qu’il ne soit ni critiqué, ni même cité dans le livre de Florimond Bonte, Le chemin de l’honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article126102, notice PHILIPPOT Robert [PHILIPPOT Jean dit Robert] par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13000. — Arch. Dép. Lot-et-Garonne, cabinet du préfet, n° 8. — Arch. Jean Maitron. — Le Travailleur, 1920-1939.

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