PAZ Maurice

Par Jean-Louis Panné

Né le 22 février 1896 à Paris ; mort le 24 novembre 1985 à Paris (XVe arr.). Avocat et historien. Communiste, militant de l’Opposition de gauche, fondateur de Contre le courant, puis militant du Parti socialiste ; membre de la CAP (1935-1938), secrétaire de la commission des relations extérieures.

Fils d’un publiciste dont la famille possédait une usine de fabrication d’ampoules électriques (société Paz & Silva), Maurice Paz était le petit-fils d’un des fondateurs du Petit journal créé par Lamartine et Alexandre Dumas. Après des études aux lycées Michelet et Condorcet, il entra en khâgne désirant faire des études d’histoire. A dix-huit ans, il s’engagea pour la durée de la guerre qu’il termina comme officier. Dès sa démobilisation en 1919, il adhéra à la 9e section du Parti socialiste où il fit la connaissance de Boris Souvarine qui l’incita à rejoindre le Comité de la IIIe Internationale. Délégué au congrès de Strasbourg (février 1920), il fut ensuite le 28e signataire de la motion de ce comité en vue du congrès de Tours (décembre 1920), motion Loriot-Souvarine (dite aussi motion Cachin-Frossard).

Ayant abandonné ses études d’histoire, Maurice Paz commença des études de droit. Il prêta son serment d’avocat le 11 février 1920 et devint l’un des secrétaires de Paul-Boncour alors défenseur de la CGT dans le procès qui lui était intenté par les pouvoirs publics. Il fut choisi comme défenseur par Pierre Monatte accusé dans l’instruction ouverte à la suite des grèves de mai 1920. Paz lui rendait quotidiennement visite à la Santé. Il fut aussi le second avocat de Souvarine. Lors du procès (février 1921), sa plaidoirie fit grande impression, elle inaugurait une longue carrière jalonnée par de nombreux procès politiques : la défense des marins de la mer Noire dont Badina (Paz publia une brochure au sujet des mutineries) ; la défense d’Albert Lemire et Roger Hagnauer dans le procès de Mayence en 1923. Maurice Paz fut aussi en 1924 l’avocat de Souvarine dans le procès que le Matin avait intenté à l’Humanité pour sa campagne contre « l’abominable vénalité de la presse ». En 1925, ce fut Marcel Body, de retour de Russie, qu’il défendit. En 1930, il était l’un des avocats du Secours rouge international.

Membre du Parti communiste depuis la scission et désireux de se rendre en Russie soviétique, Paz reçut de Souvarine les appuis nécessaires à son voyage. Il put partir à Pâques 1922 en compagnie de Magdeleine Marx pour un séjour qui dura six mois. Collaborant comme traducteur avec l’Internationale communiste, il rencontra pour la première fois Léon Trotsky dont la personnalité l’impressionna fort.

En France, Maurice Paz et sa compagne (qu’il épousa en février 1924) appartenaient à la cellule de la coopérative « La famille nouvelle ». En mars 1924, il participa à la souscription lancée par B. Souvarine pour l’édition de Cours nouveau de L. Trotsky. Au printemps 1924, soutenant Pierre Monatte dans une assemblée de la Fédération de la Seine, il intervint pour critiquer la motion du Comité directeur sur l’Opposition russe. Son affiliation à cette cellule fut alors remise en cause. Rangé parmi les membres de la « droite internationale » par la direction du Parti, Maurice Paz participa aux diverses initiatives des opposants français : en mars 1925, ce fut la rédaction de thèses sur l’ensemble de la politique du parti ; en juillet, l’Appel aux membres du Parti communiste protestant contre les réorganisations arbitraires ; en septembre, le texte Sur la guerre du Maroc signé avec Mahouy et Marcel Roy qui proclamait la solidarité de l’opposition avec la campagne contre la guerre mais en critiquait le mot d’ordre de fraternisation comme irréaliste et proposait ceux de « Paix au Maroc ! Indépendance du Rif ! » susceptibles, selon eux, de permettre le Front unique avec les socialistes ; enfin, en octobre 1925, Paz signa la Lettre des 250. En mai 1926, le comité exécutif élargi de l’Internationale communiste vota une résolution condamnant le groupe Loriot-Paz-Dunois pour ses « déviations social-démocrates » et son travail de désagrégation du parti. Néanmoins, comme représentant du 6e rayon, Maurice Paz put assister en juin 1927 à la conférence parisienne et y demander la publication des thèses de l’Opposition russe. Il lança la revue Contre le courant (1er n°, 20 novembre 1927), organe de l’Opposition communiste, avec Magdeleine Paz, Marcel Hasfeld, Fernand Loriot, Marcel Roy, Clément Delsol, etc. Dans un premier temps, le groupe reçut l’appui (y compris financier) des opposants russes séjournant en France : C. Rakovsky, Piatakov, Préobrajensky. Le 1er décembre 1927, l’Humanité annonça l’exclusion de Maurice Paz et Magdeleine Marx.

