PARIJANINE Maurice (DONZEL Maurice dit)

Par Nicole Racine

Maurice Donzel prit le pseudonyme de Parijanine (le « Parisien », en russe) en 1920, à son retour de Russie où il avait vécu les premières années de la Révolution. Né d’un père petit employé originaire de Nîmes et d’une mère issue d’une famille paysanne du Cambrésis, tôt orphelin, souffrant dès l’enfance d’une coxalgie, il fit ses études à l’école de Saint-Nicolas du Chardonnet d’où il fut exclu pour anticléricalisme, puis à l’école Saint-Bernard de Troyes. Pour gagner sa vie il dut s’improviser correcteur. En 1907, à vingt et un ans, il partit pour la Russie et fut professeur au lycée de Kalouga puis lecteur à l’Institut français de Moscou. Il épousa la sœur de l’écrivain B. Zaitsev. Il entreprit des recherches sur le slavon. Esprit curieux, épris d’art moderne et de littérature, il ne s’intéressait pas encore à la politique. Son premier recueil de prose et poésie, Le Musée d’un jeune esprit (1911) parut chez Figuière. Il se trouva de nouveau en Russie, au moment de la Révolution mais ne fut pas alors favorable aux bolcheviks, auxquels il ne se rallia que quelque temps plus tard. En 1918, il travailla à la section théâtrale du Commissariat à l’instruction publique, sous la direction de Olga Kameneva, sœur de Trotsky. Il s’occupait du choix des pièces du répertoire pour le jeune théâtre révolutionnaire ; il rédigea un mémoire sur le théâtre de la Révolution française et traduisit en russe « Théroigne de Méricourt » de Paul Hervieu, montée par Meyerhold au théâtre de la Révolution (la pièce jugée trop « girondine » d’après Parijanine fut un échec). H. Guilbeaux le fit nommer en 1920 rédacteur en chef du Bulletin français de l’Internationale communiste, il connut alors les membres de la petite colonie française qui travaillait pour l’Internationale, comme Pierre Pascal. A Petrograd, il rencontra Victor Serge qui lui confia des traductions pour l’Internationale communiste, ainsi que celle de Terrorisme et Communisme de Trotsky. Parijanine était alors sympathisant mais non communiste ; pour cette raison H. Guilbeaux lui conseilla de rentrer en France avec un groupe de Français qu’il se chargea de faire rapatrier fin 1920. Parijanine resta fidèle à Guilbeaux, participa en 1924 à la campagne en faveur de sa réhabilitation, en 1926, au comité pour son retour en France, ainsi qu’au numéro des Humbles publié après son acquittement (février-mars 1933).

A Paris, Parijanine collabora à l’Humanité où il seconda Marcel Martinet, directeur littéraire du quotidien communiste (1921-1924), dans la confection de la page « La vie intellectuelle », conçue sans sectarisme avec des hommes cultivés comme Georges Chennevière et Jacques Mesnil. Cependant la conception de la page intellectuelle de l’Humanité fut critiquée par la direction du parti. Après le départ de Martinet, cette page resta en butte aux critiques du Bureau politique. Parijanine resta pourtant chargé des traductions russes et de la critique dramatique où on le relégua en 1926. Durant l’été 1924, suite à l’assassinat du député socialiste italien G. Matteotti, il fit un reportage en Italie qui fut publié sous le titre « Dans l’enfer mussolinien » par l’Humanité en juillet et août. Passé peu à peu à l’opposition, il fut chassé de l’Humanité et en 1928 il rejoignit la revue les Humbles de Maurice Wullens.

Membre actif du comité directeur de la revue Clarté (1921-1925), il y traduisit de nombreux textes d’auteurs soviétiques, par exemple « La faillite de l’humanisme » d’Alexandre Blok (mai 1922), « La crise de la culture bourgeoise » de Boukharine (mars 1923), « La révolution et les intellectuels » et « Le peuple et les intellectuels » de Blok (mars et avril 1925). Il donna dans Clarté la première traduction en français de romanciers comme Boris Pilniak (« Riazan-la-Pomme », en 1923). Mis à l’écart de Clarté en 1925 avec l’arrivée des surréalistes, il continua à collaborer à l’Humanité, gagna sa vie en 1925 comme rédacteur à La Vie économique des Soviets. Il publia un roman La fausse mariée ou le moulin sur l’Oprane, manifestant sa connaissance de l’âme russe ; il traduisit des œuvres de romanciers soviétiques, choisis pour leur valeur artistique, comme des textes d’Ivan Bounine, Cavalerie rouge de Babel paru chez Rieder ; en 1927, Le Torrent de fer d’Alexandre Serafimovitch parut en feuilleton dans l’Humanité. Il traduisit aussi La Défaite d’Alexandre Fadeïev en 1929 aux Éditions sociales internationales et Les Blaireaux de Léonid Leonov.

