NÉRON Étienne, Marius [pseudonyme dans la résistance : Marius, Poirier, Jean]

Par Jean-Pierre Vaudon, Eric Panthou

Né le 20 août 1905 à Thiers (Puy-de-Dôme), mort le 16 novembre 1974 à Thiers ; secrétaire du rayon du Parti communiste de Thiers de 1930 à 1940, rédacteur à l’Humanité ; résistant, suspendu du PCF en 1947, adhérant du Parti socialiste.

Fils d’un estampeur, Étienne Néron passa sa jeunesse à Saint-Étienne où son père était devenu mineur. Sa mère était laveuse, issue d’un milieu paysan, traditionaliste et très croyante. Néron passa sa jeunesse à Saint-Étienne où son père était devenu mineur. Il commença à travailler à l’âge de onze ans comme porteur de télégrammes, puis de journaux. En 1919, il entra comme apprenti plâtrier chez ses oncles. Avant de revenir en Auvergne en 1923, à Clermont-Ferrand, puis à Thiers, il fut initié à la lutte syndicale par des camarades de travail de Saint-Étienne qui le firent adhérer à la CGTU. Il fut très impressionné par une manifestation de 1923 pour la libération d’André Marty. Il lisait régulièrement l’Humanité et André Bargheon, secrétaire de la cellule de Thiers, le fit adhérer aux Jeunesses communistes en 1924. Il milite activement et il est déjà connu comme communiste lorsqu’il passa le conseil de révision et fut incorporé à Grenoble. Responsable des groupes d’agitation dans son régiment, il fut condamné à un mois et demi de prison militaire pour distribution de tracts, ce qui ne l’empêcha pas de créer, avec un autre Auvergnat, Ernest Bigay de Thiers, une cellule communiste au 16e RAD de Clermont-Ferrand. Libéré du service militaire, il ne tarda pas à se faire renvoyer pour fait de grève dans l’entreprise thiernoise de plâtrerie où il était ouvrier.

Étienne Néron fut aussi secrétaire fondateur du syndicat unitaire du Bâtiment de Thiers. Il exerçait alors la profession d’aide estampeur chez un membre du Parti, Roche, candidat communiste aux législatives de 1924. Il devint secrétaire du rayon de Thiers à la suite du départ de Bargheon en 1927. C’est le 10 septembre 1927 que son nom est mentionné pour la première fois dans l’organe du PCF de la région Auvergne, comme secrétaire du Syndicat unique du bâtiment. En 1928, il essaie de lancer une grève du bâtiment qui s’avère un échec. Il intervient au Comité Régional de la 23éme Union régionale de la CGTU fin février 1928.

En avril 1930, son passé politique et son expérience syndicale semblaient suffisantes pour qu’il fût nommé, à l’âge de vingt-cinq ans, secrétaire de la 23e région des syndicats unitaires, lorsque Flandin retourna dans le Var. Le 12 mars 1930, il représenta la région à la conférence nationale de la Bellevilloise. Il est condamné à une amende le 11 juin 1930 par le Tribunal de Riom pour entrave à la liberté du travail. Il est ensuite arrêté suite à une manifestation le 30 novembre 1930, puis de nouveau lors d’une grève de la Condamine.
Un rapport de police du 28 novembre 1930 le décrit comme un "militant sans instruction ni prestige" [ ] " qui n’a pas su saisir l’occasion de faire une propagande utile quand en avril-mai 1930, alors qu’il venait de prendre le secrétariat de la 23éme URU, Michelin a licencié une vingtaine d’ouvriers qui composaient la cellule d’usine". Le rapport poursuit sévèrement : "Sans doute, les trois arrestations successives de Néron, sa condamnation et les poursuites dont il fait l’objet vont auréoler un peu son prestige mais cela ne changera rien à sa valeur toute relative de militant ; sa foi qui paraît beaucoup plus feinte que profonde, son défaut d’instruction et de connaissances générales, son manque de prestige physique et de talent oratoire font que Néron restera longtemps un propagandiste de seconde zone même à Clermont-Ferrand."
