PÉRET Benjamin, dit PERALTA, dit MAURICIO

Par Jean-Yves Potel, mis à jour par Marie-Cécile Bouju

Né le 4 juillet 1899 à Rezé (Loire-Atlantique), mort le 18 septembre 1959 à Paris ; correcteur (1932), poète, écrivain, fondateur du mouvement surréaliste ; adhérent au Parti communiste (1927), puis militant des oppositions.

Issu d’un milieu modeste — son père était fonctionnaire — Benjamin Péret passa son enfance dans la région de Nantes, élevé par sa mère. Il fit des études secondaires et entra dans une école de dessin industriel avant d’être obligé de s’engager dans l’armée à la fin de la Première Guerre mondiale (sa mère, en accord avec les autorités locales de Nantes, l’auraient obligé à s’engager pour avoir peinturluré, avec un ami, une des statues de la ville) et il participa à l’expédition de Salonique. Il garda de cette expédition le souvenir d’un « véritable bagne où les gradés de tout rang n’avaient envers les soldats que les insultes les plus grossières à la bouche, accompagnées de continuelles menaces de sanctions ». Rapatrié parce qu’atteint de dysenterie, il fut affecté en Lorraine jusqu’à la fin de la guerre.

Démobilisé, sa mère l’aurait conduit chez André Breton afin qu’il « se lance dans la littérature ». Il participa aux activités du groupe « dada », se lia avec Louis Aragon, Paul Éluard, Robert Desnos, Philippe Soupault et fonda avec eux le mouvement surréaliste (1920-1924). Il collabora à La Révolution surréaliste dont il dirigea avec Pierre Naville les trois premiers numéros. En 1925, il entra en contact avec le groupe Clarté et découvrit le Lénine de Léon Trotsky dont Breton avait rendu compte dans le N° 5 (15 octobre 1925) de La Révolution surrréaliste. Signataire de nombreuses déclarations politiques dont il était parfois l’auteur, il adhéra au Parti communiste en janvier 1927. Quelque temps employé à l’Humanité et journaliste (articles anticléricalistes et anticléricaux, comptes rendus cinématographiques), il dut renoncer rapidement à toute action dans le parti qui l’avait reçu, lui et ses amis, avec beaucoup de méfiance.

Le 24 avril 1931, Benjamin Péret rejoignit les rangs de l’Opposition de gauche internationale lors d’un séjour au Brésil (1929-1931). Poursuivi pour ses activités politiques, il fut arrêté puis expulsé du Brésil. De retour en France, il participa à toutes les activités surréalistes, et signa les déclarations du groupe en rupture avec le stalinisme. Il rejoignit le groupe de l’Opposition de gauche de la banlieue ouest en novembre 1932, puis suivit ce groupe à l’Union communiste (voirGaston Davoust) qu’il quitta en mars 1934. Devenu entre-temps, membre du syndicat des correcteurs en 1932, il participa à la campagne de soutien à Trotsky exilé, et lança un appel à l’unité du mouvement ouvrier contre le fascisme, en 1934. Sur le plan culturel, il participa à la lutte contre le « réalisme socialiste » notamment à l’époque du congrès des écrivains pour la défense de la culture organisé à Paris en 1935 par Willy Munzenberg.

