PASCRÉ Roger [CRÉPEAUX Roger, Laurent, dit]

Par Émeric Tellier

Né le 12 janvier 1912 à Paris (XXe arr.), mort le 11 décembre 1996 à Poissy (Yvelines) ; ingénieur ; secrétaire puis secrétaire général de la Fédération CGT des Industries chimiques, secrétaire général du Cartel confédéral des cadres CGT puis secrétaire de l’UGIC, membre de la commission exécutive de la CGT ; vice-président puis président de l’ICPS-FSM, membre du conseil général de la FSM ; membre de la commission nationale de la négociation collective, membre du Conseil économique et social.

Roger Crépeaux, fils de Laurent, Eugène Crépeaux (né en 1879), ébéniste et de Louise Nosbaum (née en 1879), ménagère puis vendeuse de bonbons, naquit au domicile de ses parents au 43 rue de la Plaine à Paris (XXe arr.).

Le jeune Roger grandit dans un milieu d’ébénistes. Il semble avoir été fortement marqué dans son éveil politique par un instituteur. Très bon élève, il aurait décidé de devenir chimiste lors d’une cérémonie à la mémoire de deux chimistes, victimes de radiations.

Après deux années préparatoires au lycée Arago à Paris (XIIe arr.), il intégra en 1929 la 48e promotion de l’École de Physique et Chimie Industrielles (EPCI) de la rue Vauquelin à Paris (Ve arr.), en même temps qu’Adolphe Bourrand, dit Andréjean, futur secrétaire de la Fédération des Industries chimiques.

Sa première expérience politique et syndicale semble intervenir durant sa scolarité. L’existence d’une cellule communiste au sein de l’école, sans être attestée, est fort probable. Parmi les fondateurs de l’Union fédérale des étudiants, organisation syndicale précurseur de l’Union des étudiants communistes de France, on retrouve en effet des anciens étudiants de l’EPCI (Georges Beyer, René Jugeau de la 43e promotion et Roger Houët de la 45e promotion). Ces derniers pourraient être à l’origine d’une polémique en 1928, après le dépôt d’une gerbe par une délégation d’étudiants se revendiquant de l’EPCI lors d’une commémoration organisée par le PCF devant le mur des Fédérés.

Durant ces années, il se lia également d’amitié avec Jean Pascal, qui serait à l’origine de son pseudonyme. Pascré serait ainsi la contraction de la première syllabe du nom de cet ami (Pas) et du sien (Cré). Tradition étudiante, témoignage d’amitié ou impératif militant ? Nul ne le sait. Mais toujours est-il qu’il signe sous ce pseudonyme dès 1935. Il supplanta son nom de famille jusqu’à sa mort, sans doute pour honorer la mémoire de son ami Pascal, mort en déportation.

Diplômé ingénieur en 1932, il adhéra à l’association des anciens élèves de l’EPCI, sans doute pour profiter de son service de placement. Il résidait alors chez ses parents, au 71 rue des Haies à Paris (XXe arr.).
Après avoir fait son service militaire, il trouva en 1934 un emploi à la Compagnie industrielle des pétroles à Frontignan (Hérault) où il retrouva son ami Jean Pascal qui occupait un emploi d’ingénieur. Il se syndiqua à la CGTU et fonda, avec quelques ouvriers, un syndicat. En tant qu’ingénieur, il adhéra à l’Union syndicale des techniciens et employés de l’industrie (USTEI), héritière de l’Union syndicale des techniciens de l’industrie, du commerce et de l’agriculture (USTICA) qui avait été constituée par Roger Francq en 1919. Il a sans doute aussi participé à la vie, alors particulièrement active, de la cellule locale du Parti communiste.

Cet activisme est certainement à l’origine de sa mutation dans le laboratoire de la CIP à Aubervilliers (Seine, Seine-Saint-Denis), avant son licenciement par suppression de poste en 1935. Il retrouva un emploi à la Société française des carburants à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis), avant d’être licencié une seconde fois, en 1936, pour ses activités syndicales. À la même époque, il devient secrétaire général non permanent d’une USTEI en crise depuis 1931.