Étienne Néron qui n’avait suivi aucune école du parti et n’avait pu aller à Moscou parce qu’on lui avait refusé un passeport, manquait, sinon d’envergure, tout au moins d’expérience pour diriger efficacement le mouvement ouvrier en Auvergne. Aussi fut-il remplacé à la tête de la 23e URU en octobre 1930, par Louis Follet, dès que celui-ci sortit de prison.
Sa démission à la tête de l’URU vient du fait qu’il a été malade et surchargé de tâches. Il travaille alors 2 mois à Clermont-Ferrand puis il trouve un emploi à Thiers, tout en ayant en vue un autre emploi à Clermont-Ferrand. Il prend alors la responsabilité de l’Agitation-Propagande mais aussi du secteur du bâtiment au sein du comité régional du Parti communiste qui vient d’être réorganisé par le responsable envoyé de Paris. Néron reste aussi secrétaire du rayon de Thiers. C’est à cette date, en février 1931, qu’il écrit au Secrétariat national du Parti pour demander que Marcel Cachin venant à Clermont-Ferrand pour un meeting vienne le lendemain en animer un autre à Thiers qui est confronté à la généralisation du temps partiel, à une contre-attaque patronale sur les salaires, et à une crise municipale avec 9 conseillers démissionnaires. Néron espère ainsi aider à la propagande du Parti et notamment la réussite de la journée du 25 février contre le chômage. Le Secrétariat refuse cependant car il estime Cachin trop fatigué par ses nombreux déplacements.
Après avoir été candidat aux élections au Conseil général en 1928 puis de nouveau en 1932, il est présenté par le PCF comme candidat du Parti à Thiers aux législatives de 1932. Il n’a que 27 ans. Il dispose pourtant d’un passé politique et d’une expérience syndicale affirmes, puisqu’il est secrétaire du rayon de Thiers, secrétaire-fondateur du Syndicat unitaire du bâtiment de Thiers et qu’il a exerce pendant un an, en 1930, la charge de secrétaire de la 23e Union régionale unitaire au départ de Flandrin pour le Var.
Il obtint 448 voix (deux fois plus que le candidat PC en 1928), soit 2,50 % des suffrages exprimés. Depuis 1932, il s’était installé à son compte comme artisan plâtrier, mais continuait à militer très activement, réorganisant notamment le rayon de Thiers. Il porte la contradiction dans les réunions socialistes, notamment animées par Ernest Laroche qualifié de provocateur, calomniateur et bon serviteur de la bourgeoisie en mars 1933.
En 1934-1935, il mit sur pied dans tout l’arrondissement, des comités de vigilance antifascistes où se retrouvaient socialistes et communistes, mais aussi radicaux et libertaires et, anima plus de soixante-quinze réunions publiques.
Le PCF est alors confronté à une grave crise avec le départ de ses principaux dirigeants, le groupe Pranchère-Souchal-Brunstein, qui sont accusés d’avoir mené une politique sectaire et gauchiste. Les deux premiers rejoignent le P.P.F. de Doriot tandis que Brunstein est remplacé par Louis Bertin, employé des P.T.T., au secrétariat général de la région Auvergne. Mais Bertin quitte la région en 1935 pour rejoindre la Haute-Savoie. Étienne Néron est alors sollicité pour le remplacer. C’est une solution peu satisfaisante. Néron, en effet, continue à exercer son métier et il réside toujours à Thiers, éloigné du principal centre ouvrier qu’est Clermont-Ferrand. En août 1935, lors d’une conférence du Parti, il est décidé qu’à la fin de l’année, Allier et Puy-de-Dôme formeront chacun une région distincte au niveau du Parti. Le représentant du Comité central présent lors de cette conférence propose la mise en place d’un secrétariat collectif en raison de l’état de santé très précaire de Néron et afin de le soulager pour lui permettre d’assurer la direction politique. “C’est un camarade très actif, très dévoués à notre Parti, en qui ont peut avoir une entière confiance, avec cela, politiquement, il est assez fort” juge Seinforin. En tournée dans la région en 1936, Léon Mauvais renouvelle les appréciations positives à l’égard de Néron, jugé actif et intelligent, mais il déplore les “difficultés familiales qui le gênent dans son activité.” Néron est alors en phase de divorce avec sa première épouse. Celle-ci déclara quelques années plus tard, qu’après son adhésion au PCF en 1927, Néron s’était désintéressé complètement de son foyer en raison de son militantisme, ce qui fut la raison de leur divorce. Il a une maîtresse qu’il rejoindra bientôt à Paris.
