Née le 6 juillet 1889 à Étampes (Seine-et-Oise), morte le 12 septembre 1973 à Paris (XVIe arr.) ; militante communiste oppositionnelle puis socialiste, antistalinienne, anticolonialiste, antiraciste et pacifiste ; membre de la LDH ; journaliste, traductrice, écrivaine.

Dossier Magdeleine Marx au RGASPI, 495 270 7840
Magdeleine Paz était fille d’un inspecteur de l’enregistrement, Armand Legendre. Ses écrits de journaliste et d’écrivain parurent d’abord sous la signature de Magdeleine Marx du nom de son premier mari, Henry Marx, professeur de lettres et écrivain, pacifiste et socialiste, critique littéraire, puis de Magdeleine Paz après son remariage avec Maurice Paz en 1924. Toutefois, on trouve quelques-uns de ses écrits toujours sous le patronyme de Marx, après son remariage.
Pacifiste durant la Première Guerre mondiale, elle collabora à la revue de la Ghilde des forgerons, La Forge en 1917 ; elle fit le 4 mai 1919 sous l’égide de cette dernière une conférence sur Henri Barbusse qu’elle admirait comme pacifiste et féministe (« Le rayonnement de l’amour dans l’œuvre d’Henri Barbusse », publié dans Les Cahiers idéalistes de juillet 1919). Celui-ci rédigea d’ailleurs un avant-propos à son premier roman, Femme (1919). Magdeleine Paz participa à la création et à la direction du mouvement Clarté lancé par Henri Barbusse en mai 1919. Elle signa notamment sa déclaration, « Contre la paix injuste » (l’Humanité, 22 juillet 1919), et la protestation contre l’intervention en Russie (Le Populaire, 7 septembre 1919). Dès mai 1919, elle fit partie des organes directeurs du mouvement, d’abord du comité d’initiative puis du Comité directeur international. Le 21 octobre 1919, elle collabora au premier numéro de la revue Clarté, « Bulletin français de l’internationale de la pensée ». En 1921, elle figura au à son comité de rédaction. Cette année-là, elle fit paraître son deuxième roman, Toi. Membre du P.C.F., elle commença à travailler comme journaliste à L’Humanité, et, de novembre 1921 à janvier 1922, y publia une série de quinze reportages a posteriori en Turquie. Admiratrice de la Russie soviétique, elle y effectua un voyage de six mois au moment de la NEP en compagnie de Maurice Paz, et publia en mars-avril dans le quotidien communiste une série de cinq reportages intitulée « La famine en Russie ». Elle avait participé à la fondation du Comité de secours aux enfants lors de la famine en Russie. En 1923, elle fit paraître C’est la lutte finale ! Six mois en Russie soviétique, qui décrivait avec enthousiasme la Russie nouvelle et était issu en partie de ses reportages parus dans l’Humanité.
Magdeleine Paz milita au sein de l’Opposition de gauche. Ainsi parallèlement à ses collaborations dans l’Humanité livra-t-elle en septembre 1925 un premier article à La Révolution prolétarienne, un reportage, extrait de La Perfide. Par les routes d’Asie mineure paru ce même mois. Elle fit partie du groupe réuni autour de la revue Contre le courant, lancée en novembre 1927 par Maurice Paz et des militants qui avaient signé en octobre 1925 la « Lettre des 250 » dénonçant la manière dont avait été conduite la bolchevisation. Le 12 décembre 1927, un article de l’Humanité signé de Jacques Doriot annonça l’exclusion de plusieurs militants, « oppositionnels de droite », dont Maurice et Magdeleine Paz. Exclus du Parti communiste, ces derniers continuèrent « à populariser les positions de Trotsky puis revendiquèrent un rôle dirigeant dans l’organisation, la structuration de l’Opposition de gauche française » (M. Dreyfus, PCF Crises et dissidences). Trotsky refusa ces prétentions, ce qui entraîna la rupture en juin 1929 suivie de la suspension de Contre le courant en octobre. Après leur séparation avec Trotsky et la publication durant quelques mois du Libérateur (20 novembre 1929-5 février 1930), les Paz se séparèrent de l’Opposition de gauche et rejoignirent la SFIO en décembre 1931.
Magdeleine Paz anima des campagnes en faveur des prisonniers politiques et des victimes de l’arbitraire, participant à la création de comités de défense, à des campagnes de presse, à l’organisation de meetings. Citons son action pour la défense de Tom Mooney et des noirs de Scottsboro, avec notamment la parution de la brochure Vue sur l’Amérique en novembre 1932 aux éditions du Comité Tom Mooney, dans laquelle elle consacra un chapitre à chacune de ces deux affaires. Ajoutons que la question noire la préoccupait antérieurement, puisque, suite à son séjour aux États-Unis à la fin des années 1920, elle avait par exemple fait paraître un ouvrage de reportage, Frère noir (1930). Citons également son implication en 1933-1934 dans le Comité d’amnistie et de défense des Indochinois, aux côtés parmi d’autres, d’Andrée Viollis.