Il épousa, le 18 juin 1935, une chimiste-biologiste d’origine roumaine, Gisèle Gurvitz, de huit ans son aînée, à Paris (XIXe arr.). Ils s’installèrent au 16 rue Richomme à Paris (XVIIIe arr.) puis au 3 villa Gagliardini à Paris (XXe arr.).

Acteur attentif des grèves de juin 1936, il souligna très tôt l’importance des conventions collectives pour les « collaborateurs » (employés, techniciens, agents de maîtrise) et pour les ingénieurs.

En 1936, il est élu secrétaire permanent du Syndicat des techniciens, employés et assimilés des industries chimiques et connexes de la région parisienne, organisation qu’il a contribué à créer, avec Victor Renelle et Andréjean en 1935. Celle-ci regroupe alors près de 5 000 syndiqués.

Il est délégué de la Fédération des Industries chimiques au XXXIe congrès de la CGT (Nantes, 14-17 novembre 1938). Il accéda à la commission exécutive et au bureau exécutif de la Fédération lors du XIVe congrès fédéral en 1938. Le 27 janvier 1939, il créa, avec Andréjean et Victor Renelle, le Syndicat national des ingénieurs et chefs de service des industries chimiques, qui devient le SNICIC après-guerre.

Mobilisé en septembre 1939, il fut exclu le 31 octobre 1939 de la Bourse du travail de Paris pour avoir refusé de désavouer le pacte germano-soviétique. Il est fait prisonnier le 21 juin 1940 et enfermé dans un camp de Pologne durant toute la guerre.

Rentré en France à la fin du mois de mai 1945, il est provisoirement hébergé, avec sa femme, chez ses parents, avant de déménager, en 1949, au 58 rue Saint-Blaise à Paris (XXe arr.).

Militant communiste convaincu, il privilégia toutefois son engagement syndical. Son élection comme grand électeur à Paris (Xe arr.) sur la liste communiste aux élections pour le Conseil de la République du 24 novembre 1946 fut ainsi exigée par la période. D’appréciation policière, Roger Pascré « est connu pour son activité syndicale, mais n’attire pas l’attention sur le plan politique. »

Dès son retour, il accepta donc d’importantes responsabilités syndicales, tant au sein de la fédération qu’à l’échelon confédéral.

Secrétaire de la Fédération des Industries chimiques, il prit en charge la gérance du mensuel fédéral La Voix des Industries Chimiques à partir de décembre 1945. Il assura également la présentation des rapports d’orientation aux congrès de 1946 et 1948.

Il fut surtout la cheville ouvrière du rassemblement, au sein des fédérations syndicales, des ingénieurs avec les autres catégories de personnel. Il devint ainsi secrétaire du Syndicat national des ingénieurs et cadres des Industries chimiques (SNICIC), reconstitué lors du congrès des 28-29 juillet 1945, salle des sociétés savantes à Paris (VIe arr.).

En mars 1945, il fut désigné délégué titulaire au Cartel confédéral des cadres, précurseur de l’Union générale des ingénieurs, cadres (UGIC). Preuve de son autorité en la matière, il en occupa le poste de secrétaire général dès mars 1946. Il assista, en cette qualité, à de nombreux congrès et conférences et prit part, avec Andréjean, à la négociation du régime complémentaire des cadres – l’AGIRC – signé le 14 mars 1947.

À l’occasion du congrès de fondation de l’UGIC en avril 1948, il assura la représentation de l’organisation à la commission administrative confédérale, tandis qu’Andréjean assuma le secrétariat général. Il resta membre du secrétariat de l’UGIC jusqu’en 1962. À cette date, il représentait l’UGIC au conseil d’administration de l’AGIRC avec Jean Mises. Il est de ceux qui, en 1961, ont impulsé la relance et la transformation de l’UGIC en UGICT.

En 1958, il succéda à Édouard Finck et devint secrétaire général de la Fédération des Industries chimiques. Il occupa cette fonction jusqu’en 1978, date de son départ en retraite, et laissa la place à Jean Vincent. En 1959, il est élu à la commission administrative de la CGT. Il y siégea jusqu’en 1969, avant d’accéder à la commission exécutive jusqu’en 1975.