L’action de Néron est également rendue difficile parce qu’il est installé à Thiers, éloigné des grandes concentrations ouvrières que sont Riom, Issoire, Clermont-Ferrand mais aussi les bassins miniers. La direction est consciente de cette situation mais justifie cela par les difficultés rencontrées au préalable à Clermont-Ferrand où plusieurs crises internes sont survenues.
Néron assuma cette charge jusqu’à la fin de 1936 tout en demeurant à Thiers. Il est alors remplacé par Guy Périlhou qui vient du rayon de Vichy. Roger Champrobert, qui a consulté les nombreux rapports internes du Parti dans le Puy-de-Dôme sur la période, évoque ce moment où Périlhou remplace Néron : “Je mesure mieux l’état dans lequel tu as trouvé la Région… C’était si triste qu’avec le recul du temps, on serait tenté d’en rire.”

Aux élections législatives de 1936, Néron obtint 1 325 voix, soit 7,71 % des suffrages exprimés alors que le député SFIO sortant, Ernest Laroche, fut élu au premier tour avec 9 239 voix. Cette même année, en novembre, il devint rédacteur à l’Humanité, au service politique. Néron fut également candidat aux municipales à Thiers et l’avait été aux cantonales.
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Au moment de la guerre, les deux responsables du Parti à Thiers, qui avaient remplacé Néron, ont démissionné contre le Pacte germano-soviétique.
Mobilisé le 23 août 1939, il fut très troublé par le Pacte germano-soviétique. Néanmoins, il réorganisa en octobre et novembre 1940 le PC clandestin à Clermont-Ferrand, après une visite de Gabriel Roucaute.
Dans un courrier à Alphonse Rozier en août 1969, Néron dit se souvenir surtout concernant cette période de fin 1940 les difficultés qu’avaient les militants pour rétablir les contacts en raison de l’inexpérience de l’activité illégale et la crainte, la peur, qui étreignait la majorité d’entre eux. Néron fait part de sa déception alors quand il a été voir un des membres du Comité régional du PCF pour qu’il l’aide à reconstituer le Parti et que celui-ci a refusé.
Néron explique qu’il tirait L’Humanité clandestine avec un camarade et son épouse et qu’ils avaient les plus grandes difficultés à obtenir du papier et du stencil. Néron dit avoir été reçu par Alexandre Varenne, fondateur et directeur du quotidien des gauches, La Montagne, et par ailleurs principale figure du socialisme depuis le début du siècle dans le Puy-de-Dôme. Varenne et son adjoint, Francisque Fabre, refusent au nom des risques que le journal prenait si cela était découvert.
Néron n’est pas à son domicile quand la gendarmerie vient l’arrêter le 5 novembre 1940 au lendemain d’un arrêté d’internement administratif pris à son égard. Le préfet transmet alors un avis de recherche prioritaire à son égard, le 12 novembre 1940. Ce même jour, Néron achète un duplicateur Gestetner à Clermont-Ferrand, sous une fausse identité.
Il est étroitement recherché et il est arrêté le 18 janvier 1941. Au cours de son interrogatoire il reconnaît appartenir au PC mais se refuse à toute déclaration sur son activité.
Une commission rogatoire militaire ouverte contre lui du chef d’atteinte à la Sûreté extérieure de l’État est lancée le 23 janvier 1941. La police découvre qu’il agissait dans le quartier de la Plaine à Montferrand, au milieu des cités Michelin.
On retrouve des documents internes sur lui avec des consignes et pseudonymes ainsi qu’une grande quantité de tracts, journaux, listes de contacts et surtout la preuve qu’il occupait la tête de l’organisation du PCF dans la région. Des éléments précis sur la diffusion des tracts et de la presse, sur les difficultés de l’organisation à se procurer du papier, sont également trouvés sur lui. De même qu’un projet de tract rédigé par Néron et portant des attaques très virulentes contre Pétain et sa politique intérieure et extérieure. Néron a donc commis une grande imprudence en transportant de tels documents sur lui.
