PARAF Pierre, Simon

Par Nicole Racine

Né le 6 décembre 1893 à Paris. Mort le 18 mai 1989 à Paris. Écrivain, journaliste. Vice-président de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA) fondée en 1929 ; vice-président, président (1962) et président d’honneur (1980) du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix (MRAP) fondé en 1949, devenu Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples

Issu d’une famille de la bourgeoisie intellectuelle juive (alsacienne par son père Émile Paraf, ingénieur des Mines, bordelaise par sa mère, Inès Sourdis), Pierre Paraf fut marqué par le souvenir de l’Affaire Dreyfus alors qu’il était élève au lycée Condorcet. Il poursuivit ses études à la Sorbonne (licencié ès lettres en 1911), à la faculté de droit où il obtint une licence en droit en 1913 et un doctorat de droit en 1914. A la mobilisation, exempté de service militaire, Pierre Paraf fut nommé chef de cabinet du préfet du Puy-de-Dôme. Cette même année 1915, il s’engagea volontairement ; son régiment, le 92e RI, fut envoyé à Verdun, rive gauche, puis dans la Somme. Il fut décoré de la Croix de guerre et de la Médaille de Verdun. Évacué à la fin de 1916, il fut chargé de du transfert des populations des villages bombardés. Pierre Paraf a transmis littérairement son expérience de la guerre en 1916 dans Sous la terre de France (poèmes et prose), paru en mai 1917, chez Payot. « Ce petit livre — écrit Norton Cru dans Témoins — ne constitue pas des souvenirs dans le sens ordinaire, ceux qui racontent une campagne ; mais ce sont bien des souvenirs de faits psychologiques ce qui n’est pas moins important. » Pierre Paraf resta fortement marqué par la guerre. Il fit partie de l’Association des écrivains combattants née au lendemain de la guerre. Admirateur de Henri Barbusse et de son roman Le Feu qu’il lut, dès sa parution, en feuilleton dans l’œuvre en 1916, il devint, après la mort de celui-ci en 1935, secrétaire général de l’Association des amis de l’écrivain, puis président de cette association reconstituée en 1961, et exécuteur testamentaire de Barbusse.

En 1923, il publia sa thèse de doctorat, une étude sur le syndicalisme pendant et après la guerre. Après avoir été chef adjoint du cabinet du Haut-Commissaire de l’Habitation en 1926, Pierre Paraf fut chargé par Mario Roques, directeur du bureau de Paris du Bureau international du travail, de faire un rapport sur le logement en France. Comme de nombreux anciens combattants de sa génération, il voulut travailler à la réconciliation franco-allemande et fit partie de l’équipe de jeunes intellectuels de gauche réunie par Jean Luchaire, fondateur de l’hebdomadaire Notre temps en 1927. Dès la création de la Ligue internationale contre l’antisémitisme par Bernard Lecache en 1929, il appartint au comité de cette organisation dont il devint rapidement vice-président.

Bien qu’incroyant, attaché à l’héritage humaniste du judaïsme, il collabora à la presse juive et participa à la direction de la Revue littéraire juive qui parut de 1927 à 1931. Il s’intéressa à l’histoire du judaïsme et au problème de la Palestine (Israël 1931). A partir de 1929, il se consacra au journalisme et devint directeur littéraire de la République d’Émile Roche, avec un article quotidien, « La République des Lettres » ou « Aux écoutes du monde ». Pierre Paraf collabora aussi à de nombreux journaux et revues comme le Petit Parisien, la Nouvelle Revue, la Revue mondiale ; il appartint au comité de rédaction d’Europe. En mai 1936, Pierre Paraf entra à la radio en même temps que Pierre Brossolette ; il assura à Radio-Paris la chronique de 20 heures chaque soir, la revue de presse chaque matin, ainsi que de nombreuses émissions littéraires qui lui valurent, comme à P. Brossolette, de vives attaques de Gringoire et de l’Ami du peuple. Il fut élu, avec Louis Vallon et P. Brossolette, membre de Radio-Liberté.