Contre le courant diffusa les textes de l’Opposition russe et tenta de s’ériger en fédérateur des oppositions françaises, mais l’avenir politique du groupe était suspendu aux décisions de son inspirateur, Léon Trotsky qui, dès son arrivée à Prinkipo (Turquie) en février 1929, avait télégraphié à Maurice Paz. Ce dernier se rendit en mars à Constantinople (« Quatre jours avec Trotsky », Contre le courant, 22 mars 1929) auprès de l’exilé qui confia aux Paz, la gestion de la publication de ses articles et livres. Tous deux entreprirent des démarches pour lui trouver un pays d’accueil plus occidental. Cependant l’accord politique n’eut pas lieu, Trotsky préférant collaborer avec la jeune équipe de la Vérité, nouvellement fondée (voir Pierre Naville). En juin, Trotsky rompit ses relations avec Contre le courant qui cessa de paraître en octobre (38e numéro). Dès novembre, lui succéda le Libérateur, journal communiste de l’opposition, qui parut jusqu’en mars 1930 (8 numéro). Les Paz abandonnèrent alors l’idée de construire une opposition liée à celle de Russie ; ils rejoignirent le Parti socialiste en décembre 1931.

D’abord relativement marginal dans son nouveau parti, Maurice Paz interpella Léon Blum sur l’attitude du Populaire face à l’insurrection des anarchistes espagnols (l’Étudiant socialiste, avril 1932). Courant 1933, il participa à la création de Front commun contre le fascisme sous l’égide de Gaston Bergery, Georges Monnet, Paul Langevin, et devint membre de son conseil exécutif. Il fut appelé à des responsabilités plus importantes au sein du Parti socialiste. Aux congrès du parti de 1935 (Mulhouse), secrétaire de la section de Millau, il représenta la Fédération de l’Aveyron puis au congrès suivant celle du Sénégal. Il entra également au comité de direction du Populaire. La même année, il apporta son soutien à la réunion d’une conférence « Pour un nouveau Zimmerwald » organisée en réaction au Pacte Laval-Staline et son approbation par le Parti communiste. C’est en juin 1936 qu’il entra à la CAP en remplacement de Vincent Auriol devenu ministre des Finances. Pour le compte du Parti socialiste, il publia l’analyse des événements du 6 février 1934. L’année suivante, il accéda au Bureau du parti en tant que secrétaire de la commission des relations extérieures. Devenu ami de Léon Blum, mais également proche de Paul Faure, il rédigea les lettres adressées au Parti communiste signées de ce dernier (lettres du 19 mai et 17 juin 1937) qui scellèrent la fin des travaux des commissions communes sur la question d’une réunification entre les deux partis. Il assura également le secrétariat de la commission coloniale dont il avait suggéré la création. Par une lettre en date du 27 juin 1937, Maurice Paz, qui était l’un des cinq membres de la commission d’enquête de la Ligue des droits de l’Homme sur les procès de Moscou, démissionna de la LDH : « Je suis arrivé à la conviction que la Commission — privée de tous moyens sérieux d’investigation, et qui a cessé de se réunir depuis bientôt trois mois — ne remplira pas sa mission : il est vain, dans ces conditions, de prolonger un simulacre d’enquête », écrivait-il. Il reçut le soutien de F. Challaye, M. Alexandre, L. Émery et G. Michon.

