Né le 7 mars 1896 à Marseille ; mort le 2 septembre 1963 à Ventabren (Bouches-du-Rhône). Officier de la marine marchande, puis (jusqu’en 1934) rédacteur à la préfecture des Bouches-du-Rhône. Écrivain.

Fils d’un journaliste marseillais, Édouard Peisson, après des études primaires, voulut s’orienter vers une carrière de marin. Inscrit maritime à dix-sept ans, il devait entrer à l’école d’hydrographie quand, la guerre venant d’éclater, l’école ferma ses portes. Possédant le brevet de radio-télégraphiste, Peisson avait réussi, dès mars 1914, à embarquer. Il navigua pendant toute la durée de la guerre : Amérique du Nord, ligne de New York, Russie, Égypte, Afrique occidentale, Brésil. Il prépara à bord ses examens d’officier de pont. Devenu lieutenant au long cours, il effectua de nombreux voyages sur des cargos et des courriers. En 1923, année de son mariage, lors de la grève des inscrits maritimes, des navires furent désarmés et le décret Rio mit à terre un jeune officier par bâtiment, Peisson se trouva parmi les sacrifiés. Sans travail pendant des mois, Édouard Peisson fut obligé d’abandonner la navigation. Il passa alors un concours et entra comme rédacteur à la préfecture de Marseille, au service des dons et legs.
En proie à une nostalgie tenace de la mer et de son métier perdu, Peisson commença à écrire en 1926, envoya une nouvelle, « Le voyage de Taquès », à Henry Poulaille qui essaya sans succès de la faire éditer (cette nouvelle ne devait paraître qu’en 1929 aux « œuvres libres »). Peisson persévéra cependant : il voulait porter témoignage de son expérience passée, de la vie à bord, des responsabilités des gens de mer.
En 1928, parut Ballero Capitaine, puis en 1929, Le Courrier de la mer blanche et, en 1930, Joelle et Hans le Marin qui obtint le « prix des Vikings ». Peisson allait dès lors bâtir lentement et solidement une œuvre qui fit de lui l’un des premiers écrivains de la mer de notre époque. Comme l’a indiqué Lucien Roth : « L’œuvre d’É. Peisson n’a pas seulement une portée morale, elle a aussi un aspect social qu’il faut souligner et la protestation, pour n’être pas expressément formulée, n’en est pas moins efficace. Dans Parti de Liverpool et Gens de mer sont nettement mis en cause une Compagnie de navigation et des armateurs américains (...) Dans Une femme et Hans le marin, il s’agit de deux naufrages aussi, mais qui se déroulent au sein de la société ; il en monte contre celle-ci et contre une administration négligente et cyniquement impitoyable la plus véhémente accusation. Ce sont deux histoires orales, deux drames navrants dont l’auteur a connu les tristes héros alors qu’il était à la préfecture de Marseille. » Cet aspect de l’œuvre de Peisson ne peut surprendre lorsqu’on sait qu’il fit partie, en 1931, du comité de rédaction de Nouvel Age, ensuite de ceux de Prolétariat et de A Contre-courant, et qu’il adhéra, en 1932, au Groupe des écrivains prolétariens de langue française. Peisson se considérait comme un prolétaire. Et quand parut Parti de Liverpool, Poulaille nota : « C’est le premier succès de la littérature prolétarienne en France. C’est une date, et qui comptera » (le Peuple, 2 janvier 1933).
En 1934, Édouard Peisson quitta la préfecture de Marseille et se consacra uniquement à son œuvre d’écrivain. Vivant à l’écart dans sa maison d’Aix-en-Provence, il venait rarement à Paris. En 1935, il fut de ceux qui, avec Poulaille, Charles Wolff, Marcel Ollivier, etc., se rendirent au Congrès des écrivains pour la défense de la culture, réclamèrent le débat sur l’affaire Victor Serge et qui, pris à partie par le service d’ordre, quittèrent les lieux (cf. à ce sujet le n° des Humbles de juillet 1935). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Peisson se lia intimement avec Lucien Roth et avec Blaise Cendrars qui lui dédia, en 1943, son récit Dans le silence de la nuit paru dans L’homme foudroyé. Les romans d’Édouard Peisson ont été traduits en de nombreuses langues.

ŒUVRE CHOISIE : Ouvrages cités. — Le Chalutier 304, Grasset, 1935. — Passage de la ligne, idem, 1935. — Mer baltique, idem, 1936. — Le Pilote, idem, 1937. — A destination d’Anvers, idem, 1943. — L’Anneau des mers, Flammarion, 1945. — Les Démons de la haute mer, idem, 1948. — Le Voyage d’Edgar, Grasset, 1938. — Pôles, idem, 1952. — Capitaine de la route de New York ; Le Sel de la mer ; Dieu te juge ! Trilogie, idem, 1953-1955.

Jean Prugnot

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