Il résulte que Néron était tout spécialement chargé par le Comité central d’animer l’activité des militants et de faire assurer l’imprimerie et la distribution des tracts. Son contact avec la direction nationale serait Suzanne Cage, ancienne secrétaire administrative des Amis de l’URSS dans le Nord.8 janvier 1941 (ou le 21), il fut arrêté dans une rue de Clermont-Ferrand. Le 21 février la police découvre des dizaines de tracts intitulés “Libérez Étienne Néron” dans lequel on s’indigne de l’emprisonnement d’un militant ayant toujours lutté contre la guerre et “pour une France libre et indépendante”. Lors de son procès, à l’inverse du mode de défense des militants récemment arrêtés et jugés dans la région, en particulier Guy Périlhou, secrétaire du Parti dans le département depuis 1937, Néron fut offensif et ne renie en rien son engagement au sein du PCF. Selon le témoignage d’Alphonse Rozier, "dès le début de l’audience, sans élever le ton mais fermement, il attaque, ne permet pas au Colonel Perré, le moindre écart de langage. Il sait que sa condamnation sera sévère, mais ce dont il veut persuader le tribunal et le président en particulier, c’est que son parti et l’organisation du PC sont beaucoup plus importants qu’ils le supposent et en tout cas, quel que soit la répression, le Parti communiste luttera jusqu’à la Libération, sans jamais s’incliner. Sa foi en la victoire finale est telle que le tribunal en est ébranlé. On le sent parfaitement dans l’article de L’Avenir, qui est loin du style habituel de ce journal." Il est finalement condamné aux travaux forcés à perpétuité par le tribunal militaire de Clermont-Ferrand le 14 juin 1941.
Un courrier de Néron, destiné à la direction communiste à l’extérieur de la prison militaire de Clermont-Ferrand, est intercepté quelques jours après sa condamnation. Il écrit : “Pour moi depuis mon procès séjour de malheur. Contrairement à ce que je pensais, je suis l’objet d’une surveillance particulière. On m’a mis à l’isolement dans une cellule seul. [ ] Conformément au plan que je me suis tracé je me fais porter malade à jet continue (5 jours sur 7 cette semaine) dans le but de me faire envoyer à l’hôpital ou, pour le moins d’aller en consultation à l’hôtel Dieu.” “C’est le seul moyen, car ile ne faut pas songer de s’enfuir autrement”. Néron invite les militants à l’extérieur à se servir de sa condamnation récente et de l’effervescence qu’elle a entraîné pour attiser l’agitation.Il dit surtout de s’appuyer également sur les menaces qui courent contre Robert Marchadier -condamné à mort quelques semaines plus tard- pour qu’une agitation “porterait à plein à Clermont, et surtout parmi les ouvriers Michelin.”
Néron regrette de ne pas avoir pu s’évader jusqu’à présent “car ce qu’il y a de plus dur ici c’est le sentiment de notre impuissance, de notre inutilité alors que vous vous battez.” “Nous poursuivons ne discussions, nos conférences et les distractions en commun dans la cour vont du concours de belote au concert-crochet en passant par la culture physique.”
Cette lettre interceptée en même temps que celle de Marchadier entraîne un rapport du commandant de la prison demandant l’évacuation des prisonniers politiques qui au contact des militaires prisonniers ont une influence néfaste. Néron et Marchadier, entre autres, sont bientôt transférés à la prison de Saint-Étienne.
Incarcéré à la prison de Saint-Étienne avec de nombreux autres militants communistes, il est alors décrit comme ayant eu une attitude défaitiste qui amena la direction politique des prisonniers à l’isoler. Il eut de vives disputes avec certains de ses camarades de cellule.
