PERRIER Raymond ; pseudonyme dans la clandestinité : THEO

Par Pierre Mazataud

Né le 20 septembre 1908 à Romagnat (Puy-de-Dôme) ; ébéniste, employé puis cadre commercial dans le groupe de presse de La Montagne ; secrétaire de l’Union départementale des syndicats CGT de 1936 à 1946 ; promoteur local de CGT-FO. Cofondateur du Mouvement Libération ; membre de l’assemblée consultative (1944-1945) ; premier adjoint du maire de Clermont, Gabriel Montpied, de 1945 à 1973 ; conseiller général.

Raymond Perrier naquit dans la banlieue sud de Clermont. Son père était entrepreneur en maçonnerie. Il entra dans la vie active à quatorze ans et acquit une formation de sculpteur sur bois à l’école professionnelle de Clermont-Ferrand (futur lycée Amédée Gasquet). Il exerça son métier dans l’industrie du meuble jusqu’en mai 1936, date où il fut gravement blessé aux doigts dans un accident du travail.

Dès 1927, Raymond Perrier milita au sein de la CGT. En 1929, il devint, à vingt-et-un ans, secrétaire local du syndicat de l’ameublement. En 1931, il adhéra à la SFIO (tendance Paul Faure) dans la section de Chamalières qui était alors une commune ouvrière. Il fut également membre de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme et de la Libre Pensée. Secrétaire (non permanent) du syndicat du bâtiment en 1934, il devint après son accident, dans l’unité syndicale retrouvée de 1936, secrétaire permanent de l’Union départementale des syndicats ouvriers cégétistes du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire.

Le 8 septembre 1936, Raymond Perrier contrecarra l’occupation de la préfecture de Clermont-Ferrand organisée par des employés non-grévistes de Michelin qui étaient syndiqués pour la plupart au S.P.F., syndicat professionnel français proche des Croix de feu. Ceux-ci voulaient obliger le gouvernement à faire évacuer les usines Michelin occupées par les grévistes. L’événement eut immédiatement un retentissement national. Raymond Percier, appelé sur les lieux, fut pris pratiquement en otage par les occupants. L’affrontement risquait d’être vif entre ces derniers et la foule qui grossissait à l’extérieur de la préfecture. En liaison téléphonique avec le ministre de l’intérieur, Roger Salengro, en concertation avec Robert Marchadier, Raymond Peiner réussit une opération délicate : mettre fin à l’occupation de la préfecture en évitant toute violence sanglante.

Après les décrets-lois du 12 novembre 1938 qui dénaturent les avantages sociaux obtenus en 1936, Raymond Peiner participe à l’organisation de la grève générale du 30 novembre 1938. Les affrontements de cette journée furent particulièrement vifs à Clermont. Raymond Peiner fut arrêté et condamné à six mois de prison pour entraves à la liberté du travail. Il purgea intégralement cette peine. À la veille de la guerre, il prit publiquement position contre l’intrusion du communisme dans le mouvement syndical ouvrier.

Démobilisé le 25 juillet 1940, Raymond Perrier participa au comité syndical de coordination créé par le gouvernement de Vichy. À la fin de l’année 1940, le préfet du Puy-de-Dôme le désigne pour figurer dans la municipalité remaniée que préside Paul Pochet Lagaye, le maire radical maintenu en fonction par le nouveau régime. Il en devint le neuvième adjoint par arrêté du 8 mai 1941. Les renseignements généraux notent que son frère est alors commissaire de police à Vichy.

Sentant qu’il perdait la confiance d’un grand nombre de militants syndicalistes, il proposa en vain et à plusieurs reprises au bureau de l’Union départementale des syndicats de ne plus faire partie de la municipalité. Finalement, le 22 mars 1942, il refusa de conduire une délégation de l’Union lors de la visite du maréchal Pétain à Clermont-Ferrand. Le préfet l’obligea aussitôt à démissionner de son poste d’adjoint ; il se réfugia à Thonon pour échapper à une mesure d’internement qui se précisait peu après.

Raymond Perrier prend une part déterminante dans l’accord qui se tissa entre les réseaux du syndicalisme gagnés par l’esprit de Résistance et le mouvement Libération dont il fut un des cofondateurs avec d’Astier de la Vigerie, Rochon et Georges Canguilhem. Il s’appuya sur de nombreuses complicités que ses fonctions de secrétaire de l’Union départementale des syndicats lui permettaient de solliciter dans toutes les branches d’activités du département et dans toute la Zone libre.