Après un bref passage au groupe « Contre-attaque » de Georges Bataille, Benjamin Péret adhéra au Parti ouvrier internationaliste lors de sa fondation en juin 1936. Parti pour l’Espagne le 5 août 1936, Benjamin Péret resta près d’un an en Espagne et participa aux combats à plusieurs reprises. Il fut envoyé en compagnie de Jean Rous (membre du secrétariat international) et du cinéaste Léopold Sabas (membre du POI) pour représenter le bureau du Mouvement pour la IVe Internationale auprès du POUM. Leur mission, définie lors de la conférence dite de Genève, consista à chercher les conditions d’un travail en commun avec le POUM, auquel ils apportaient un soutien politique et, dans la mesure du possible, militaire. Benjamin Péret fit un premier voyage sur le front à la fin du mois d’août, puis resta en septembre à Barcelone comme « délégué du POI chargé de liaison ». Malgré ses critiques envers la politique du POUM (« les anarchistes s’embrassent sur la bouche avec les bourgeois de la gauche catalane et le POUM leur fait des sourires à n’en plus finir », lettre à André Breton, 5 septembre 1936), il s’installa à Barcelone en octobre où il assura l’émission portugaise de Radio-POUM. Il partit ensuite pour le front d’Aragon au début du mois de novembre. En mars 1937, il écrivit dans une lettre à André Breton : « Toute collaboration avec le POUM s’avère impossible. Par ailleurs rien à faire à cause de la bureaucratisation ultra-rapide de tous les organismes et du fonctionnarisme scandaleux qui s’est développé. En outre, sous l’impulsion des staliniens la révolution suit un cours descendant qui, s’il n’est pas rapidement enrayé, mène tout droit à la contre-révolution violente. Dans ces conditions, j’ai décidé d’entrer dans une milice anarchiste. » Il participa aux combats dans la 1re compagnie du bataillon « Nestor-Makhno », de la division Durruti, à Pina del Ebro. Ce séjour en Espagne marqua un tournant dans la vie de Benjamin Péret : il y acquit une expérience politique, noua de solides amitiés notamment avec G. Munis, et rencontra Maria de los Remedios Varo avec laquelle il se maria en 1946 à Cholula (Etat de Puebla), Mexique.
Après avoir été correcteur aux Populaire de Nantes, il monta à Paris et travailla à ’
l’Imprimerie de l’Hôtel des postes et à l’Imprimerie Lesé. Il fut admis au Syndicat des correcteurs le 20 mars 1932 - il en démissionna le 31 mars 1941. De retour à Paris en avril 1937, il retrouva son travail de correcteur, milita au POI et adhéra, dès sa création, à la FIARI. Il collabora aux deux numéros de Clé. Mobilisé en février 1940, il fut affecté à Nantes (Loire-Atlantique), revenu en région parisienne début mai. Arrêté en mai pour activités politiques, il fut emprisonné à Rennes le 30 mai. « L’accusation qui pesait sur moi, écrira-t-il plus tard, était alors lourdement sanctionnée et mes estimations les plus optimistes m’accordaient d’avance trois ans de prison (...). Je suis sorti de la prison de Rennes le 22 juillet 1940 en payant une rançon de mille francs aux nazis » qui venaient d’occuper la ville. Le ministère de la justice donne la date du 21 juin 1940 « en vertu d’un ordre de l’autorité allemande ». Il vécut ensuite quelques mois à Paris dans une semi-clandestinité. Dénoncé à plusieurs reprises par les journaux collaborateurs, il dut s’enfuir. Il rejoignit ses amis à Marseille à la villa Air-Bel (ou « espère-visa ») du Comité de secours américain et Albert Demazières lui fournit un faux certificat de domicile. Son passé politique lui interdisait l’accès des USA. Il réussit toutefois à s’embarquer, en octobre 1941, à Casablanca, sur l’un des derniers bateaux partant pour Vera Cruz d’où il gagna le Mexique.

Il y resta jusqu’en 1948 et y retrouva son ami G. Munis qui dirigeait la section mexicaine et la section espagnole de la IVe Internationale. Il se lia à Natalia Sedova Trotsky. Péret vécut assez pauvrement, collaborant à diverses revues pour subvenir à ses besoins. En 1947 ses amis durent organiser une vente publique pour financer son retour en France. Durant ce séjour au Mexique, Benjamin Péretpoursuivit son activité militante sur deux fronts. Sur le plan culturel d’abord, il rédigea en février 1945 un pamphlet intitulé Le déshonneur des poètes où il s’en prit à tous ceux qui, comme Paul Éluard ou Louis Aragon, s’étaient alignés sur la propagande nationaliste et patriotique. « La poésie, écrit-il, n’a pas à intervenir dans le débat autrement que par son action propre, par sa signification culturelle même, quitte aux poètes à participer en tant que révolutionnaires à la déroute de l’adversaire nazi par des méthodes révolutionnaires, sans jamais oublier que cette oppression correspondait au vœu, avoué ou non, de tous les ennemis — nationaux d’abord, étrangers ensuite — de la poésie comprise comme libération totale de l’esprit humain car, pour paraphraser Marx, la poésie n’a pas de patrie puisqu’elle est de tous les temps et de tous les lieux. »

Sur le plan politique, Benjamin Péret défendit, avec Georges Munis et Natalia Sedova Trotsky, une position particulière dans le débat préparatoire au IIe congrès mondial (1948). Il remit en cause les positions de la IVe Internationale sur l’Union soviétique (« État ouvrier bureaucratiquement dégénéré ») synthétisées à l’époque dans le manifeste de la pré-conférence internationale d’avril 1946. Il contesta également les méthodes de débat dans l’Internationale. Il rédigea à cet effet, sous le pseudonyme de Peralta, une brochure intitulé Le « manifeste » des exégètes publié en français à Mexico, en 1946. Il participa également à la rédaction de plusieurs textes de discussions publiés dans le Bulletin intérieur du Secrétariat international de la IVe Internationale. Il défendit dans ces textes la thèse selon laquelle « le pacte Hitler-Staline marque un tournant décisif dans l’histoire de la contre-révolution russe (...) et son passage sur le plan de la rivalité inter-impérialiste ». La bureaucratie stalinienne combinait deux formes sociales : celle « d’une classe sociale sur la base du capitalisme d’État existant aujourd’hui en Russie » et celle « d’une caste à caractère religieux ». Il s’opposa à toute politique de « front unique » avec les organisations staliniennes, « au contraire, écrivait-il, l’axe de notre lutte doit être le stalinisme qu’il s’agit de démasquer et d’abattre à tout prix ». Ces positions l’amèneront à rompre définitivement avec la IVe Internationale.

