MORUCCI Paul, François

Par A. Olivesi

Né le 23 juin 1868 à Castineta (Corse) ; mort le 26 janvier 1935 à Château-Arnoux (Basses-Alpes) ; médecin ; militant socialiste puis communiste ; conseiller municipal de Marseille et député des Bouches-du-Rhône entre 1900 et 1924 ; écrivain et poète.

Les parents de Paul Morucci étaient originaires du canton de Morosaglia. Son père était instituteur. Il fit ses études secondaires au lycée de Bastia. Après le baccalauréat, il ne put, en raison d’une frêle constitution, être reçu au concours d’entrée dans l’administration des Douanes et fut exempté, par ailleurs, du service militaire. À la mort de son père, il vint s’établir à Marseille avec sa famille dans le quartier populaire de Vauban. Il connut une vie matérielle difficile et endura beaucoup de privations pour faire ses études à l’École de médecine et de pharmacie. Sa mère et ses sœurs accomplissaient des travaux de couture pour l’aider.

En 1895, il obtint le premier prix d’anatomie humaine et de physiologie. Il acheva ses études à la faculté de Montpellier et devint docteur en 1897. Il s’installa aussitôt dans son quartier de Vauban où, il fut rapidement apprécié comme "docteur des pauvres". Il rejoignit Flaissières dans l’action militante, au sein du socialisme indépendant marseillais qu’il représenta à Wagram en 1900, année où il fut élu conseiller municipal sur la liste de ce dernier. Délégué de La Montagne, groupe marseillais de la FSR au congrès de Paris, salle Wagram (1900), Morucci y représentait aussi l’Étoile socialiste du quartier de Breteuil affiliée à la fédération autonome. Il était en même temps président de l’Amicale des instituteurs laïques du quartier Vauban. Invalidé en 1902, il fit campagne pour Flaissières, cette année-là, aux élections législatives dans la 5e circonscription, celle d’Endoume et de Vauban, mais sans succès et il fut battu également aux municipales ; il échoua à nouveau trois ans plus tard.

Morucci n’adhéra pas au Parti socialiste SFIO en 1905, mais fut réélu en tête d’une liste d’union groupant des radicaux, des SFIO et des socialistes indépendants aux élections municipales de 1908 dans la 6e section qui englobait son quartier, avec 5 422 voix. Il devint adjoint délégué aux Beaux-Arts dans les municipalités Allard puis Cadenat. Il se déclarait alors républicain-socialiste et fidèle à Flaissières. Soucieux de réalisations culturelles telles que la création de trois postes de professeurs à l’école des Beaux-Arts qui permirent à des écrivains, des artistes et des peintres, tel Valère, Bernard, Capoulié du Félibrige, de poursuivre leur œuvre, il fit adopter également, en 1912, par le conseil municipal, une subvention de 40 000 francs en faveur de l’Encyclopédie des Bouches-du-Rhône. Il s’occupa, par ailleurs, à l’hôtel de ville, des halles centrales, de l’école de médecine, des questions scolaires et sanitaires (épuration des eaux).

Morucci, qu’il ne faut pas confondre avec Merucci, membre du Parti socialiste et délégué à divers congrès nationaux de ce parti (voir Dictionnaire, t. 14, p. 147), fut candidat aux élections législatives de 1910 dans la 5e circonscription en même temps que le député sortant SFIO. Carlier, qui le devança de 300 voix. Mais ce fut le nationaliste Bouge qui fut élu au premier tour. Aux élections municipales de 1912, Morucci arriva en tête de la liste d’Union de la gauche conduite par le maire sortant, B. Cadenat, avec près de 26 000 suffrages, mais la droite l’emporta de nouveau.

Morucci participa au congrès de la Fédération républicaine socialiste des Bouches-du-Rhône en février 1913. On aurait tort de le présenter, à cette époque, comme un socialiste modéré ou un réformiste. Dès 1909, dans le Cercle de la démocratie sociale, qu’il avait fondé, il organisait des rencontres hebdomadaires entre ouvriers et intellectuels et gardait le contact avec le monde syndical. Il soutint les grèves des Inscrits maritimes de Marseille, en 1901 et en 1912, fit campagne pour Jules Durand en 1911, accueillit la même année Benito Mussolini expulsé de Suisse.

En 1914, il déclina l’offre du Parti républicain socialiste d’être candidat dans la 5e circonscription. Il semble qu’on ait songé à lui comme candidat d’union de la gauche dans la 1re où les Corses étaient nombreux, mais il se contenta de participer à la campagne en faveur de Bergeron (républicain-socialiste) qui fut élu au second tour.

Ce fut pendant la Première Guerre mondiale, si l’on se réfère à Rouge-Midi (2 février 1935) qu’il adhéra au Parti socialiste SFIO "pour y combattre le chauvinisme et le social-patriotisme". Son expérience de médecin militaire sur le front en 1915, puis dans les hôpitaux marseillais jusqu’en 1918 ne fit que renforcer ses convictions déjà pacifistes. Il dénonça, en effet, l’Union sacrée et c’est pourquoi neuf sections du Parti socialiste le désignèrent pour être candidat sur la liste présentée par ce dernier aux élections législatives de 1919 dans la 1re circonscription des Bouches-du-Rhône. Il fut élu au quotient, avec 34 594 voix sur 84 000 votants.

