MONJAUVIS Lucien, Henri dit MONTGEAU

Par Claude Pennetier

Né le 2 décembre 1904 à Paris (XIIIe arr.), mort le 15 décembre 1986 à Paris (Ve arr.) ; ajusteur-outilleur ; secrétaire de l’Union unitaire de la métallurgie ; député du XIIIe arr. de Paris (1932-1936) ; résistant ; préfet de la Loire à la Libération.

Enfant du XIIIe arr., fils d’un ajusteur et d’une mécanicienne en chaussure à domicile, Lucien Monjaunis obtint le CEP et quitta l’école à onze ans et demi. D’abord apprenti boucher pendant un an et demi, il entra à l’école d’apprentissage des usines Panhard où son père était chef d’équipe et où il participa déjà à la grève de 1917. Il en sortit ajusteur-outilleur et falsifia son âge pour se faire embaucher comme compagnon. Il adhéra à la CGT en 1919. Il travailla ensuite, selon son autobiographie, dans une cinquantaine d’usines métallurgiques de la région parisienne dont De Dion où il fut délégué général à la grève de 1923 contre la retenue de l’impôt sur les salaires, Citroën, Renault, puis à l’Alsthom où il dirigea la grève de décembre 1929. Il devint alors en mars 1929 secrétaire de l’Union syndicale unitaire des travailleurs de la Métallurgie de la Région parisienne puis il fut permanent appointé en mars 1930 de la XXe Union CGTU.

Avant sont incorporation, en septembre 1924, il adhéra au PC et devint membre du sous-rayon du XIIIe arr. et de la 4e Entente des JC Il effectua son service militaire à Toul de novembre 1924 à novembre 1926 au 20e BOA. Il fut condamné en juin 1926 par le 20e conseil de guerre de Nancy à six mois de prison pour avoir milité, avec les liaisons civiles que le Centre lui avait fait parvenir, contre la guerre du Maroc. Il accomplit sa peine au pénitencier de Strasbourg où il fit deux fois huit jours de mitard... et il y lut Des Jésuites de Michelet et Quinet...

A son retour, il ne cessa de militer dans le comité de sous-rayon des JC du XIIIe où il était responsable de l’Amicale des conscrits. A la suite de discussions avec la direction de la 4e Entente sur les faiblesses et erreurs de son activité il reprit sa carte au Parti et, après embauche chez Citroën, il milita dans le 6e rayon au comité du XVe arr. Devenu permanent syndical, il fit sa mutation dans le sous-rayon du XIIIe en 1930. En mars 1930, il fut délégué de la CGTU à Hénin-Liétard à la grève des mineurs. En 1931 il suivit pendant deux mois une école centrale du PC à Pierrefitte en même temps que Jean-Pierre Timbaud* et Jeannette Vermeersch*. Il fut secrétaire de la XXe Union CGTU jusqu’à la réunification syndicale et appartint ensuite au comité fédéral de la Fédération réunifiée des métaux.

Propagandiste très actif, un des principaux militants communistes du sous-rayon (XIIIe et Ve arr.), il fut arrêté à plusieurs reprises au cours des années trente pour distribution de tracts et d’entraves au travail mais sans suites judiciaires. Candidat aux élections législatives de 1932 dans la 2e circonscription du XIIIe arr. de Paris, Monjauvis recueillit au second tour 6 880 voix contre 5 933 à André Tardieu sur 16 955 votants et fut élu. Il appartint aux commissions du Travail et de Législation civile et criminelle. Au renouvellement de 1936, il dut abandonner sa circonscription à André Marty* et se présenta dans la 1re circonscription du XIIIe arr. où il était beaucoup moins connu. Il fut devancé par Louis Gélis* candidat d’unité ouvrière. Il obtint 8 347 voix contre 9 783 à Gélis et 236 à Boulanger, candidat de droite, sur 18 366 suffrages exprimés.

En 1937, élu dans le quartier de la Gare (XIIIe arr.) en remplacement d’André Marty*, démissionnaire, Monjauvis entra au conseil municipal de Paris. Mobilisé le 1er septembre 1939, il fut déchu de son mandat le 21 janvier 1940 pour avoir approuvé le Pacte germano-soviétique. Prisonnier de guerre au stalag IV G, il y subit une grave opération puis réussit à rentrer en France sous une fausse identité en 1943. Résistant, il fut membre du comité directeur du Front national de la zone sud avec Georges Marrane* et Yves Farge*.

A la Libération, Lucien Monjauvis fut préfet de la Loire du 3 septembre 1944 au 20 septembre 1947, puis de la Savoie jusqu’au 1er décembre 1947. Il reprit alors ses activités syndicales comme secrétaire des Métaux CGT de la région parisienne. En 1948, il devint secrétaire de l’Union CGT de la région parisienne, tâche qu’il assuma jusqu’en 1951 faisant ensuite simplement partie du bureau. Membre du Conseil économique et social, il présida le groupe CGT de 1951 à 1972. Il avait été candidat aux élections législatives dans la Seine en 1957. Dans les années quatre-vingt, il était secrétaire général des vétérans communistes.

Lucien Monjauvis s’était marié le 31 janvier 1935 à Paris (XIIIe arr.) avec une dactylographe. Sa sœur, Suzanne avait épousé en 1939 Maurice Lime*.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article122751, notice MONJAUVIS Lucien, Henri dit MONTGEAU par Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 28 février 2018.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : La sanglante provocation de Constantine. Rapport de la délégation ouvrière d’enquête [en collab. avec A. Zimmermann, maître Haje], Paris, Les Publications révolutionnaires, 1935. —Jean-Pierre Timbaud, Éditions sociales, 1971. — Un mois en Union soviétique par la délégation de la CGT aux faits du 34e anniversaire de la Révolution soviétique, 64 p., Paris, 1950-1951. — En collaboration : Le XIIIe arr. de Paris, du Front populaire à la Libération, Éditeurs français réunis, 1977.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12771. — Arch. PPo. 321. — Compte rendu du congrès de la Fédération des Métaux, 1936. — Les cahiers de l’Institut CGT d’histoire sociale, n° 21, mars 1987. — J. Jolly, Dictionnaire des parlementaires français, t. 7. — Nos édiles, op. cit. — G. Lachapelle, Les élections législatives, op. cit.La Vie du XIIIe , 15 juin 1937. — P. Plagnard, « L’implantation du Parti communiste dans le XIIIe arr » in Jacques Girault, L’implantation du Parti communiste français dans l’entre-deux-guerres, Éditions sociales, 1977. — B. Pudal, Prendre parti..., Presses de la FNSP., 1989. — S. Courtois, La politique du PCF et ses aspects syndicaux, Thèse, op. cit. — État civil. — Archives Komintern, RGASPI, Moscou, n° 495 193 216.

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