Au congrès de Royan (juin 1938), Maurice Paz soutint la motion du Nord, approuvée par Léon Blum et Paul Faure, sur les questions internationales. Puis, il se brouilla avec Léon Blum devenu partisan de la fermeté face à l’Allemagne et se rangea derrière P. Faure. Signataire de l’appel (non publié) du SNI en faveur de la négociation lors de la crise de Munich, il participa au « banquet de la Paix » organisé le 15 octobre par Syndicats et approuva les accords. Il signa la lettre adressée à Blum qui accusait la majorité de la CAP de vouloir évincer Paul Faure (le Populaire, 13 mai 1939). Parmi les paul-fauristes, il envisageait, avec F. Roucayrol, la scission du parti. Au congrès de Nantes (mai 1939), dans le prolongement du rapport du secrétaire fédéral de la Loire, Benoit Roiron, il présenta la résolution contre la participation des socialistes aux organisations para-communistes, motion approuvée à une large majorité aux dépens de celle défendue par André Blumel. Le 21 août 1939, à la demande de Paul Faure, il fit partie de la délégation qui, avec André Delmas et Fernand Roucayrol, se rendit à Bruxelles auprès de Henri de Man afin de lancer un manifeste pacifiste international, démarche repoussée par le Parti ouvrier belge.

Maurice Paz fut profondément choqué par la déclaration de guerre et la défaite (il devint diabétique à cette époque) et se tint à l’écart de toute activité politique après juillet 1940. A la Libération, il put défendre d’anciens camarades du Parti socialiste : Georges Albertini, l’adjoint de Déat, C. Spinasse, mais aussi E. Le Roy-Ladurie et F. Lehideux.

Il exerça son métier d’avocat jusqu’en 1964. Ensuite, il se consacra à sa première passion, l’histoire. Après avoir inventorié les papiers de Jules Favre déposés au quai d’Orsay, ceux de H. Fortoul, premier ministre de l’Instruction publique sous Napoléon III, il entreprit le classement des papiers d’Auguste Blanqui déposés à la Bibliothèque nationale, ce qui le conduisit à soutenir une thèse en 1974 à l’université d’Aix-en-Provence : Auguste Blanqui, le révolutionnaire professionnel dont il tira un livre en 1984. Après avoir préparé la publication de sa correspondance avec L. Trotsky, il s’apprêtait à publier Naissance d’une république, 1870 et travaillait à une histoire de l’expédition du Mexique lorsqu’il mourut. Membre du Parti socialiste depuis la Libération, il l’avait quitté lors de la signature du programme commun (1972). Il avait collaboré au Contrat social de B. Souvarine et à la Révolution prolétarienne.

Maurice Paz était père de trois enfants. Divorcé de Magdeleine Pazen 1947, il avait épousé en troisièmes noces Marguerite Hérard, fille de Lucien Hérard.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article125241, notice PAZ Maurice par Jean-Louis Panné, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 10 juillet 2019.

Par Jean-Louis Panné

ŒUVRE : Les révoltes de la mer Noire, Librairie du Travail, 1921. — Le Six février, causes, physionomie, signification et conséquences, Editions du PS-SFIO, 1936. — « Échec de 1936 », La Nef, 1950. — « Lettre de Blanqui à G. Clemenceau (18 mars 1879) », Cambridge historical journal, 1973. — Lettres familières d’Auguste Blanqui et Louis Watteau, Institut historique de Provence, 1975. — « Le mythe de la Commune », Est & Ouest, 1971-1973 (série de 6 articles). — Trotsky-1929... quatre mois et tout est fini [manuscrit inédit]. — Un révolutionnaire professionnel, Auguste Blanqui, Fayard, 1984.

SOURCES : RGASPI, 495 270 4175. — CAC 9940469 art 113 doss. 9146. RGASPI 539.3.1174 et 539.3. 1189 et AN F7 13516, (Gilles Morin). — Est & Ouest, suppl. au n° 476, 1971. — Contre le courant, 1927-1929. — La Correspondance internationale, 1925-1928. — G. Lefranc, Le mouvement socialiste, op. cit.. — J. Rabaut, Tout est possible. Les gauchistes français : 1929-1944, Denoël, 1974. — A. Delmas, Mémoires d’un instituteur syndicaliste, Albatros, 1979. — M. Bilis, Socialistes et pacifistes 1933-1939, Syros, 1979. — Notes de J. Raymond et J.-M. Brabant. — Entretien avec M. Paz, 1983. — Pierre Rigoulot, Georges Albertini, socialiste, collaborateur, gaullisme, Perrin, 2012.

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