D’après une lettre à Marcel Martinet, il aurait pris sa carte du Parti communiste à la 5e section en 1923. Le nom de Maurice Parijanine allait être attaché à celui de Trotsky dont il se fit le traducteur, mais Parijanine n’adhéra à aucune organisation trotskyste. Il traduisit le Lénine de Trotsky, les trois volumes de l’autobiographie de Trotsky, Ma vie : cette traduction et notamment les notes qui l’accompagnaient irrita Trotsky qui chargea même Gérard Rosenthal de faire un procès aux éditions Rieder qui durent les supprimer dans les deux derniers volumes. Il traduisit également son Histoire de la Révolution russe. Il participa aux campagnes en faveur du révolutionnaire exilé notamment à celle des Humbles en mai-juin 1934 contre son expulsion de France.

A partir de 1929, il fut associé de très près à la direction de la revue les Humbles, signant une rubrique avec Maurice Wullens intitulée « Les deux Maurice ». Il anima avec Wullens les campagnes contre la bureaucratisation du parti, la répression contre les militants de l’opposition, le stalinisme. Citons aussi les campagnes contre H. Barbusse en 1930, celle sur l’affaire Ghezzi, et naturellement les campagnes contre les procès de Moscou en 1936 (« Dossier des fusilleurs », septembre-octobre 1936).

Maurice Parijanine qui s’intéressait aux questions de la littérature prolétarienne, répondit à l’enquête de Monde lancée par H. Barbusse en 1929-1930 ; il était proche des idées de Trotsky sur cette question. La revue les Humbles s’opposa aux thèses sur la littérature prolétarienne défendues à la conférence de Kharkov en 1930 et publia en juillet-août 1932 une interview de Trotsky sur la littérature prolétarienne, réalisée à Prinkipo par Parijanine (republiée in Trotsky, Littérature et révolution, préface de M. Nadeau, 1964).

Chômeur, Maurice Parijanine mourut dans un hôtel d’Issy-les-Moulineaux en octobre 1937. La revue les Humbles lui consacra son dernier numéro en août-décembre 1939.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article124895, notice PARIJANINE Maurice (DONZEL Maurice dit) par Nicole Racine, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 14 mai 2015.

Par Nicole Racine

ŒUVRE CHOISIE : La fausse mariée ou le moulin sur l’Oprane, Rieder, 1927. — « Des Français en Russie. Quelques souvenirs sur la Révolution russe (1919-1920) et sur notre ami Henri Guilbeaux », Les Humbles, août-septembre 1931. — Traductions citées et traductions de : Lénine et Zinoviev, Contre le courant, 2 vol., Bureau d’éditions, 1927 ; L. Trotsky, 1905, Libr. de l’Humanité, 1923 ; ibid., Ma vie, 3 vol., Rieder, 1930 ; ibid., Histoire de la Révolution russe, t. I à IV, Rieder, 1933-1934 [réédition revue et corrigée par A. Rosmer, Le Seuil, 1950] ; ibid., Vie de Lénine. I. Jeunesse, Rieder, 1936.

SOURCES : Arch. PPo. B/A1 1707. — Les Humbles « A Maurice Parijanine » , août-décembre 1939 (témoignages de M. Martinet, J. Mesnil, A. Rosmer, V. Serge, M. Wullens ; ICONOGRAPHIE). — Correspondance de Maurice Parijanine à Marcel Martinet, Bibl. Nat., fonds M. Martinet ; lettre de M. Parijanine à J.-R. Bloch (25 septembre 1925), Bibl. Nat., fonds J.-R. Bloch. — H. Guilbeaux, Du Kremlin au Cherche-Midi, Gallimard, 1933. — Michèle Chevalier, Les Humbles (Revue littéraire des Primaires) 1919-1939. En marge du syndicalisme révolutionnaire, M M., Paris I, CRHMSS, 1973. — G. Rosenthal, Avocat de Trotsky, R. Laffont, 1975, 330 p. — J.-P. Morel, Le roman insupportable. L’internationale littéraire et la France (1920-1932), Gallimard, 1985. — Notes de M. Dreyfus.

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