PAULY Paul [PAULY Claude, Gilbert dit Paul]

Par Claude Pennetier, Gilles Morin

Né le 22 juillet 1901 à Aubusson (Creuse), mort le 27 juin 1973 à Champagne-sur-Oise (Val-d’Oise) ; cadre du trésor public, percepteur, puis inspecteur central du Trésor ; militant syndicaliste ; socialiste SFIO ; maire d’Aubusson (1965-1973), conseiller général d’Aubusson (1945-1973) ; président du conseil général de la Creuse (1945-1973) ; conseiller de la République puis sénateur (1946-1973).

Fils d’un tapissier, François-Joseph Pauly, et d’une ouvrière en tapisserie Marie Augustine Moluçon, Paul Pauly suivit des études à l’école des Arts et métiers de Vierzon. Il se maria le 1er avril 1929 à Saint-Pierre de Cursac avec Camille Lavaud.

Paul Pauly adhéra à la SFIO en 1927. Il était employé à la recette des Finances d’Aubusson et secrétaire général de la section départementale CGT de la Fédération des fonctionnaires en 1928. Devenu percepteur, il exerça à Ahun puis à Felletin. En janvier 1934, il fut un des créateurs du journal La Creuse syndicaliste. Le premier numéro l’indiquait comme rédacteur en chef mais, dès la fin de l’année, sa démission de la rédaction était annoncée.

Pendant les grèves de 1936, le jeune percepteur utilisa sa connaissance des milieux ouvriers et patronaux pour arbitrer les conflits sociaux ; ainsi il assista les ouvriers de la maison Krawitch dans la négociation d’un contrat collectif. La Creuse syndicaliste de juillet 1936 annonça son élection au secrétariat de la Fédération des fonctionnaires.

Après avoir participé à la Résistance dans les maquis de la Creuse, Paul Pauly appartint en 1944 au comité local de Libération d’Aubusson et commença une carrière politique. Élu conseiller municipal socialiste d’Aubusson en avril 1945, il exerça les fonctions de premier adjoint au maire de la deuxième ville du département. Défenseur de l’Unité d’action entre socialistes et communistes et candidat unique des gauches dans le canton, il fut élu conseiller général de cette même ville en septembre, élu après avoir été candidat unique de la SFIO et du PCF (il fut réélu en 1949, 1955, 1961 et 1967). Paul Pauly accéda alors à la présidence de l’assemblée départementale qu’il devait diriger vingt-sept ans, de septembre 1945 à 1973. Avec la guerre froide, il devait garder sa présidence grâce à une entente entre socialistes et radicaux. Mais ses qualités personnelles lui permirent aussi de durer. En 1958, le préfet de la Creuse estimait que « sa bienveillance, sa serviabilité, son affabilité, sa simplicité » lui valent d’être élu « depuis 13 ans à la présidence du Conseil général où il dirige les débats avec patience et compréhension ». Il joua un rôle dans l’association nationale des présidents de conseils généraux, dont il était trésorier en 1956.

Paul Pauly échoua à deux reprises aux élections législatives, en juin et novembre 1946 (ou il figurait derrière Cerclier seul député SFIO). En dépit de ces échecs, le 8 décembre de la même année, le président du conseil général fut élu au Conseil de la République avec 57,7 % des suffrages. Son colistier, Gaston Chazette, était élu d’un canton rural. Pauly conserva son siège le 7 novembre 1948 dès le premier tour. Après la transformation du Conseil de la République en Sénat, il fut réélu à la haute Assemblée les 19 juin 1955, 26 avril 1959 et 23 septembre 1962 et, réélu une dernière fois en 1971, siégea jusqu’à sa mort au Palais du Luxembourg. Il était rapporteur spécial du budget des finances, de la comptabilité et membre de la commission de justice.

Paul Pauly ne prit pas part au vote des pleins pouvoirs au général de Gaulle le 1er juin 1958. Il soutint activement la candidature de Gaston Defferre en 1964. Il était à cette époque trésorier adjoint de l’Association des présidents de conseils généraux. À cette date, le préfet mettait en cause son autorité et sa capacité à diriger les débats, estimant qu’il vivait sur les acquis, affirmant que les critiques à son encontre étaient de plus en plus vives, même parmi ses camarades socialistes. Selon lui, il ne manquait jamais une occasion de manifester son hostilité vis-à-vis du gouvernement. En interne, dans la SFIO, Pauly était effectivement contesté par André Chandernagor qui souhaitait un changement de président. En 1970, ce dernier démissionna du secrétariat fédéral afin de protester contre la réélection de Pauly à la présidence de l’Assemblée départementale. Dans ses mémoires, André Chandernagor confirma son irritation de voir Paul Pauly tenir « à ses mandats électifs comme à la prunelle de ses yeux » (André Chandernagor, La liberté en héritage, Paris, Flammarion (Pygmalion), 2004, p. 264). Le conflit personnel se doublait d’un conflit politique : Pauly était favorable à l’Union de la gauche, Chandernagor très réticent.

Paul Pauly fut enfin maire socialiste d’Aubusson de mars 1965 à janvier 1973. Il quitta à cette date la direction de la mairie pour raisons de santé (en 1971, l’élection avait été annulée par le Conseil d’État, mais il fut très largement réélu à la partielle de janvier 1972). Il quitta à cette date la direction de la mairie pour raisons de santé officiellement. Le préfet évoquait lui le rôle joué en sous main par André Changernagor et écrivait : « En tout état de cause, ce premier abandon d’un mandat par le président Pauly est un fait politique important, en ce sens qu’il consacre l’effacement quasi total d’une génération d’hommes politiques, dont les conceptions conservatrices, malgré un vocabulaire parfois révolutionnaire, ont paralysé longtemps toute action de développement local ».

Lors de son décès, il était toujours sénateur de la Creuse et président du conseil général.
Il s’était marié le 1er avril 1929 à Camille Lavaud, avec laquelle il eut deux enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article125178, notice PAULY Paul [PAULY Claude, Gilbert dit Paul] par Claude Pennetier, Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Claude Pennetier, Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/7/15498 (n° 4090). F/1cII/108/B ; 111/B ; 255 ; 270 ; 284 ; 308 ; 703  ; F/1cIV/152 ; 19770359/19. - Sénat, Notices et Portraits 1963, Paris, Imprimerie nationale, mars 1963. —Arch. FJJ, dossier Loire-Atlantique. — Arch. Dép. Creuse, 1 M 201. — Le Monde, 29 juin 1973. — Fabien Conord, Rendez-vous manqués, la gauche non communiste et la modernisation des campagnes françaises, Presses Universitaires de Bordeaux, 2010, 376 p. — Renseignements recueillis par J.-L. Broilliard et J. Girault. — État-civil d’Aubusson.

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