PANCHOT Julien, Baptiste, Pierre ["Prosper" dans la clandestinité]

Par André Balent

Né le 16 avril 1901 à Canohès (Pyrénées-Orientales) ; fusillé après avoir été blessé au combat le 2 août 1944 à Valmanya (Pyrénées-Orientales) ; paysan ; militant communiste ; volontaire des Brigades internationales en Espagne ; organisateur des FTPF dans les Pyrénées-Orientales.

Ruines de la cité minière de la Pinosa (1360 m), commune de Valmanya. Plaque commémorant l’exécution sommaire (2 août 1944) par les Allemands de Julien Panchot (1901-1944), un des chefs du maquis Henri-Barbusse (FTPF)
Ruines de la cité minière de la Pinosa (1360 m), commune de Valmanya. Plaque commémorant l’exécution sommaire (2 août 1944) par les Allemands de Julien Panchot (1901-1944), un des chefs du maquis Henri-Barbusse (FTPF)
Cliché : André Balent, 4 juillet 2017

Second des frères Panchot (Voir, Panchot Aristide, Panchot Barthélemy), Julien, joua avant 1939 un rôle politique moins important que son aîné Barthélemy Panchot. Toutefois son action résistante pendant l’Occupation et, surtout, les circonstances de sa mort firent de lui un héros. Sa mémoire est entretenue par les artères (dont une des principales avenues de Perpignan et des rues dans onze autres communes du Roussillon) qui portent son nom. Une école de sa commune natale, Canohès, porte son nom.

En 1921, Julien Panchot quitta Canohès pour effectuer son service militaire dans la Marine. Il adhéra au Parti communiste dès son retour. Mais bientôt il rejoignit son frère Barthélemy en Tunisie. Pendant les quelques mois qu’il y résida, il milita dans les rangs du Parti communiste tunisien. Revenu à Canohès vers 1926, il y devint un de ses militants les plus actifs sans occuper un poste de responsabilité.

Volontaire dans les Brigades internationales, il devait par la suite œuvrer très efficacement dans le cadre du comité d’aide à l’Espagne républicaine (Voir Gendre André). Chauffeur routier, il transporta du matériel destiné aux républicains. Le 15 avril 1937, Julien Panchot et son frère cadet Aristide furent faits prisonniers par des soldats italiens. Il fut interné au camp de San Pedro de Cardenas, près de Burgos, après avoir été « interrogé » à Saragosse par les services franquistes. Au début de 1939, envoyé à Miranda del Ebro, il participa à la construction du camp. En octobre 1938, André Marty, avait envoyé une lettre au président du Conseil, Édouard Daladier, concernant l’incarcération des frères Panchot. Le Travailleur catalan la publia ainsi que la réponse du président du Conseil. Julien et Aristide Panchot furent durement traités et même battus. Tous deux furent libérés en février 1939, sans doute après que le gouvernement français eut entrepris des démarches.