Ses compétences en matière de négociation collective furent mises à contribution. Il représenta ainsi la CGT au Conseil économique et social de 1947 à mars 1951. Il ne fut pas confirmé dans cette fonction lorsque la représentation de la CGT passa de 25 à 13 personnes lors du renouvellement de l’assemblée. Il représenta également la confédération à la Commission supérieure des conventions collectives, de sa création par la loi du 11 février 1950 aux dernières années de sa vie. Participant aux débats avec le gouvernement et le patronat sur le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) et sur le pouvoir d’achat des budgets de base de salariés, les « budgets types », inspirateur de la revendication de barème des salaires garantis, il fut un spécialiste reconnu, comme en témoigne l’apparition de son nom dans les annotations du Code du travail.

À de nombreuses reprises, il intervint à l’université de Nanterre, à l’Association française de droit du travail et de la sécurité sociale (AFDTSS) ou à l’Institut national du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (INTEFP).

Après son départ du secrétariat général en 1978, il devint membre du secteur confédéral Politique et actions revendicatives en tant que collaborateur bénévole en charge de la négociation collective. Demeurant au 7 rue Degas, Paris (XVIe arr.) depuis 1956, il poursuivit son engagement communiste et assista aux réunions de la cellule Jacques Bachter à Paris (XVIe arr.).

Polyglotte, Roger Pascré maîtrisait l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’italien et parlait également le russe. Cette faculté facilita grandement les discussions au sein de l’Union internationale des syndicats des industries chimiques du pétrole et similaires (UIS-ICPS) de la Fédération Syndicale Mondiale (FSM), dont il fut vice-président de 1959 à 1968 et président de 1968 à mai 1979. Il intégra aussi le conseil général de la FSM lors du congrès syndical mondial de 1969 (Budapest, Hongrie) et le quitta en 1978. À son actif, il faut mentionner l’organisation de la première conférence anti-monopolistique des travailleurs du pétrole de la Méditerranée, de la mer Noire et du Moyen-Orient à Alger en avril 1968 et l’adoption de la Charte sur la protection de l’homme au travail et de son environnement face aux activités industrielles dite Charte de Tarnow (Pologne) en 1975.

Il a enfin participé à de nombreuses reprises aux travaux de l’Organisation internationale du travail (OIT). Il était ainsi présent aux 66 et 67e conférences internationales du travail (1980-1981) sur la promotion de la négociation collective.

Roger Pascré fut inhumé, après un hommage fédéral et confédéral, le 17 décembre au Père-Lachaise.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article125025, notice PASCRÉ Roger [CRÉPEAUX Roger, Laurent, dit] par Émeric Tellier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 21 mai 2019.

Par Émeric Tellier

OEUVRE : Les moissons de la Liberté. 1944, 1945, 1946, Montreuil, VO Éditions, 1994, 94 pages.

SOURCES : Annuaire... 1947..., op. cit. — Notice DBMOF, par Michel Dreyfus. — Georges Hervo, Georges Seguy, François Duteil, « Hommages à Roger Pascré », Arch. de la CGT, Centre confédéral d’archives. — Arch. IHS. — Arch. IHS FNIC. — Arch. IHS UGICT. — Arch. PPP. — l’Humanité. — Bulletin mensuel de l’association amicale des anciens élèves de l’EPSCI. — Droit ouvrier, janv. 1997. — Dominique Andolfatto, Le personnel dirigeant..., op. cit. — Elyane Bressol (dir.), La place et les actions de la CGT dans le monde (1945-2000), IHS-CGT. — Marc Descottes, Jean-Louis Robert, Clefs pour une histoire du syndicalisme cadre, Éditions ouvrières. — Marc Descottes, Georges Pruvost, Guy Scat, La CGT et les cadres (1936-1992), CCEES. — Claude Didry, « La convention collective de 1936 », in Cahiers de l’IRT Aix-en-Provence, 2001. — Roger Faligot, Rémi Kauffer, Service B, Fayard. — État civil.

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