De retour en France au début de l’année 1948, il continua son activité surréaliste, collabora à toutes ses publications (Néon, Médium). Il écrivit également dans Combat et Arts. Il vécut dans des conditions matérielles difficiles et sa santé était précaire. Il fit partie du petit groupe d’anciens de la guerre d’Espagne animé par Munis, et se consacra surtout à l’analyse du phénomène stalinien. Il publia en 1952 une série d’articles sur les syndicats dans Le Libertaire, où il opposait le comité d’usine, « moteur de la révolution sociale », aux syndicats, « organes de l’État capitaliste ». Mais ses activités politiques allèrent en diminuant. Il signa surtout des déclarations, notamment contre la guerre d’Algérie et en soutien à la révolution hongroise. En 1958, il collabora à la revue 14 juillet qui, sous la direction de Mascolo et Schuster, tenta au lendemain du 13 mai de regrouper la gauche intellectuelle contre le gaullisme. Il publia quelques ouvrages, collabora à l’Age du cinéma, au commentaire du film de Jean-Louis Bédouin et Michel Zimbaca L’Invention du monde et à deux courts métrages expérimentaux. Hospitalisé au printemps, il mourut le 18 septembre 1959 d’une thrombose de l’aorte.

Benjamin Péret est un des rares exemples de poète engagé dans un mouvement littéraire, publiant une œuvre abondante, qui ait poursuivi pendant plus de trente ans une activité politique et syndicale révolutionnaire. Et ce, sans asservir l’une des deux activités à l’autre. Jean-Louis Bédouin, qui l’hébergea plusieurs années, en fit le portrait suivant : « On ne peut séparer chez lui le poète du militant révolutionnaire, l’amoureux du poète, le révolté du militant. Mais on ne doit pas oublier qu’il ne confondit jamais les plans de la réalité correspondant à ces multiples vocations (...) Péret, lui, avait une trop haute idée de la poésie pour accepter qu’on la pût mettre au service d’un programme d’action, celui-ci fût-il révolutionnaire. Mais, et ceci n’est pas moins important, il était trop honnête, il savait trop de quel prix est l’action directe, pour se contenter d’écrire un poème, quand il fallait lutter les armes à la main pour défendre la révolution... »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article125530, notice PÉRET Benjamin, dit PERALTA, dit MAURICIO par Jean-Yves Potel, mis à jour par Marie-Cécile Bouju, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 17 février 2018.

Par Jean-Yves Potel, mis à jour par Marie-Cécile Bouju

ŒUVRE : œuvres complètes chez Éric Losfeld (sept volumes prévus). — Poésie : Dormir, dormir dans les pierres (1927), Le grand jeu (1928), Je ne mange pas de ce pain là (1936), Je sublime (1936), Air Mexicain (1952). — Contes : Le gigot, sa vie, son œuvre (recueil, 1957), Mort aux vaches et au champ d’honneur (1953). — La parole est à Péret (New York, Editions surréalistes, 1943), Le déshonneur des poètes (1945). Péret est auteur de plusieurs anthologies et d’une Histoire naturelle (1958). Rééditions : Les syndicats contre la révolution, en coll. avec G. Munis, Éd. Terrain vague.

SOURCES : Arch. IISG cartons 114 et 132. - J.-L. Bédouin, Benjamin Péret, Éd. Seghers. — C. Courtot, Introduction à la lecture de B. Péret, Éd. Le Terrain vague. — Benjamin Péret, Henri Veyrier, 1982. — J. Rabaut, Tout est possible, Denoël, 1974. — Peralta, Le « manifeste » des exégètes, Mexico, 1946. — Bulletin intérieur du SI de la IVe Internationale, n° spécial, décembre 1947 (polycopié). — « Novateurs et conservateurs dans la question de l’URSS », in P. Frank, Le Stalinisme, Maspero. — N. Racine, Les écrivains communistes en France (1924-1935), Th., Paris. — Y. Blondeau, Le syndicat des correcteurs, 1973. — A. Thirion, Révolutionnaires sans révolution, Paris, 1972. — Encyclopédia Universalis. — La Lutte ouvrière, 19 septembre 1936. — Renseignements recueillis par J.-M. Brabant. — Notes de Louis Bonnel et de Guy Prévan. — Barthélémy Schwartz Benjamin Péret, l’astre noir du surréalisme, Libertalia, 2016. — André Breton, Benjamin Péret. Correspondance 1920-1959, présentation et notes de Gérard Roche, Gallimard, 2017, 460 p.

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