Morucci adhéra au Parti communiste après le congrès de Tours. Il défendit, à la Chambre, les thèses de son parti, mais aussi les intérêts de Marseille et de la Corse. Il intervint pour obtenir la création d’une chaire de langue et de littérature romanes à la faculté des lettres d’Aix (Léon Bérard étant alors ministre de l’Instruction publique) et reçut, sur ce point, l’appui de Léon Daudet. Il fut membre de plusieurs commissions parlementaires : Algérie, colonies et protectorats, hygiène, marine marchande, comptes définitifs et économies. Il s’attacha notamment aux problèmes de l’assistance médicale et des licenciements d’ouvriers. Il intervint à propos d’une interpellation sur la suppression par décret de la loi de huit heures dans la marine marchande, dans la discussion d’un projet de loi relatif à l’avortement, au cours d’une discussion concernant les grévistes de la faim détenus à la prison de la Santé ainsi que dans une autre ayant pour objet la réalisation d’économies et la création de nouvelles ressources fiscales.

Au cours de l’un de ses déplacements en train, entre Paris et Marseille, dans la nuit du 24 au 25 juillet 1921, il fut victime, avec d’autres voyageurs, d’une agression attribuée, par erreur, à des anarchistes, et présentée plus tard comme un attentat. Aux élections de 1924, il dirigea la liste du Bloc ouvrier et paysan à Marseille, obtenant, personnellement, 7 929 voix pour une moyenne de 6 160. Fidèle à ses convictions, il avait refusé toutes les offres qui lui auraient permis de conserver son siège de député.

Morucci se retira en 1924 à Bastia où il prit la succession d’un cousin, médecin malade et âgé, en 1928. Cette année-là, il fut le candidat du Parti communiste dans la 5e circonscription de Marseille, qui ne correspondait plus du tout à celle d’avant-guerre mais englobait la banlieue nord-est de la ville et le canton minier de Roquevaire. Il rassembla sur son nom 1 400 voix au premier tour et 1 287 au second.

L’année suivante, pour les municipales, le PC le rappela de nouveau à Marseille pour conduire la liste communiste contre celles de Flaissières, de Tasso et de la droite. Cette liste ne recueillit qu’une moyenne de 6 232 suffrages alors que la popularité personnelle de Morucci, demeurée intacte se traduisit par un apport de 10 606 voix au premier tour et de 9 795 au second. Il fut encore candidat aux législatives en 1932, toujours dans la 5e circonscription et obtint, cette fois 1 636 voix au premier tour et 1 195 au second. Au cours de la campagne électorale, il avait été interpellé par des gendarmes pour avoir jeté, de sa voiture, des tracts antimilitaristes devant l’entrée du camp militaire de Sainte-Marthe.

Il mourut pauvre, l’année suivante, laissant le souvenir d’un homme intègre et scrupuleux, au caractère noble et généreux. Morucci fut toujours le contraire d’un politicien. La rue des Tonneliers, où il résida et exerça pendant de longues années dans le quartier Vauban, rappelle aujourd’hui le nom du docteur Morucci à Marseille.

Marié en 1901, Morucci était père de deux enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article123262, notice MORUCCI Paul, François par A. Olivesi, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par A. Olivesi

ŒUVRE : Monéros et Cyancée, tragédie pastorale en trois actes dédiée à Jean Richepin, Éd. Coulanges, Paris, 1914 (rééd. 1928 chez Eugène Figuière). — Kallisté, recueil de vers, même éditeur, 1923. — Ali de Tebelen, trilogie en vers, ibid, 1924. — Merovig, drame historique en cinq actes et en vers, ibid, 1926. — La tragédie des nations, trilogie en vers (d’inspiration communiste), ibid, 1927. — Chants Thithoniens, poèmes, ibid, 1930. — Poèmes racheliens, ibid, 1932.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M3/42 et 44 ; II M3/46 ; II M3/50, 51, 52, 54, 55, 56, 57, 58 et 59 ; V M2/218, 224, 230, 256 et 276 ; M6/3412, rapport de police du 19 février 1911. — Presse locale, notamment Le Petit Provençal, 4 mai 1908, 3 février 1912, 24 février 1913 et dans les périodes électorales ultérieures jusqu’en 1932. — Rouge-Midi, 13 janvier 1934, 2 février 1935 (nécrologie et photo). — Marseille-Libre, 28 janvier 1935 (nécrologie). — Massalia. — Bulletin municipal officiel de la ville de Marseille. — Dictionnaire des parlementaires français, t. VII, p. 2527. — Le Mémorial des Corses, op. cit., t. 6 (Photo). — Jean Vaucoret, Les Corses à Marseille en 1914., op. cit. — Témoignages de Mme Laure Marchetti, fille du docteur Morucci, de Charles Moracchini et de Toussaint Marchioni. — Dossier établi par Mme Claudie Batteau.

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