En septembre 1939, Julien Panchot ne fut pas mobilisé. Il participa à la reconstitution du Parti communiste dans la clandestinité. En juillet 1942, Julien et Barthélemy Panchot étaient les responsables communistes pour Canohès. Militant du Front national, Julien Panchot participa, à partir de l’été 1942, à l’organisation des FTPF locaux. Menacé d’arrestation, ainsi que son frère Barthélemy, Julien Panchot passa dans la clandestinité en juin 1944. Toujours accompagné de son frère Barthélemy, il rejoignit en juillet 1944 le maquis FTPF « Henri-Barbusse ». Implanté dans le massif du Canigou, sur le versant conflentais, ce maquis fut en étroit contact avec le groupe des guérilleros de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles) installé sur le versant vallespirien. Il en devint l’un des chefs, secondant son frère Barthélemy. Il fut chargé de la direction politique de ce maquis qui regroupa entre vingt-cinq et soixante-dix hommes. Un premier accrochage avec les forces allemandes eut lieu le 8 juin 1944 près de Fillols. Le 28 juin, le maquis affronta un groupe de miliciens perpignanais au-dessus de Vernet-les-Bains (Voir Batlle Simon, Rius Sébastien). S’étant d’abord replié au chalet du Club alpin français, le maquis finit par s’installer à Valmanya. L’action la plus spectaculaire à laquelle participa le maquis "Henri-Barbusse" fut la prise de Prades le 29 juillet 1944, avec le groupe de l’AGE. Après leur repli, les maquisards gagnèrent les mines de fer désaffectées de la Pinouse [Pinosa] (Valmanya). Là, ils firent leur jonction avec le maquis espagnol, (AGE, « Primera brigada de la cuarta agrupacion guerrillera española » — Voir Sabatier Émile, Gandia Rafael, Galiano Gracia Manuel — , formée à la fin de 1943). Les Allemands décidèrent de détruire Valmanya en représailles et de massacrer sa population : cette version, longtemps admise a été réévaluée depuis le début des années 2000. L’attaque de Valmanya s’inscrivait en fait dans le cadre d’une stratégie plus générale décidée, après le débarquement du 6 juin, par les Allemands. Le général allemand Blaskowitz qui commandait le groupe d’armées G depuis son quartier général de Rouffiac-Tolosan (Haute-Garonne), au nord de Toulouse, avait décidé de s’en prendre aux maquis de diverses obédiences situés dans la partie orientale des Pyrénées et au sud du Massif Central, de l’Ariège au Gard, avec pour objectif la protection de l’axe de circulation routier et ferroviaire de Toulouse au Rhône dans le cas où les Alliés débarqueraient sur le littoral méditerranéen. Les archives montrent que la décision d’attaquer les maquis du Canigou (FTPF, AGE et groupe franc de René Horte, ce dernier groupe armé responsable du plus grand nombre d’actions contre les forces d’occupation) avait été prise par les Allemands bien avant le 29 juillet, date de l’occupation de Prades par les FTPF et l’AGE. Celle-ci, put, éventuellement précipiter la décision d’en finir avec les maquis du Canigou.

Avertis, les maquisards français et espagnols tentèrent d’empêcher les forces allemandes aidées par des Miliciens des Pyrénées-Orientales et de l’Aude d’investir le village. C’est au cours de ce combat du 2 août 1944 que fut capturé le commandant Julien Panchot, blessé à la jambe alors qu’il couvrait le repli de ses hommes vers le nord de la haute vallée, dans le massif forestier. Au préalable torturé — on lui creva les yeux, on lui arracha les ongles et on lui brisa ses phalanges —, il fut exécuté, assis, par des Allemands contre le mur d’un bâtiment (la cantine) de la mine de fer de la Pinosa qui avait servi de base au maquis Henri-Barbusse. On peut toujours voir l’impact des balles sur le mur. Une plaque y a été apposée qui rappelle les circonstances tragiques de l’exécution de Panchot. Son corps abandonné sous un tumulus de pierres fut mis dans un cercueil qui fut descendu de la montagne à dos de mulet le 29 août 1944, dix jours après la Libération des Pyrénées-Orientales. Il fut enterré à Canohès devant une nombreuse assistance. Ce fut Charles Robert, au nom du Front national, qui prononça son éloge funèbre.