Dès 1931-1932, elle se mobilisa en faveur du retour de Victor Serge en France, militant oppositionnel retenu en URSS. Elle fut, avec des intellectuels comme Marcel Martinet et Jacques Mesnil, l’âme de cette campagne. Elle fut l’une des destinataires de la « lettre-testament » que V. Serge, se sentant menacé physiquement, rédigea le 1er février 1933 et fit parvenir clandestinement. Des extraits en furent publiés dans La Révolution prolétarienne et dans Masses, l’intégralité paraissant dans l’ouvrage de Victor Serge, Seize fusillés. Où va la révolution russe ? (1936), préfacé par Magdeleine Paz. En mars 1933, le « Comité pour le rapatriement de Victor Serge » fut constitué à l’initiative de cette dernière (avec Marcel Martinet, Jacques Mesnil, Henri Poulaille, Georges Duhamel, Charles Vildrac, Georges Pioch). Après la relégation de V. Serge à Orenbourg en avril 1933, elle alerta l’opinion de gauche sur le sort de l’écrivain (Le Populaire, 24 juin 1933, Les Cahiers des droits de l’Homme, 10 juin 1933). Elle se dépensa sans compter, recueillant des signatures, collectant des fonds, incitant les intellectuels sympathisants du régime soviétique à prendre position, comme en témoigne, par exemple, sa correspondance avec Jean-Richard Bloch. Avant le voyage de ce dernier en URSS en 1934, elle le poussa à établir la vérité sur l’affaire Serge et les charges retenues contre lui. A la même époque, le 22 juillet 1934, elle publia un article dans Le Populaire, « Ceux dont on ne parle pas », où elle évoquait notamment le cas de Serge. Malgré l’obstruction des organisateurs communistes du congrès des écrivains pour la défense de la culture réuni à Paris en juin 1935, elle réussit, avec l’appui de Gide et de Malraux, à y évoquer le cas V. Serge à la séance du 24 25 juin. Son intervention parut dans le numéro spécial des Humbles de juillet 1935 consacré aux interventions des défenseurs de V. Serge au congrès, G. Salvemini, Ch. Plisnier, H. Poulaille, A. Breton ; et dans le numéro du 10 juillet de La Révolution prolétarienne, puis sous forme de brochure (Pour Victor Serge, éditions Nouveau Prométhée).
L’un des autres grands combats de Magdeleine Paz fut le droit des étrangers. Le 9 août 1935, Le Populaire annonça la création de l’Association des « Amis des travailleurs étrangers (Comité pour le statut et la défense des travailleurs immigrés) », dont la secrétaire générale était Magdeleine Paz. Le 22 novembre, elle collabora pour la première fois à l’hebdomadaire des journalistes et intellectuels du Front populaire, Vendredi, par un article « La France a aussi ses parias – Terre d’asile ». En décembre, elle fit partie des personnalités patronnant le Centre de liaison des Comités pour le statut des immigrés. Les 20-21 juin 1936, elle prit la parole au nom du parti socialiste à la conférence internationale du Droit d’asile qui eut lieu à la Mairie du Ve arrondissement de Paris. Outre des articles parus dans divers organes, citons en juillet-août 1938 sa série de reportages « France, terre d’asile », dans Le Populaire.
Magdeleine Paz fit également partie de ces intellectuels marginaux des années 1930 qui jetèrent les bases de l’anticolonialisme. Le secrétariat de la sous-commission de l’Indochine de la SFIO lui sera confié en juin 1935, et elle sera membre de la Commission coloniale du parti. Elle livra plusieurs séries de reportages et d’articles sur le sujet, par exemple dans Le Populaire entre 1936 et 1938, se rendant au Maroc, en Algérie et en Tunisie, et enquêtant également auprès des « coloniaux de Paris ».
Des interventions et des pétitions témoignent aussi de son action contre le fascisme. Par exemple, elle signa en mars 1934 un « Appel des intellectuels contre le fascisme » (paru dans Le Populaire), fut un temps membre du Bureau central du CVIA en 1937, et, la même année, fit partie du Comité de patronage de Solidarité Internationale Antifasciste fondée à Barcelone en juin.
