Née le 28 octobre 1901 à Angers (Maine-et-Loire), morte à Quimper le 14 février 1991 ; sténodactylo ; syndicaliste et anarchiste ; compagne de Buenaventura Durruti.

Fille d’un militant syndicaliste du Bâtiment, Émilienne Morin fréquenta très jeune les milieux révolutionnaires. Elle milita dans le groupe du XVe arr. de Paris des Jeunesses syndicalistes de la Seine et fit partie en 1923 de leur Bureau. Vers 1926, elle fit la connaissance de Buenaventura Durruti à la Librairie anarchiste de la rue des Prairies, Paris (XXe arr.) et devint sa compagne. En juillet 1927, Durruti ayant été expulsé en Belgique, elle abandonna son emploi de sténodactylo et partit le rejoindre à Bruxelles où résidaient alors de nombreux anarchistes espagnols qui y vivaient dans une semi-clandestinité. Elle y rencontra notamment, au début de 1928, Lola Iturbe, elle-même militante anarchiste et compagne de Juan Manuel Molina, qui la décrit ainsi : "Émilienne était alors une jeune femme très agréable, au teint clair et aux yeux bleus, avec les cheveux coupés à la garçonne. Son caractère énergique, ses convictions idéologiques et ses dons oratoires se manifestaient dans les controverses publiques — spécialement avec les communistes — qui se déroulaient à la Maison du Peuple, à Bruxelles."
Le jeune couple mena une vie difficile de proscrit jusqu’en 1931, date à laquelle ils se rendirent en Espagne où la République venait d’être proclamée et où ils poursuivirent leur activité militante. C’est ainsi qu’Émilienne collabora alors aux périodiques de la CNT (Confédération nationale du travail) et participa à de nombreuses réunions et manifestations. Le 4 décembre 1931, elle mit au monde une fille qu’elle allait devoir élever seule, son compagnon étant pratiquement toujours pourchassé ou emprisonné.
Lors de la guerre civile et de la révolution espagnole, Émilienne Morin rejoignit la colonne Durruti sur le front d’Aragon et travailla comme secrétaire au quartier général de cette formation. Mais les soins que nécessitait sa petite fille l’obligèrent bientôt à quitter le front tandis que son compagnon partait à Madrid, avec une partie de sa colonne, pour soutenir la capitale où il devait trouver la mort le 20 novembre 1936. Après avoir travaillé un moment au conseil de défense, Émilienne rentra en France en 1938 et mena campagne, par la plume et par la parole, en faveur des révolutionnaires espagnols. Elle collabora alors notamment à la Solidarité internationale antifasciste animée par Louis Lecoin et Nicolas Faucier ainsi qu’au Libertaire, organe de l’Union anarchiste, dans lequel elle publia ses souvenirs du front (cf. n° du 7 juillet 1938).
Après la guerre elle continua d’entretenir des relations avec de nombreux militants espagnols et ce jusqu’à son décès survenu à Quimper, où elle s’était retirée, le 14 février 1991.

SOURCES : Le Cri (n° de juillet, novembre et décembre 1923). — Lola Iturbe, La Mujer en la lucha social, Éd. Mexicanos unidos, Mexico, 1974, 220 p. — Abel Paz, Durruti, le peuple en armes, Éd. de la Tête de Feuilles, Paris, 1972, 551 p.

René Bianco

Version imprimable de cet article Version imprimable