Né le 29 mai 1900 à Saint-Rémy-lès-Chevreuse (Seine-et-Oise), mort le 3 décembre 1979 à Maisons-Laffitte (Yvelines) ; exerça divers métiers ; écrivain ; militant anarchiste, puis socialiste.

La mère de René Michaud, fille de paysans de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, travaillait avant son mariage comme blanchisseuse. Son père était employé des chemins de fer. Après le suicide de ce dernier en 1905, la mère de René Michaud, qui avait trois jeunes enfants à élever et demeurait à Bourg-la-Reine, revint à Saint-Rémy, puis gagna Paris pour exercer son métier à domicile. Elle loua un petit logement dans un des quartiers les plus pauvres, passage Charles-Bertheau (XIIIe arr.). A treize ans, René quitta l’école primaire sans avoir obtenu le Certificat d’études. Il alla travailler dans une petite fabrique de cartonnage employant surtout une main-d’œuvre bon marché de femmes et d’apprentis. Refusant de faire des heures supplémentaires non payées, René Michaud s’en alla au bout de trois mois.
En 1914, il fut embauché comme apprenti dans une fabrique de chaussures et, dans les années qui suivirent, apprit lui-même sur le tas le métier de monteur en chaussures qu’il pratiqua jusqu’en 1925. Gréviste en 1917, il adhéra à la CGT et se sentit attiré par l’idéal anarchiste au moment de l’affaire Cottin (voir Émile Cottin*). Il organisa des grèves dans les entreprises où il travaillait, ce qui l’obligea à changer fréquemment d’employeur. En 1921, il adhéra à la CGTU et, en avril, fut appelé au service militaire à Chaumont (Haute-Marne). Antimilitariste et antipatriote (il le resta toute sa vie), il déserta au bout de douze jours, partit à Lyon chez des compagnons cordonniers anarchistes auxquels il avait été recommandé par Louis Lecoin*. Il adopta le pseudonyme de Michaud qu’il conserva désormais. Il se perfectionna dans la chaussure sur mesure, mais repéré par la police à la suite du congrès anarchiste de Lyon (1921), il dut gagner Romans où il fut accueilli par d’autres ouvriers libertaires, se liant avec Georges Navel*, Théophile Argence*, Auguste Herclet* et de nombreux militants.
Sa participation aux réunions anarchistes le fit de nouveau remarquer par la police, et en 1922, il revint à Paris où il logea dans un hôtel du XVIIIe arr. avec de jeunes anarchistes et syndicalistes. Bientôt, il jugea prudent de déménager. Mais, las de se cacher et de se tenir à l’écart de tout militantisme actif, il simula la maladie et parvint à se faire réformer et acquitter par le conseil de guerre. Toute cette période de sa vie, depuis son enfance, René Michaud l’a racontée dans un récit, J’avais vingt ans, paru en 1965, où il a ressuscité l’atmosphère des milieux réfractaires de cette époque. De 1923 à 1925, René Michaud participa aux « Fêtes du peuple » créées par Albert Doyen*, adhéra, en 1924, à l’Université des Amis de connaître fondée par Henry Marx et y rencontra Boris Souvarine*. Après l’éclatement du groupe des Amis de connaître, il rejoignit le Cercle Marx-Lénine, dénommé plus tard Cercle communiste démocratique et y étudia, avec Lucien Laurat*, les problèmes du marxisme. Il fréquenta les militants qui, autour de Souvarine, animaient le noyau du Bulletin communiste, puis de La Critique sociale : Jean Bernier* (voir Jean Charles Bernier*), Ferdinand Charbit*, Michel Collinet*, Nicolas Lazarévitch,* Aimé Patri*, etc., ainsi que Georges Bataille*, Raymond Queneau, Simone Weil*.
Représentant de commerce à partir de 1925, René Michaud devint fabricant de bijouterie fantaisie en 1928, puis chauffeur de taxi en 1931. En 1932, il rejoignit le syndicat CGT des conducteurs de taxi et, avec Lucien Laurat et Marcelle Pommera*, adhéra au Parti socialiste. En compagnie de ces derniers, il fit partie de l’équipe du Combat marxiste, puis d’Idée et action, et des éditions du « Nouveau Prométhée » fondées par W. Epstein*, défendit avec le groupe « Révolution constructive » les conceptions du planisme (économie dirigée et nationalisations) que l’on retrouve dans le Plan de la CGT, et fit, aux « Amis du monde » et aux Jeunesses socialistes, des exposés sur l’économie marxiste et les objectifs du Plan, dont les résumés forment le contenu de sa brochure, Du capitalisme au socialisme.
De nouveau représentant en 1934, René Michaud fut cofondateur du syndicat des VRP dont il devint secrétaire adjoint jusqu’à l’unité syndicale en 1936, et il participa aux travaux de formation de l’école socialiste placée sous la direction d’Alexandre Bracke* et Lucien Laurat. Pendant les grèves de 1936, René Michaud s’occupa particulièrement des magasins à prix unique et des commerces de tissus en gros pour lesquels, au nom de la Fédération des employés, il signa un certain nombre de contrats collectifs. Il publia dans Le Peuple des textes sur le Plan et, dans Syndicats, une série d’articles sur la Lutte de classes et collaboration de classes. De 1938 à 1940, il fut rédacteur en chef de la Terre drômoise, hebdomadaire agricole de René Brunet.
Mobilisé en avril 1940, il fut fait prisonnier. De retour en France en 1943, il suivit les cours de l’École supérieure d’organisation professionnelle. En 1946, dans un ouvrage collectif, Grandeur et déclin de la France, il écrivit la partie consacrée aux réformes sociales de 1936.
Après avoir été inspecteur de presse en 1945, Michaud devint libraire en 1947, métier qu’il exerça pendant dix ans. Vers 1950, il participa aux activités des Amis de la liberté, organisa des échanges de travailleurs entre la France et l’Allemagne, dont l’objectif était de développer la compréhension entre les peuples, et rédigea Informations et ripostes. En 1951, avec Michel Collinet, Marcel Hytte*, Lucien Laurat*, Rossi, Albert Vassart*, René Michaud contribua à la création du Cercle d’études sociologiques dont il assura le secrétariat. Le cercle faisait l’inventaire des expériences ouvrières et résumait ses positions et propositions dans une Lettre aux militants. Adhérent à la CGT-FO, Michaud prépara en tant qu’expert, des rapports économiques pour la Fédération de la Métallurgie et entra au bureau d’études économiques de la confédération. De 1951 à 1963, il fut chargé du bureau de presse de FO Enfin, de 1963 à 1969, année de sa retraite, René Michaud collabora aux activités de l’Organisation générale des consommateurs (OR GE CO) créée par des syndicalistes et dont il rédigea le bulletin.
René Michaud s’était marié en 1937 à Paris (XVIe arr.). Son épouse, Cécile, appartint aux Femmes socialistes.

ŒUVRE : Du Capitalisme au socialisme, Nouveau Prométhée, Paris, 1934. — Grandeur et déclin de la France, ouvrage en collaboration, éd. André Martel, Paris, 1946. — J’avais vingt ans, éd. Syndicalistes, Paris, 1967 (réédition 1981).

SOURCES : J’avais vingt ans, rééd. Syros, 1981. — Correspondance de René Michaud. — État civil. — Une brève nécrologie est parue dans Le Réfractaire en janvier 1980.

Jean Prugnot

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