En octobre 1931, Pierre Paraf effectua son premier reportage en URSS, après un séjour de quatre mois à Moscou et à Léningrad. Il publia une partie de ses impressions dans la République, puis la totalité de son témoignage, grâce à Victor Margueritte, chez Flammarion, sous le titre choisi par l’éditeur, Les Russes sont-ils heureux ? Il se montrait un spectateur sympathique de l’expérience soviétique. A la suite de ce voyage, H. Bonnet, directeur général de l’Institut de coopération intellectuelle, lui confia la mission d’étudier les relations culturelles franco-soviétiques. Pierre Paraf appuya le Pacte franco-soviétique de 1935 et se montra toujours partisan de l’amitié entre les deux pays. Il effectua d’autres reportages pour la République et le Petit parisien, au Danemark, berceau de la famille de son épouse (il s’était marié le 16 janvier 1921 à Anne-Mathilde Dons-Kaufmann, belle-fille de Max Nordau, traductrice de H. C. Andersen), en Norvège, en Tchécoslovaquie, en Autriche après l’assassinat de Dollfuss, en Yougoslavie (voir Clartés d’Europe). Il écrit dans ses mémoires que le Pacte germano-soviétique lui causa un profond malaise et que s’il en comprit plus tard les motifs, il ne l’approuva pas pour autant.

Mobilisé en septembre 1939, il partit en octobre aux armées. Replié à Brive, il fut accueilli au foyer d’Edmond Michelet et écouta avec lui l’appel du général de Gaulle. En septembre 1940, le gouvernement de Vichy le congédia de son poste à la radio. Replié avec sa femme et sa fille sur la côte méditerranéenne, P. Paraf continua la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Il collabora à l’ORT (échappant au contrôle de l’UGIF, Union générale des israélites de France qui s’efforçait de ménager le gouvernement de Vichy et l’occupant) qui avait créé en de nombreux pays un réseau d’écoles se voulant des foyers d’accueil pour les enfants de familles d’émigrés ; il donna des cours dans des établissements scolaires de zone sud, (à Marseille, Toulouse, Limoges, Montpellier) et certains camps d’internement. Après l’invasion de la zone sud, l’ORT se fixa à Grenoble dans la zone italienne et P. Paraf s’établit dans l’Isère. Il coopéra avec le Mouvement national contre le racisme (MNCR) à Lyon et à Grenoble et collabora à Fraternité, organe du mouvement en zone sud. Justin Godart, membre du Comité directeur du Front national de zone sud, lui confia la rédaction en chef du Patriote clandestin de Lyon. En septembre 1944, appelé par Yves Farge, il reprit le micro à la radio de Lyon. Il retrouva sa place à la radiodiffusion avec sa chronique quotidienne du soir, créa l’émission « Ce soir en France », donna de nombreuses émissions dramatiques, des reportages, notamment en Afrique noire. Il assista comme reporter du Parisien libéré à la Conférence des quatre ministres des Affaires étrangères à Moscou (mars 1947) ; son témoignage fut celui d’un sympathisant du régime soviétique. Après 1947, les attributions de Pierre Paraf à la radio furent restreintes. On lui confia la direction des relations extérieures puis celles des chroniques pour l’étranger.

