PARAF-JAVAL Georges, Mathias (pseudonyme Péji)

Paraf-Javal, israélite d’origine alsacienne, fut une figure originale, assez controversée, du mouvement libertaire.

Il fit ses premières armes en prenant une part active à l’Affaire Dreyfus, puis, en 1899, il commença à se faire connaître par ses conférences et ses articles. Il signait alors Péji, des deux premières lettres de son nom composé.

En 1900, il fit la connaissance de Libertad* auquel le lia durant plusieurs années une exubérante amitié ; il commença alors à fréquenter les milieux anarchistes et y milita activement. Pendant un an il donna des causeries bimensuelles sur le thème « L’organisation du bonheur », au cours desquelles il développait ses théories sur le « transformisme universel ». Paraf-Javal chercha un local approprié ; ce fut le début des « Causeries populaires » dont le siège fut notamment rue Muller, XVIIIe arr., et cité d’Angoulême, XIe arr.

Paraf-Javal se dépensait en conférences et ses brochures étaient largement diffusées. En 1902, il figura parmi les fondateurs d’une colonie anarchiste. Avec E. Armand, Zisly, M. Kugel, F. Prost, G. Deherme, etc., il constitua même une société pour la création et le développement d’un « Milieu libre ». En décembre de la même année, il fonda avec H. Beylie, Libertad, Janvion et Yvetot la « Ligue antimilitariste ». Paraf-Javal et Libertad, qui ne préconisaient que la désertion, abandonnèrent la Ligue après le congrès antimilitariste d’Amsterdam de juin 1904.

Pendant toute cette période, Paraf-Javal collabora à certains journaux anarchistes. De 1899 à 1907, il représenta le courant antisyndicaliste au Libertaire. Il publia en mars-avril-mai-juin 1904 une série d’articles sur « L’absurdité syndicale et coopérative ». On peut y lire : « Les élections contribuent à la fabrique de l’autorité, c’est-à-dire font durer l’autorité ; les syndicats s’efforcent de rendre moins intolérables les rapports entre patrons et ouvriers, c’est-à-dire font durer le patronat ; les coopératives contribuent à faire concurrence au commerce, c’est-à-dire font durer le commerce. »

Paraf-Javal collabora aussi à l’Anarchie, hebdomadaire fondé par Libertad et dont le premier numéro parut le 13 avril 1905.

Mais les relations allaient se dégrader entre les deux amis et ce fut bientôt la rupture. Paraf quitta les « Causeries populaires » pour fonder avec quelques camarades le « Groupe d’Études scientifiques » (en abrégé GES). De véritables bagarres éclatèrent entre les deux groupes rivaux, bagarres dont on affirme même qu’elles firent parfois des morts. Cet état de choses dura jusqu’à la disparition des « Causeries populaires ». En 1907, le 15 mars, Paraf fit paraître à Lille le journal L’Entraide qui n’eut, semble-t-il, qu’un numéro (cf. Arch. Dép. Nord RM 4 175/3).

Le 1er octobre 1909, le GES s’installa, 14, rue Blomet, dans le XVe arr. Un bulletin imprimé bimensuel fut publié, dont le premier numéro parut le 15 juin 1910. Ce bulletin dura jusqu’en 1919. Y furent publiés des extraits de brochures de Paraf-Javal. La partie propagande était consacrée au « nettoyage », en vue d’éliminer les faux anarchistes, à savoir, entre autres, Libertad, Lorulot, Mauricius, E. Giraud, J. Grave, Matha, du Libertaire, Hervé... Ceux-ci, bien sûr, ne manquèrent pas de répliquer.

Ce fut vers les années 1910 que Paraf-Javal adhéra à la Franc-Maçonnerie. La plupart des membres du GES se firent aussi initier et furent ainsi majoritaires dans une loge de Paris « La Montagne », dont Paraf-Javal allait devenir Vénérable Maître. Il créa un petit journal, L’Ami de la Vérité.

Après la Première Guerre mondiale, Paraf-Javal prit la succession de son fils aîné, tué à la guerre, à la librairie Mathias, 7, rue de Maubeuge, et recommença ses causeries et conférences, organisées en commun par la loge « La Montagne » et le GES.

Vers les années 1930, Paraf-Javal constitua une nouvelle organisation maçonnique : La Grande Loge de France, Franc-Maçonnerie Universelle Rénovée, qui publia, en mars 1932, en commun avec le GES, un manifeste au monde. Ce manifeste, qui reprend les idées essentielles de Paraf-Javal, peut être résumé ainsi :

I. — Il faut apprendre à distinguer les besoins naturels des besoins factices (perversions). Les premiers doivent être satisfaits, les seconds éliminés.

2. — Ces besoins naturels rationnellement classés par Paraf-Javal sont : besoin de nutrition ; besoin alternatif de mouvement et de repos ; besoin de protection contre l’ambiance ; besoins sexuels ; besoins intellectuels et moraux ; besoins artistiques ; besoins sociaux et affectifs.

3. — Pour satisfaire ces besoins naturels, il suffit alors de déterminer les mouvements bons (ceux qui correspondent à la satisfaction des besoins naturels) et écarter, éliminer les mouvements mauvais (ceux qui empêchent cette satisfaction). Pour Paraf-Javal, seul l’anarchisme « scientifique » qui découle de ce qui précède (classement rationnel des besoins naturels et pratique des « mouvements bons » pour les satisfaire) est valable, c’est pourquoi tous les autres groupements doivent être supprimés et remplacés par des GES.

Les jugements portés sur Paraf-Javal par les anarchistes furent assez divers. Victor Méric le qualifia « d’intéressant loufoque ». Quant à Jean Grave, il écrivait à son sujet : « Était-il détraqué ? Jouait-il à l’être ? Je pencherai pour la dernière hypothèse... »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article124836, notice PARAF-JAVAL Georges, Mathias (pseudonyme Péji) , version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 4 septembre 2012.

ŒUVRE : Se reporter à Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste... op. cit.., et à René Bianco, CIRA, n° 21, pp. 22-24.

SOURCES : Arch. PPo., répertoire A-Z, affaire Caby (décembre 1911). — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste... op. cit.. — René Bianco, CIRA, bulletin n° 21, automne 1970. — J. Polet, L’anarchisme dans le département du Nord, 1880-1914, DES Lille, 1967. — L Campion, Les Anarchistes dans la Franc-Maçonnerie, Marseille, 1969.

ICONOGRAPHIE : CIRA, n° 21, op. cit..

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