Néron estime au contraire qu’il a fait preuve de réalisme quand les autres dirigeants estimaient que l’URSS allait écraser Hitler en quelques semaines après son invasion. Il se décrit comme membre de la direction politique à la prison et l’auteur pendant un an, presque seul, d’un petit bulletin des détenus politiques. Il dit aussi avoir concouru à l’éducation politique des jeunes militants incarcérés. En juillet 1945, alors que Robert Marchadier était revenu de déportation depuis quelques semaines, Néron lui écrivit pour lui demander des explications à propos de cette période : "J’ai beaucoup souffert de la mise en quarantaine dont j’ai été l’objet à la suite de tes rapports, en particulier dans la région. On m’a laissé de côté et c’est tout juste si certains camarades ne me considéraient pas comme un traître."
Le 26 septembre 1943, il fait partie des 32 militants communistes désignés pour profiter de l’évasion organisée par les FTP. Il se cache à Saint-Étienne puis après avoir repris contact avec le Parti il vit sous un faux nom chez des paysans comme domestique. La veille de Noël 1943, il remplit un questionnaire biographique et un rapport complet sur les conditions de son évasion. On lui répond d’attendre la réponse du Comité central avant de s’engager de nouveau. Sans réponse du Parti, malgré plusieurs démarches, il décide de s’engager en avril 1944 comme simple soldat dans un camp de FTPF près de Thiers. C’est en raison des positions qu’il avait développée en prison qu’il fut mis de côté. Il ne limitait pas le combat contre Hitler au combat mené par l’Union soviétique ou les communistes. Il écrivit à ce propos à Marchadier en juillet 1945 en déclarant ceci : "J’espère que tu comprendras que ma position, et mes perspectives en prison, notamment sur la durée de la guerre, sur l’attitude à observer à l’égard du peuple allemand, sur l’unité de la classe ouvrière, sur l’union avec les démocrates petits bourgeois etc... n’étaient pas si mauvaises que cela puisque le parti a adopté un point de vue identique à celui que je défendais contre toi à cette époque."
En 1943, il se retrouva commissaire FTPF en Ardèche. Mais quand Jean Sosso->131464], membre du trio de direction des prisonniers politiques de Saint-Étienne, évadé comme Néron puis devenu Commissaire aux Opérations de la zone sud FTP, apprend cette nomination de Néron, il le fit relever de ses fonctions et le ramena à la base, en août 1944. Suite à une explication entre les deux hommes, selon Néron, Sosso convint qu’il avait eu tort, car il avait pris cette décision uniquement sur ses impressions de Saint-Étienne. À la Libération, il participa à l’épuration à Nîmes, Sosso l’ayant fait nommer capitaine en septembre au sein du 1er Régiment du Rhône.
Selon un état nominatif des cadres ayant appartenu au Camp Jean-Chauvet, camp FTP créé dans le Puy-de-Dôme puis déplacé dans l’Allier, sous le commandant du lieutenant Fernand Royer, dit Abel, Étienne Néron aurait appartenu à cette formation du 1er mai 1943 au 9 juin 1944 avec le grade de lieutenant et Jean comme nom de guerre. Il était Commissaire aux effectifs en remplacement de Dupuis, dit Georget - affecté fin mai 1944 à l’état-major régional FTP- puis il est mis à la disposition de l’état-major de l’Allier jusqu’à sa mutation dans une autre région.
Il a été homologué FFI et RIF.

Étienne Néron revint à Thiers en 1945 où il s’occupa d’une coopérative locale.On lui reproche bientôt de donner un caractère purement commercial à cette coopérative. Refusant de baisser les prix de certaines denrées, Néron menacerait de démissionner à chaque fois qu’on émet un avis différent sur la façon de diriger la coopérative. La secrétaire syndicale de Thiers, Antonine Planche demande donc au Parti de prendre position, pour savoir s’il faut laisser Néron démissionner, au risque que la CGT perde le contrôle de la Coopérative, ou si on lui donne raison.
Mais les reproches à son égard sont plus vastes. Dès 1946, un dossier est monté par la direction du Parti, aboutissant début 1947 à la suspension de Néron pour deux ans et à sa démission immédiate.