Pierre Paraf resta à la LICA après 1945, cumulant sa vice-présidence avec la qualité de membre du comité d’honneur du MRAP (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix) fondé en 1949 par des personnalités communistes et progressistes. Mais la guerre froide rendit impossible cette double appartenance et Pierre Paraf quitta la LICA. Après avoir assuré les fonctions de vice-président du MRAP, il succéda à Léon Lyon-Caen, fut élu président en janvier 1962 et promu à la présidence d’honneur en mars 1980. Sans avoir jamais adhéré à un parti politique, Pierre Paraf appartint à de nombreux groupements se situant dans la mouvance communiste ; il faisait figure de compagnon de route à la direction du Secours populaire français, au comité directeur du Centre national des écrivains, au Mouvement de la paix, à France-Pologne ou à la coprésidence de France-Bulgarie. Il voyagea dans les démocraties populaires, dès 1949 en Bulgarie, en 1956 en Roumanie ; il leur consacra un ouvrage en 1962. Il s’intéressa aussi à l’éveil des peuples d’Afrique, continent dans lequel il donna de nombreuses conférences pour l’Alliance française. Attaché au destin d’Israël, il y effectua un voyage en 1953 ; membre de l’Association France-Israël, il assuma la direction en chef du mensuel Amitiés France-Israël fondé en 1953 et consacra plusieurs ouvrages à l’État d’Israël. Pierre Paraf se préoccupa inlassablement de lutter contre les différentes manifestations du racisme dans le monde, aussi bien au sein du MRAP devenu Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, que par des ouvrages de synthèse, de vulgarisation, des textes pour les enfants ; son livre le Racisme dans le monde, paru en 1964, connut six autres éditions mises à jour, mais P. Paraf ne mentionna un antisémitisme d’État en URSS que dans celle de 1972.

On ne saurait évoquer l’activité de P. Paraf sans rappeler la part qu’il prit à la défense de la mémoire d’Henri Barbusse, à la réédition des ouvrages qui l’avaient marqué, jeune combattant, Le Feu et Clarté, à l’organisation avec l’aide de l’ARAC de manifestations comme le pèlerinage littéraire au musée d’Aumont et le rassemblement en septembre au Père-Lachaise.

A l’âge de quatre-vingt quatorze ans, Pierre Paraf publia son dernier livre, Mes rendez-vous avec mon siècle. Il était père d’une fille, Liliane, épouse de Georges Brissac, décédée en 1972.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article124835, notice PARAF Pierre, Simon par Nicole Racine, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Nicole Racine

ŒUVRE CHOISIE : Sous la terre de France, Payot, 1917, 196 p. — Les Formes actuelles du syndicalisme en France, thèse pour le doctorat, Éditions de « la Vie universitaire », 1923, 258 p. — La Nouvelle loi sur les loyers, E. Parmentier, 1926, 96 p. — Anthologie du romantisme, A. Michel, 1927, 318 p. — Quand Israël aima, La Renaissance du livre, 1929, 246 p. — Israël, 1931, Valois, 1931, 393 p. — Les Russes sont-ils heureux ? Flammarion, 1932, 211 p. — Clartés d’Europe, Corrëa, 1935, 278 p. — L’Information, hier, aujourd’hui, demain, Bourrelier, 1946, 112 p. — Israël dans le monde, Flammarion, 1947, 305 p. — Retour de la Conférence de Moscou, Paris, Les Échos, 1947, 27 p. — L’Ascension des peuples noirs, le réveil politique social et culturel de l’Afrique au XXe siècle, Payot, 1958, 236 p. — L’État d’Israël dans le monde, Payot, 1958, 229 p. — Les Démocraties populaires : Albanie, Bulgarie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, République démocratique allemande, Payot, 1962, 229 p. — Le Racisme dans le monde, Payot, 1964, 237 p. (6e édit. revue et mise à jour 1981, 242 p.). — Les luttes contre le racisme, Martinsart, 1971, 249 p. — La France de 1914 : le passé et l’avenir nous parlent, Édit. du Sorbier, 1981, 167 p. — Mes rendez-vous avec le siècle, Messidor, 1988, 217 p.

SOURCES : Arch. PPo. classement provisoire 349 (LICA). — Qui est-ce ? Ceux dont on parle, Éditions de la Vie moderne, 1934. — J. Norton Cru, Témoins, essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants, édités en français de 1915 à 1928, Les Étincelles, 1929, 731 p. — Who’s who in France ? 1957-1958, J. Laffitte. — Lettres de P. Paraf du 23 mai 1973 et du 22 novembre 1982.

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