Signalons, également, son investissement dans la lutte pour la prostitution réglementée. En 1936 parut un ouvrage de reportage, Femmes à vendre, dont des extraits avaient été pré-publiés dans Vendredi. En juin 1937, elle présida l’assemblée générale de l’Union temporaire contre la prostitution réglementée, dont elle était membre d’honneur. Cet investissement est à relier à ses positionnements « féministes », que l’on peut relever au hasard de ses articles, notamment dans ses critiques littéraires de Monde.
Membre de la minorité pacifiste et antistalinienne de la Ligue des droits de l’Homme, elle fut élue à son comité central le 19 juillet 1936 lors de son congrès national à Dijon. Elle protesta contre l’attitude de cette dernière au moment des premiers procès de Moscou d’août 1936. Après avoir constitué une commission d’enquête, la Ligue avait publié dans Les Cahiers des droits de l’Homme du 15 novembre 1936, le rapport de son avocat, Maître Rosenmark, qui concluait à la culpabilité des accusés sur la base de leurs aveux. La direction des Cahiers refusa de publier l’article-réponse de Magdeleine Paz. La polémique suscitée par les procès de Moscou entraîna une crise qui éclata au congrès de la Ligue à Tours (17-19 juillet 1937). La minorité avait distribué le texte « La Ligue de l’affaire Dreyfus devant le procès de Moscou », l’article de Magdeleine Paz refusé par les Cahiers, la lettre de démission de Maurice Paz de la commission spéciale sur les procès. À l’issue du congrès, Magdeleine Paz et Élie Reynier démissionnèrent du comité central à la suite de G. Bergery, F. Challaye, L. Émery, G. Pioch. Signalons par ailleurs que Magdeleine Paz qui avait signé le texte de protestation « Appel aux Hommes » contre les procès de Moscou, paru dans Les Humbles en janvier 1937, avait fait partie du « Comité pour l’enquête sur les procès de Moscou et pour la défense de la liberté d’opinion dans la révolution » constitué début octobre 1936 par Marguerite Rosmer et Marcel Martinet.
Magdeleine Paz s’intéressait aussi aux problèmes culturels au sein du mouvement socialiste, à la création d’une littérature prolétarienne. Elle défendit Henri Barbusse contre les attaques lancées contre lui à Kharkov (Le Cri du peuple, 22 octobre 1931). Elle collabora à Monde l’hebdomadaire de ce dernier, en y tenant la rubrique de critique littéraire du 6 février au 15 juillet 1933, ou par exemple en y faisant paraître un extrait de son troisième et dernier roman, Une seule chair (1933). Mais elle en démissionna pour protester contre la nouvelle orientation de l’hebdomadaire et son inféodation aux thèses communistes (Le Populaire du 25 juillet 1933). Sollicitée par H. Barbusse d’adhérer à l’AEAR, elle s’abstint d’en faire partie à cause de l’exclusive lancée contre des militants proches du mouvement de littérature prolétarienne d’H. Poulaille ou du syndicalisme révolutionnaire. En juillet 1936, l’association Mai 36, « Mouvement d’art populaire et de culture », fut constitué. Magdeleine Paz y était élue à la section « Littérature » et faisait partie, avec Roger Hermann et Marcel Fourrier, du Secrétariat provisoire. Cette association, animée par des militants socialistes cherchait à diffuser l’art et la culture dans les masses. En février 1937, elle se dota d’un « Bulletin d’information » éponyme dont la secrétaire était Suzanne Nicolitch et la secrétaire générale Magdeleine Paz. Le 4 octobre 1936, Le Populaire annonça la création d’une la page littéraire par un article de Magdeleine Paz. Depuis le 4 décembre 1934, elle y officiait comme critique dramatique à la place d’Amédée Dunois, poste qu’elle occupa jusqu’en juillet 1939. En 1938, elle adhéra à la Fédération internationale de l’art indépendant révolutionnaire (FIARI).
Pacifiste, Magdeleine Paz avait adhéré le 11 août 1935 au Comité de liaison contre la guerre et contre l’Union sacrée, qui tint ses assises à Saint-Denis (11 août 1935) et à Paris, salle de la Mutualité (28 septembre 1935) ; elle côtoyait dans ce comité Jean Giono, H. Poulaille, Pierre Monatte . Ce comité se constituait suite à la signature du Pacte franco-soviétique et la publication de la déclaration de Staline approuvant la politique de défense nationale de la France. Après la crise de Munich, Magdeleine Paz fonda, avec Jeanne Alexandre et Yvonne Hagnauer, la Ligue des femmes pour la paix « Septembre 38 », dont la première réunion du Groupe parisien eut lieu à la Mutualité le 18 novembre 1938. L’allocution de Paz fut publiée dans les Feuilles libres de la Quinzaine.
