PATRI Aimé, Albert, Georges. Pseudonyme : ARIAT André

Par Jean-Michel Brabant, Jean-Louis Panné

Né le 18 août 1904 à Monts-sur-Guesnes (Vienne), mort le 18 juillet 1983 à Paris (XIVe arr.). Professeur agrégé de philosophie ; syndicaliste CGTU puis CGT ; membre du Cercle communiste Marx et Lénine ; militant trotskyste puis socialiste.

Le père d’Aimé Patri était fonctionnaire et sa mère professeur de travaux d’art. Devenu lui-même professeur de philosophie à vingt-quatre ans, Aimé Patri fut reçu à l’agrégation en 1937 et resta enseignant jusqu’à sa retraite, en 1969. Il appartint successivement à la Fédération unitaire de l’Enseignement puis à la Fédération CGT. Après la Seconde Guerre mondiale, il appartint au syndicat national des enseignants du secondaire de la Fédération de l’Éducation nationale.

En 1926, alors qu’il était membre des étudiants communistes et qu’il participait à la direction de la revue Clarté avec Pierre Naville, il contribua à l’évolution oppositionnelle de la revue. En octobre 1927, membre du Cercle communiste Marx et Lénine de Boris Souvarine, il collaborait à son Bulletin communiste et, à la fin de 1928, fut élu à la commission exécutive du Cercle. C’est à cette époque qu’il se lia d’amitié avec Pierre Kaan. Suivant cependant l’évolution de Pierre Naville et de sa revue la Lutte de classes, il choisit de « marcher avec le Vieux [Trotsky] » lors de la polémique entre Souvarine avec Trotsky. Le 15 août 1929, il signa le manifeste aux ouvriers révolutionnaires publié dans le 1er numéro de la Vérité et quitta le cercle en septembre avec M. Collinet. C’est lui qui rendit compte du livre de Souvarine La Russie nue (Rieder, 1929), lui reprochant d’avoir fait « œuvre descriptive plutôt qu’explicative » (la Lutte de classes, avril 1930).

Devenu militant de la Ligue communiste fondée en avril 1930 à partir du noyau regroupé autour de la Vérité, il participa à la constitution de l’Opposition unitaire dont la direction de la Fédération de l’Enseignement représentait l’élément essentiel. Il s’opposa à la direction de la Ligue critiquant son attitude dans la grève des mineurs et sa politique syndicale. Il démissionna le 12 avril 1931, avec Michel Collinet, pour fonder la Gauche communiste qu’il anima jusqu’en avril 1933, date à laquelle il déclara, dans un texte rendu public, ne plus imaginer la possibilité d’un redressement de l’Internationale communiste. Début 1933, il prit contact avec P. Kaan et se rapprocha du Cercle communiste démocratique sans y adhérer.

Délégué au congrès de la Fédération unitaire de l’Enseignement de 1933 (Reims, 5-7 août), il soutint activement la majorité fédérale contre la direction de la Confédération animée par le Parti communiste. Au cours de l’été, il se rendit en Espagne avec Simone Weil. Sympathisant avec la revue Masses animée par René Lefeuvre, il y publia des articles de politique et philosophie (à partir du n°11, novembre 1933) et, dans le cadre des groupes d’études issus de la revue, donna des cours de sociologie.

Signataire le 5 mars 1934 du manifeste des intellectuels contre le fascisme, Aimé Patri rejoignit le Parti socialiste et fut de 1934 à 1938 secrétaire de la section de Péronne (Somme) où il enseignait. En août 1935, il participa à la conférence de Saint-Denis contre « l’Union sacrée » tenue à Saint-Denis en réaction au Pacte Laval-Staline et son approbation par le Parti communiste. Il collabora à Spartacus et Masses, revues de la Gauche révolutionnaire dont Collinet était l’un des leaders. Nommé à Tunis en 1938, il ne milita dans aucune organisation précise, mais envoya des articles à la revue de R. Lefeuvre, Masses (IIIe série).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Patri fut en relation avec le réseau Combat, en Tunisie, et rencontra Habib Bourguiba. De retour en France après la Libération, il termina sa carrière d’enseignant à Paris.

Aimé Patri renoua avec R. Lefeuvre et écrivit dans Masses, socialisme et liberté que ce dernier éditait. Il fut également rédacteur en chef de la revue bibliographique Paru et collabora à Critique, Preuves, les Cahiers du Sud. Parfait germaniste et collaborateur régulier du Contrat social fondé en 1957 par B. Souvarine, il y publia notamment un « Heidegger et le nazisme » où il souleva la question de l’attitude du philosophe et celle des équivoques de sa pensée (janvier-février 1962).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article125117, notice PATRI Aimé, Albert, Georges. Pseudonyme : ARIAT André par Jean-Michel Brabant, Jean-Louis Panné, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 23 août 2019.

Par Jean-Michel Brabant, Jean-Louis Panné

SOURCES : La Vérité, 1929-1931, 1933. — J. Rabaut, Tout est possible !, Paris, 1974. — G. Rosenthal, Avocat de Trotsky, Paris, 1975. — J.-P. Rioux, Révolutionnaires du Front populaire, Paris, 1973. — J. Pluet-Despatin, Les étapes du mouvement trotskyste de 1929 à 1944, Th., Paris V, 1975. — D. Glukstein, Les Mouvements oppositionnels au PC. (1924-1928), M. M., Paris VIII, 1976. — Le Contrat social. — J.-L Panné, « Le Cercle communiste démocratique », Boris Souvarine et la Critique sociale, La Découverte, 1990. — Témoignage autobiographique.

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