Né et mort à Alger : 7 mars 1910-5 mars 1981. Communiste et syndicaliste d’Algérie, secrétaire général du Parti communiste algérien de 1943 à 1946, Député communiste d’Alger à la 1ère Assemblée constituante (1945-1946), Ministre de la Réforme agraire dans le gouvernement algérien après l’indépendance.

Amar Ouzegane appartenait à une famille de quatorze enfants, originaire de la région d’Azazga en grande Kabylie, dispersée et privée de terres par le séquestre qui avait suivi l’insurrection de 1871. Son grand-père avait été tué lors de cette action de résistance. La famille vivait chichement en milieu kabyle de la Casbah d’Alger ; sa mère était fille de paysan ; son père s’employait comme il pouvait, généralement dans l’hôtellerie et la restauration comme cuisinier. Un de ses frères fera de même et lui prêta secours dans les moments difficiles de sa vie militante. Ayant pu effectuer des études primaires jusqu’au cours complémentaire et ayant obtenu le Certificat d’études, Amar Ouzegane devint télégraphiste à l’âge de quatorze ans et participa, très vite, à l’action des Jeunesses syndicalistes en liaison avec les Jeunesses communistes.
Devenu facteur, il resta employé des PTT jusqu’en 1936, jouant un grand rôle dans la syndicalisation à la CGTU, non seulement des postiers mais encore des dockers du port d’Alger, des éboueurs de la ville, des cheminots et même des ouvriers agricoles et petits paysans dans une Fédération des travailleurs agricoles en 1935. Il était entré, en 1930, à la commission exécutive de l’Union régionale CGTU d’Algérie et représentait la CGTU au Cartel des syndicats des services publics. Déjà membre des Jeunesses communistes, il participait aussi aux réunions de la fraction communiste de la CGTU et à des réunions algéroises de responsables communistes autour de Boualem (voir André Ferrat promut de jeunes Algériens au secrétariat : Ben Ali Boukort en premier et Amar Ouzegane, en second ; mais l’arrestation du premier secrétaire valut à Amar Ouzegane d’assumer de nombreuses tâches, en particulier celle de la relance de l’hebdomadaire communiste la Lutte sociale. Il fut délégué pour l’Algérie au VIIe congrès de l’IC à Moscou en juillet 1935 où il intervint sous le nom d’Arthur Doden et participa aux séances de travail qui envisageaient l’autonomie du Parti communiste algérien. À la suite de son séjour à Moscou, il fut licencié des PTT ; aussi, devint-il permanent communiste appointé à demi-solde d’abord. En janvier 1936, il assista au congrès de Villeurbanne du PCF.
Cette même année 1936, parallèlement au Front populaire, il consacra son action au Congrès musulman dont il devint membre du bureau comme secrétaire général adjoint. Réintégré comme facteur sous le gouvernement de Front populaire, il abandonna son poste pour devenir permanent à part entière. Lors de la transformation de la région communiste d’Algérie en Parti communiste algérien, au congrès constitutif d’octobre 1936, il entra au Bureau politique et au secrétariat comme secrétaire général.
L’instructeur, envoyé par le PCF, était à cette époque Jean Chaintron , connu sous le nom de Barthel, qui impulsa le développement communiste en Algérie suivant une double stratégie : antifasciste de Front populaire avec les Européens, de front anti-impérialiste pour les Algériens, avec le Congrès musulman. Cette double orientation semble remise en cause avec le remplacement de Barthel par Deloche et la proposition au secrétariat d’Élie Mignot qui privilégiait l’action en milieu français en reproduisant les mots d’ordre du PCF. Si Amar Ouzegane fut élu au conseil municipal d’Alger en juillet 1937, il apparut en désaccord ou en opposition personnelle avec Deloche ; il fut réélu au Bureau politique au IIe congrès du PCA en décembre 1937, mais il ne fut pas renouvelé au secrétariat ; il porta alors son différend auprès de la direction du PCF à Paris où il resta plusieurs mois. À son retour, il ne fut plus convoqué aux réunions du Bureau politique, quitta la rédaction de la Lutte sociale et reprit sa place de facteur tout en continuant à militer à Casbah-Marine (bas d’Alger). En 1939, il reparut dans les meetings et demeura conseiller municipal communiste ; il lui fut reproché, plus tard, d’avoir voté des crédits de subvention au général Anders et aux réfugiés polonais mais il refusa de condamner le Pacte germano-soviétique comme le fit Ben Ali Boukort.
Le Parti communiste étant interdit, Ouzegane se mit en liaison avec l’organisation clandestine par l’intermédiaire de Paulette Lenoir. Arrêté en avril 1940, il fut interné à Djenien-Bou-Rezz (sud-algérien). À sa libération en 1943, il reprit place à la direction du PCA comme troisième secrétaire, d’abord, avant d’être élu premier secrétaire en 1944. Il fut député communiste d’Alger à la 1ère Assemblée constituante en 1945-1946. En tant que secrétaire général jusqu’à la révision de la ligne dans l’été 1946, il fut rendu responsable des prises de position antinationalistes proclamées en cette période sous l’autorité d’André Marty, mais correspondant à la politique suivie par le PCF en matière coloniale. En Algérie, cette coupure, voire cette opposition communiste au mouvement national, s’exprima tout particulièrement lors des manifestations nationales algériennes accompagnées d’une répression forcenée que l’on connaît sous l’appellation "d’événements de Sétif" en mai 1945, notamment par la dénonciation des nationalistes comme "mouchards du gouvernement général". Cette ligne communiste française fut révisée en juillet-août 1946, en Algérie comme ailleurs, pour préconiser une stratégie frontiste d’alliance des forces politiques nationales. Ce fut donc Amar Ouzegane, secrétaire général, qui se trouva victime de la révision, critiqué d’abord, rétrogradé au secrétariat, démis du Bureau politique au cours de l’année 1947, pour être finalement exclu du PCA le 30 décembre 1947.
Par la suite, Ouzegane se tint en liaison avec le mouvement national algérien, particulièrement avec le mouvement des Oulémas (partisans d’une Algérie arabo-musulmane par la réforme de l’islam). Lors de la guerre d’Algérie, il fut conseiller politique du FLN dans la zone d’Alger ; il fut le principal rédacteur du programme adopté en août 1956 et connu sous le nom de plate-forme de la Soummam. Emprisonné de 1958 à avril 1962, il rejoignit Tunis à sa libération avant de regagner Alger. Il siégea à la première Assemblée nationale algérienne. Ministre de l’Agriculture et de la Réforme agraire en octobre 1962 puis, ministre d’État dans les premiers gouvernements de l’Algérie indépendante, Amar Ouzegane était alors membre du comité central du FLN. Il avait publié, en 1962, Le Meilleur combat pour exposer ses désaccords avec le mouvement communiste et justifier ses choix nationalistes.
La biographie d’Amar Ouzegane sera reprise et développée dans le Dictionnaire Maghreb.

SOURCES : Le Meilleur combat, Julliard,1962. — Interview par J.-L. Planche, Alger, 1976-1977. — Autobiographie communiquée à Jean Maitron. — Liberté, 24 mai 1945.
Bibliographie : Claude Pennetier et Bernard Pudal (sd), Le Sujet communiste. Identités militantes et laboratoires du "moi", Presse universitaires de Rennes, 2014. — Bernard Pudal, Claude Pennetier, Le Souffle d’octobre 1917. L’engagement des communistes français, Les éditions de l’Atelier, 2017 : le chapitre 10 lui est consacré.

René Gallissot

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