Profondément affectée par le déclenchement de la guerre, Magdeleine Paz abandonna pratiquement, à partir de ce moment, toute activité militante. Mais elle continua sa collaboration au Populaire, notamment par des reportages, jusqu’en décembre 1939. Pendant la guerre, elle continua de correspondre avec Marcel Martinet, puis ensuite avec sa veuve Renée, à laquelle elle fit part de la procédure de divorce engagée par Maurice en 1946, ainsi que de la naissance de ses deux petits-fils (Magdeleine et Maurice avaient eu un fils).
En 1947, elle publia la biographie sur laquelle elle travaillait depuis plusieurs années, La Vie d’un grand homme : George Sand. Depuis 1920, outre son activité de journaliste, Magdeleine Paz gagnait sa vie comme traductrice. Son premier ouvrage traduit le fut de l’allemand (Les Hommes en guerre, d’Andréas Latzko), mais elle traduisit ensuite principalement de l’anglais et de l’américain, dont Chair de ma chair d’Helen Grace Carlisle en 1931, qu’elle préfaça. Après la guerre, le nombre considérable de ses traductions atteste qu’il s’agissait de sa principale activité professionnelle. Précisons qu’elle travailla aussi pour la radio, domaine qu’elle connaissait bien puisqu’elle avait été membre du Conseil supérieur de la radiodiffusion de 1936 à 1940. Elle y fit des émissions jusqu’à un âge avancé. Un an avant sa mort, en 1972, elle préfaça la réédition du Tournant obscur de Victor Serge (éditions d’Histoire et d’Art). La fidélité à ses convictions ne fut pas la moindre de ses qualités.

ŒUVRE CHOISIE : Femme. (préf. H. Barbusse), Flammarion, 1919 [signé de Magdeleine Marx]. — C’est la lutte finale ! (Six mois en Russie soviétique), Flammarion, 1923, [id.]. — La Pologne est un enfer, SRI, 1924 [id.]. — Une grande grève aux États-Unis : Passaïc, Librairie du Travail, 1926 [id.]. — Frère noir, Flammarion, 1930. — Une seule chair, Corrêa, 1933. — Pour Victor Serge. La défense de la pensée et le congrès international des écrivains (21-25 juin 1935), Nouveau Prométhée, 1935. — Ergané. Au pays des dieux parmi les hommes, Corrêa, 1935. — Femmes à vendre, Rieder, 1936. — Regards sur le Maroc, Libr. populaire du Parti socialiste, 1938. — Préface à : V. Serge, Seize fusillés. Où va la révolution russe ?, Cahiers Spartacus n° 1, 1936.

Traductions : A. Latzko, Les Hommes en guerre, Flammarion, 1926 ; M. Eastman, Depuis la mort de Lénine, Gallimard, 1925 ; La jeunesse de Trotsky, 1929 ; L’Apprenti révolutionnaire, id., 1933. — Magdeleine Paz, Je suis l’étranger. Reportages, suivis de documents sur l’affaire Victor Serge, La Thébaïde, 2015 (textes réunis, présentés et annotés par Anne Mathieu. Biographie chronologique par Anne Mathieu).

SOURCES : Magdeleine Paz, Je suis l’étranger. Reportages, suivis de documents sur l’affaire Victor Serge, La Thébaïde, 2015 (textes réunis, présentés et annotés par Anne Mathieu. Biographie chronologique par Anne Mathieu). RGASPI, Moscou, 495 270 7840. — Correspondance de Magdeleine Paz avec J.-R. Bloch et M. Martinet, Bibliothèque nationale. — V. Brett, Henri Barbusse, sa marche vers la clarté, son mouvement Clarté, Prague, Éd. de l’Académie tchécoslovaque des sciences, 1963. — Archives de Jules Humbert-Droz, Origines et débuts des partis communistes des pays latins, 1919-1923, t. 1, Dordrecht, D. Reidel Publishing Company, 1970. — C. Gras, Alfred Rosmer et le mouvement révolutionnaire international, F. Maspero, 1971. — J. Rabaut, Tout est possible ! Les « gauchistes » français, 1929-1944, Denoël-Gonthier, 1974. — G. Roche, « Défense et contre-enquête en France », Cahiers Léon Trotsky, n° 3, juillet-septembre 1979. — C. Jelen, Hitler ou Staline. Le prix de la paix, Flammarion, 1988. — C. Aveline, Moi par un autre, P. Bordas et fils, 1988. — M. Dreyfus, PCF Crises et dissidences, Éd. Complexe, 1990. — Le Monde, 20 septembre 1973. — La Révolution prolétarienne, n° 598 et 599, novembre et décembre 1973. — D. Caute, Le communisme et les intellectuels français, 1914-1966, id., 1967.

Anne Mathieu, Jean Prugnot, Nicole Racine

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