PAILLET Marc

Par Michel Dreyfus, Gilles Morin

Né le 15 octobre 1918 à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), mort le 29 décembre 2000 au Chesnay (Yvelines) ; journaliste, rédacteur en chef de l’AFP ; militant trotskiste puis socialiste ; responsable du Club des Jacobins (1964) ; membre du Comité exécutif de la FGDS ; membre de la direction nationale de la CIR (1968-1971).

Marc Paillet
Marc Paillet

Né à la fin de la Grande Guerre d’un professeur, Georges, Édouard Paillet, alors lieutenant, et d’une mère artiste dramatique, Marie, Joséphine Biaggi son épouse, Marc Paillet fit ses études à Lille, Marseille et Paris au lycée Henri-IV. Licencié ès lettres, il obtint un diplôme d’études supérieures d’histoire et de géographie et se maria le 23 décembre 1939. Dans les années 1937-1938, il fut un militant et l’un des responsables des Jeunesses socialistes révolutionnaires, dissidentes des Jeunesses socialistes SFIO dont elles avaient été exclues.

Dans les années trente, et jusqu’après la guerre, Marc Paillet fréquenta les auberges de jeunesse. Avant la guerre, il faisait partie du bureau du CCI qui se réunit le 6 février 1939 pour former une scission vis-à-vis des deux associations d’Auberges existantes : la LFAJ et le CLAJ. Il agissait au nom de l’idéal de liberté associé à un engagement politique lié au trotskisme. Il se maria avec Paulette Marguerite Courroy le 23 décembre 1939, née le 21 novembre 1919 à Épinal (Vosges) qui fut psychologue scolaire. Ils eurent un fils.

Marc Paillet poursuivit son action pendant l’occupation allemande dans le milieu des Auberges de jeunesse de la zone sud, dans la région lyonnaise. Sous le couvert de cette organisation, il travailla avec Henri Roger et André Essel à la constitution de groupes clandestins antifascistes et à la diffusion des documents et journaux trotskystes. Ajiste résistant, il refusa l’action armée.

Après la Libération, membre des Jeunesse communiste internationaliste (JCI), il fut élu à leur direction et était responsable du secteur étudiant. Il y entra en conflit avec Pierre Broué*. Il se présenta à Lyon dans le 1er secteur aux élections législatives de novembre 1946 comme candidat trotskiste du Parti communiste internationaliste (PCI). L’année suivante, son épouse se présenta aux élections municipales dans le 2e secteur de la Seine sur une liste commune des Jeunesses socialistes dissidentes et du PCI. Lui-même semble avoir cessé de militer durant une dizaine d’années. Il est probable qu’il fut initié à la franc-maçonnerie durant ces années.

Le 2 avril 1945, les Camarades de la Route furent dissous au profit du Mouvement uni des Auberges de jeunesse (MUAJ) qui se constitua lors de l’assemblée générale du 1er novembre 1945 à Rueil. Les communistes y exercèrent une forte influence. Ceux du MUAJ qui refusèrent la tutelle communiste sur les Auberges créèrent le Mouvement laïque des auberges de jeunesse, le MLAJ, où Marc Paillet joua un rôle important. Il n’eut de cesse avant et pendant la guerre de souligner un des aspects non négligeable des Auberges : l’ouverture étonnante du milieu ajiste à toutes les expressions culturelles nouvelles. En 1943, il lança l’idée d’une enquête sur le cinéma, pour amener les jeunes à réfléchir sur le septième art.

Comme journaliste, il fit ses premières armes à l’Intransigeant, puis collabora à Cité Soir (1945-1946), fut chef des services diplomatiques de Combat (1946-1950) puis entra à l’Agence France-Presse en 1948. Il y fut rédacteur (1948), rédacteur en chef (1971) et chef du service économique et financier (1973) .

Marc Paillet, qui avait commencé à s’intéresser aux Clubs en 1957, adhéra au Parti socialiste autonome en octobre 1959, puis au PSU. Il était toujours membre de ce parti en 1963, année où il fut l’un des fondateurs du Centre d’action institutionnelle avec François Mitterrand* au côté duquel il allait désormais militer durant plusieurs années, à la Convention des institutions républicaines (CIR). Il était par ailleurs avec Charles Hernu* un responsable très actif du Club des Jacobins (dont il fut membre du comité directeur en 1965, puis du bureau en 1970). Il était suffisamment en vue dans la gauche démocratique pour être invité à participer aux colloques socialistes organisés par Georges Brutelle* en 1964. Il militait encore au Front démocratique pour une Europe fédérale, présidé par Étienne Hirsch comptant parmi ses animateurs, d’autres proches de François Mitterrand, comme Charles Hernu* et Roger Chipot*.