Dès le printemps 1941, se prépara un journal dont Raymond Perrier dut tirer lui-même un numéro sur la ronéo de l’Union départementale. Peu à peu, le mouvement se structura et Clermont devint le chef-lieu de l’une des 7 régions de Libération-Sud. Raymond Perrier fut un des trois responsables de cette région : il assura la liaison avec les syndicats, comme Canghilhem le faisait pour les intellectuels et Rochon pour les enseignants et les étudiants. À partir de la fin de 1942, Raymond Perrier élabora un projet regroupant les syndicalistes résistants recrutés parmi les seuls ex-confédérés de la CGT et les militants de la CFTC : c’est le MOF, le Mouvement ouvrier français, qui parvint à publier le premier numéro d’un journal en juin 1943.

Lorsque Libération-sud, Franc-tireur et Combat fusionnèrent effectivement en Auvergne au printemps de 1943, et qu’Émile Coulaudon, le frère d’Aimé Coulaudon en devint le chef pour le Puy-de-Dôme, Raymond Perrier demand à Gabriel Montpied qu’il connaît en tant que secrétaire des agents de maîtrise de la métallurgie, de veiller à l’organisation matérielle des maquis dans la région de Pontgibaud. Les deux hommes allaient très vite devenir indissociables.

En juillet 1944, un certain nombre de résistants pensaient à Raymond Perrier pour présider la délégation spéciale qui doit administrer Clermont à la Libération. Mais, pour éviter les tensions entre les communistes et les socialistes, on lui préféra finalement Gabriel Montpied, homme de gauche mais non inscrit à un parti. Toutefois, les deux hommes se présentèrent ensemble à la mairie de Clermont le 30 août 1944. Raymond Peiner fut vice-président de la délégation spéciale ; Robert Marchadier qui représentait le parti communiste porta le même titre dès son retour de déportation. Après les élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945, Raymond Perrier devint le premier adjoint de Gabriel Montpied tandis que Robert Marchadier dut se contenter d’une place de troisième adjoint.

Les heurts entre les deux hommes se multiplièrent aux cours des années 1946, 1947 et 1948. Au sein de la CGT des lendemains de la Libration, Raymond Perrier se situa dans l’ancienne tendance confédérée, tandis que Robert Marchadier, qui perpétua la tendance unitaire, stimula le recours à la grève ’dans des conflits où les préoccupations politiques prirent une part grandissante. Raymond Perrier, secrétaire de l’Union départementale jusqu’à la fin de janvier 1946, dut laisser la place à son challenger. Aux élections pour la Caisse primaire de sécurité sociale qui suivent, Raymond Perrier ne figura pas sur la liste CGT, mais sur celle des mutualistes ex-confédérés où il représenta les mutuelles des industries du livre. ll présida la caisse à deux reprises. Les grands conflits de 1947 et 1948 au cours desquels Robert Marchadier mobilisa les ouvriers Michelin pour des grèves très dures, donnèrent l’occasion à Raymond Perrier de se désolidariser de toute agitation qui ne viserait qu’à servir un parti politique (1947). Il réprouva et stigmatisa les politico-syndicalistes (1948). Il devint l’un des principaux artisans de l’implantation de la CGT-FO dans la région clermontoise, sans occuper pour autant de fonction officielle majeure dans la nouvelle organisation syndicale.

Pendant la campagne qui précéda les scrutins municipaux des 19 et 26 octobre 1947, les tensions entre Raymond Perrier, en deuxième position sur la liste de Gabriel Montpied qui venait de rejoindre la SFI0, et Robert Marchadier qui conduisait la liste du PC s’exaspérèrent. La précocité des engagements de Raymond Peiner dans la Résistance fut mise en doute et il assura que s’il a été adjoint du maire pendant la période de guerre, il a été mandaté à ce poste par la commission administrative de la CGT que dirigeait Jean Curabet qui, en 1947, figurait sur la liste du PC.

• Au-delà de ces affrontements locaux, de nouveaux horizons s’ouvraient pour Raymond Perrier au lendemain de la Libération. Il participa à l’Assemblée consultative provisoire. En 1946, il entra à La Montagne et très vite occupa une fonction importante au sein du service commercial pour figurer finalement parmi les cadres dirigeants : li fut en particulier PDG du Berry Républicain après le rachat de ce titre par le groupe La Montagne-Centre-France. Il occupa ce poste jusqu’en 1973, date de son départ en retraite.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article125680, notice PERRIER Raymond ; pseudonyme dans la clandestinité : THEO par Pierre Mazataud, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2015.

Par Pierre Mazataud

SOURCES : La Voix du peuple, 1937, 1939. — C. Pineau, La simple vérité, Éd. Phalanx, 1983. — Arch. Com. Clermont-Ferrand. — Alya Aglan, La Résistance sacrifiée. Le mouvement de Libération Nord, Flammarion, 1999.

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