Dans un film (Valmanya, une tragédie catalane), qui, dans les Pyrénées-Orientales, a connu dans les années 2010, une assez large diffusion dans ses diverses versions successives, André Souccarat a proposé une interprétation toute personnelle des circonstances de la mort de Julien Panchot. Dans l’une d’entre elles, il affirme que ce dernier aurait été .blessé à la jambe par des membres de son maquis qui lui auraient reproché des méthodes de commandement autoritaires et expéditives dans la plus pure tradition stalinienne. Cela aurait supposé un bien macabre calcul afin d’assouvir une vengeance, de la part de combattants qui auraient sciemment livré leur chef à des nazis qu’ils avaient combattu ensemble. L’hypothèse de Souccarat, relayée par un journal de grande diffusion L’Indépendant de Perpignan (édition des Pyrénées-Orientales, 3 juin 2018, article de "SEB" qui reprend la thèse développée par André Souccarat) ne repose sur aucun document d’archives et, pendant soixante-dix ans, sur aucun des témoignages des anciens du maquis Henri-Barbusse, sachant que tous des combattants des FTPF et de l’AGE — à l’exception de Julien Panchot et François Cabaussel —, purent échapper de la nasse déployée autour d’eux par les Allemands et la Milice et survécurent, à commencer par Barthélemy, qui, dans la hiérarchie du maquis, était d’un rang supérieur à celui de son frère. Par ailleurs, René Horte, résistant émérite, non affilié au PCF et aux FTPF, a pu, en tant que président du CLL (Comité local de Libération) de Valmanya, constater les mutilations subies par Panchot pendant les tortures qui ont précédé son exécution. Comment imaginer que des maquisards en cours de dispersion auraient pu prendre le temps de le torturer et de le mutiler ? Ou de laisser le soin aux Allemands de l’achever après l’avoir torturé, échafaudant à la hâte un improbable scénario machiavélique ? Comment cette invraisemblable omerta aurait-elle fonctionné pendant soixante ans en plus ? De fait, Souccarat règle des comptes (pour quelle raison ?) avec les chefs communistes d’un maquis que, de toute évidence, il n’appréciait guère. Pourquoi un journaliste, SEB, fait-il sienne cette affirmation sans réfléchir au déroulement des événements et à leur contexte ?

Tous les ans, depuis 1945, une cérémonie à Valmanya rappelle le drame du village du 3 août 1944 et le sacrifice de Julien Panchot.
Son nom figure sur la plaque commémorative, scellée sur les lieux mêmes de son exécution, à la Pinosa ; dans la "crypte" de Valmanya, monument en l’honneur des six morts de Valmanya et de victimes de la déportation domiciliées dans ce village ; sur le monument aux morts de Canohès, sa commune natale.

Voir Lieu d’exécution de Valmanya [Velmanya] (Pyrénées-Orientales)

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article124733, notice PANCHOT Julien, Baptiste, Pierre ["Prosper" dans la clandestinité] par André Balent, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 16 novembre 2018.

Par André Balent

Ruines de la cité minière de la Pinosa (1360 m), commune de Valmanya. Plaque commémorant l’exécution sommaire (2 août 1944) par les Allemands de Julien Panchot (1901-1944), un des chefs du maquis Henri-Barbusse (FTPF)
Ruines de la cité minière de la Pinosa (1360 m), commune de Valmanya. Plaque commémorant l’exécution sommaire (2 août 1944) par les Allemands de Julien Panchot (1901-1944), un des chefs du maquis Henri-Barbusse (FTPF)
Cliché : André Balent, 4 juillet 2017
Julien Panchot (1901-1944)
Julien Panchot (1901-1944)

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 2 E 4409, état civil de Canohès, acte de naissance de Julien Panchot. —Le Travailleur catalan, 1938. — André Balent, Pierre Chevalier, Georges Sentis, "Le maquis "Henri-Barbusse" (FTPF) de Valmanya (Pyrénées-Orientales), la mort de Julien Panchot, à propos d’un interprétation de SEB dans L’Indépendant du 3 juin 2018", Le Midi Rouge, bulletin de l’Association Maitron Languedoc-Roussillon, 31, 2018, pp. 12-16. — Robert Blanch, Encarnación. Pous, Butlletí del Centre pluridisciplinari d’estudis catalans, n° 2, Perpignan, 1974. — Étienne Frenay, « Les communistes et le début de la Résistance en Roussillon », le Travailleur catalan, 26 mai 1972. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I b, De la résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998, pp. 545, 552, 733, 734-735, 764-768, 772-773, 923. — SEB, « Valmanya : quand la légende résiste ! », L’Indépendant, 3 juin 2018, p. 7. — Le Républicain, Perpignan, 2 septembre 1944, 3 octobre 1944. — Interview de Barthélemy Panchot, Canohès, 17 août 1974.

ICONOGRAPHIE : GUAL & LARRIEU, 1998, op. cit., p. 734, p. 764., p. 766 (son cadavre dans la montagne, vingt-six jours après son exécution).

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