Dans le dossier établi par la direction, il est décrit par Pierre Besset, alors député du PCF et ancien compagnon de prison à Saint-Étienne, comme ayant “des conceptions anarchistes qu’il n’a pas su éjecter et dont il ne cherche même pas à se débarrasser.”. On le décrit comme intelligent mais “dépourvu presque totalement de l’esprit de parti.” “Il veut apparaître aux yeux de ceux qui l’entourent comme détenant le monopole d’une ligne politique juste. Ses conceptions politiques sont fausses.”
Dès le lendemain de l’envoi de ce rapport de Pierre Besset, Néron est convoqué pour comparaître devant le Bureau fédéral du Puy-de-Dôme devant Planeix, Michel, Minard, Marchadier et un représentant du Secrétariat national. On lui reproche son pessimisme et son défaitisme lors de son incarcération à Saint-Étienne, son retard pour reprendre contact avec le Parti après son évasion, ses désaccords affichés depuis la Libération concernant la formation du gouvernement et la politique paysanne du Parti. Enfin, on lui reproche de freiner l’essor du parti et la montée de nouveaux cadres à Thiers en raison de sa personnalité.
Il reconnaît avoir critiqué le mot d’ordre de “revalorisation des produits agricoles” qui n’a nullement fait reculer la spéculation. Il était favorable à la formation d’un gouvernement d’union républicaine avec communistes, socialistes et radicaux plutôt que la réduction du gouvernement Gouin. Néron s’étonne de ces reproches puisque convoqué devant un représentant de la Commission des cadres à Clermont-Ferrand en juillet 1946, il estimait que tout avait été aplani par la discussion et qu’on l’encourageait au contraire à poursuivre son travail d’organisation à Thiers.
Il dit avoir le soutien de ses camarades de Thiers qui l’ont élu au bureau de la section et qui sont indignés par les accusations portées contre lui. Il dit être prêt à s’expliquer devant les organisations du parti mais pour protester contre cette décision qualifié d’inique, il estime n’avoir pas d’autres moyens que la démission. Dans un entretien qu’il donna au journal de la fédération PCF du Puy-de-Dôme en 1989, l’ancien adjoint de Néron à Thiers en tant que trésorier, Jules Ferrari, déclare n’avoir jamais approuvé l’exclusion de Néron. Pour lui, la rupture serait due à un désaccord sur l’attitude du Parti vis-à-vis de la social-démocratie.
Dans un courrier à Rozier en 1969, il lui rappelle qu’il a été exclu du PCF en 1947 pour 2 ans “pour trotskisme”, et qu’il a par la suite refusé de donner suite à sa demande de réintégration. Néron fut mis au ban et il eut des difficultés pour avoir les attestations lui permettant de faire valoir ses droits comme ancien résistant. Selon René Dumont, c’est Robert Marchadier, secrétaire de l’UD CGT et membre du Comité central jusqu’en 1950, qui lui fournit son attestation.
Après un nouvel échec à la coopérative de mineurs dans l’Allier, il redevint artisan plâtrier à Thiers. En 1952, il entra à la Franc-maçonnerie. Il prit contact avec Hervé et Lecœur en 1956 et en 1957 et devint membre du conseil national de l’Action socialiste qu’il abandonna très vite pour adhérer au Parti socialiste à la fin de 1957.

À Thiers, il apparaissait dans les dernières années de sa vie comme une personnalité de gauche respectée, mais solitaire. Il s’était marié en 1925 avec Marguerite Coste à Thiers avec laquelle il eut une fille, précocement décédée, et un garçon né en 1930. Il se remaria en 1941 à Clermont-Ferrand.
Dans un courrier à Rozier en 1969, il dit n’avoir conservé aucun document sur la période de la résistance mais que ses nombreuses lectures sur le sujet le renforcent dans “son opinion que la résistance communiste n’a été qu’un aspect de la résistance française qui a pris sa forme réelle qu’après l’attaque de la Russie soviétique en juin 1941”. Ernest Néron a, à la même période, aidé Pierre Lemeunier dans son travail de maîtrise en Histoire sur la période de la guerre dans le Puy-de-Dôme.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article123856, notice NÉRON Étienne, Marius [pseudonyme dans la résistance : Marius, Poirier, Jean] par Jean-Pierre Vaudon, Eric Panthou, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 16 août 2019.