Marc Paillet a été membre du comité national d’Horizon 80 fondé pour soutenir la candidature de Gaston Defferre à l’élection présidentielle. Après l’échec de la tentative Defferre, il fut le directeur de propagande de François Mitterrand pour la campagne présidentielle de 1965. Au nom de la CIR, il participa à la première réunion qui devait aboutir à la constitution de la FGDS, le 13 juillet 1965, peu avant l’élection présidentielle. Il fut l’un des neuf membres du comité permanent de liaison désignés à sa fondation en décembre 1965, puis fut l’un des dix-huit représentants de la Convention des institutions républicaines à la Commission exécutive de la FGDS. Il siégea au nom de la CIR au bureau politique de la FGDS et appartint à la « Commission octobre », chargée de préparer la fusion des partis membres de la Fédération en octobre 1967. Son rôle dans l’équipe mitterrandiste semble double : d’une part participer aux organismes fédérés, d’autre part gauchir le discours de la CIR et de François Mitterrand. Il présida toute l’année 1966 la commission programme de la CIR. Membre du présidium de la Convention début 1968, il était membre suppléant du groupe permanent de la CIR en décembre 1970. Contrairement à beaucoup de ses camarades de gauche, il se prononçait pour un régime constitutionnel présidentiel, mais démocratique.

Son rôle politique s’effaça avant le congrès d’Épinay en 1971 auquel il ne semble pas avoir participé. À partir des événements de Mai-68 en France et en Tchécoslovaquie, il a mis en cause la faiblesse de la gauche démocratique, et affirme dès 1970 que l’alliance avec les communistes n’était pas possible, hors une évolution interne des régimes communistes, le PCF étant revenu en arrière. Il invitait donc en 1970 devant ses amis Jacobins à faire une grande organisation structurée des réformateurs. Dans plusieurs ouvrages, dont Marx contre Marx, paru en 1971, il a dénoncé les risques de la société technico-bureaucratique et plaidé pour un rétablissement des valeurs humaines, remettant aussi en cause le rôle historique de la classe ouvrière.
Marc Paillet sembla agir surtout en ces années, outre dans le Club des Jacobins, dans les instances de la Franc-maçonnerie. Il participa à divers Convent et on l’a vu en 1971 intervenir au colloque du Grand-Orient de France sur la cité de l’an 2000. Il publia plusieurs livres, donnait parfois des articles dans Le Monde ou dans d’autres organes de presse.

De 1982 à 1992, il fit partie de plusieurs cabinets ministériels, ceux d’Olivier Stirn et de Jean-Pierre Soisson. Il fut membre de la Haute autorité de la communication audiovisuelle de 1982 à 1986.

Marc Paillet connut à la fin de sa vie une nouvelle notoriété comme l’auteur de la série historico-policière Erwin le Saxon se passant à l’époque de Charlemagne (collection 10/18).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article124651, notice PAILLET Marc par Michel Dreyfus, Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Michel Dreyfus, Gilles Morin

Marc Paillet
Marc Paillet

ŒUVRE : Collaboration aux journaux cités. — Gauche, année zéro, Gallimard, 1964. — Vers une société nouvelle, 1966. — Marx contre Marx. La société technobureaucratique, Denoël-Gonthier, 1971. — Table rase, 3 mai-30 juin 1968, Laffont, 1968. — Le journalisme. Fonction et langage du 4e pouvoir, Denoël, 1974. — Le rêve et la raison. Pour une révolution de la politique, Laffont, 1977. — Les hommes de pouvoir, Denoël, 1983. — Le grand inventaire. Socialisme ou libéralisme, Denoël, 1985. — Les rendez-vous de Montavel, Denoël, 1985. — L’avenir du socialisme est libéral, 1985. — Le manteau de cuir(roman), A. Michel, 1977. — Télégâchis, 1988.

SOURCES : Arch. Nat., 19810440/13 ; 20040455/1. — Arch. PPo, GA-P3/448136. — Archives de l’OURS, dossier biographique et 2/APO fonds FGDS. — P. M. Dioudonnat, S. Bragadir, Dictionnaire des dix mille dirigeants politiques français, Sedopols, 1977. — Who’s who, 1985-1986. — État-civil.

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