Par Jean-Pierre Vaudon, Eric Panthou

SOURCES : Arch. Dép. Puy-de-Dôme, M 04366 et M 05420. — Archives de la justice militaire au Blanc, registre du tribunal militaire de Clermont-Ferrand.— SHD Vincennes, 19 P 03/5 : état nomination des cadres ayant appartenu au Camp Jean-Chauvet, signé lieutenant Royer, le 17 décembre 1947 .— Témoignage de l’intéressé. — État civil. — RGASPI, 495 270 4325, dossier du Komintern.Fonds de la Section Française de l’Internationale Communiste : cote 517-1-1 1143 : Rapport sur la région Auvergne, février 1931.- Fonds de la Section Française de l’Internationale Communiste : 517-1, dossier dossier 1818 : Compte-rendu de la Conférence régionale du Puy-de-Dôme, 12 janvier 1936, par Léon Mauvais.- 517-1, dossier 1744 : Tournée dans le Puy-de-Dôme du 11 au 25 août 193, par Seinfori ; Lettre d’Ernest Néron au secrétariat du Parti, 8 février 1931-archives Roger Champrobert,, Lettre de Pierre Besset, député, au Secrétariat du PCF. Rapport sur l’attitude du Camarade Néron pendant sa détention à la prison de Saint-Etienne, 4 février 1947. - Note d’Alphonse Rozier sur le procès d’Etienne Néron en 1941 (archives privées Alphonse Rozier) .— Lettre de Ernest Néron au camarade Jean Brasset, secrétaire de la cellule Alexandre Nony à Thiers, le 8 février 1947, 4 p. (archives privées d’Eric Panthou)- Lettre d’A. Planche, secrétaire syndical de Thiers à Robert Marchadier, secrétaire de l’UD CGT du Puy-de-Dôme, 24 août 1946 (archives privées d’Eric Panthou)-Archives Alphonse Rozier, Lettre d’Ernest Néron à Alphonse Rozier, 26 et 30 août 1969 ; et ”Le meneur communiste Néron est condamné aux travaux forcés à perpétuité, L’Avenir du Plateau central, 15 juin 1941 -AD63 1296W75 : Le commissaire chef de la sûreté au préfet, 27 février 1941 -Notice individuelle à établir au moment de l’arrestation. Néron (AD63 : 1296W75) -”Libérez Etienne Néron”, tract (AD63 1296W75) - AD63 1296W75 Le commissaire de police au commissaire divisionnaire chef de la 2° section, police criminelle, 17 février 1941, Vichy. AD63 1296W75 : le commissaire divisionnaire de la surveillance du Territoire à monsieur l’Inspecteur général des Services de la Surveillance du Territoire à Vichy, le 21 janvier 1941- AD63 1296W75 PV déposition de témoin. Marguerite Coste, née Néron, 30/01/1941.-AD63 1296W87 : Le commandant de la Prison militaire de Clermont-Ferrand à monsieur le Colonel Juge d’Instruction près le Tribunal Militaire de la 13° Division Militaire, le 24 juin 1941. Raymond Guillauneuf, “La Gauche non conformiste dans le Puy-de-Dôme de 1945 à 1960”, Revue d’Auvergne, tome 91, 1977, p. 263-345, Jean-Pierre Vaudon, “L’implantation du Parti communiste dans les milieux ruraux des arrondissements d’Issoire et de Thiers de 1920 à 1936”, Le Mouvement social, n°74, 1971, p. 75-98 ; Jean-Pierre Vaudon, Le Parti communiste aux élections dans les arrondissements d’Issoire et de Thiers de 1920 à 1936, mémoire maîtrise, 1969, Université Clermont-Ferrand ; témoignage d’Ernest Néron, recueilli par Jean-Pierre Vaudon ; version non corrigée du projet d’article "Un communiste de la première heure, Jules Ferrari", paru dans Regards sur l’Auvergne, 25 avril 1989 (Archives Roger Champrobert), "La répression dans notre région", Le Cri du Peuple, 12 septembre 1931 .— entretien René Raymond avec Jean-Philippe Mangeon, 8 septembre 1997 .— Note de Jean-Pierre Besse.

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