BONVALOT Denis

Par Jeannine Olmi

Né le 9 novembre 1941 à Langres (Haute-Marne) ; ouvrier dans la sidérurgie en Lorraine puis cheminot ; militant de la CGT marqué par les grèves de mai-juin 1968 ; responsable Europe à Prague dans le cadre de la Fédération syndicale mondiale (FSM) (1984-1987), puis en « dissidence » ; communiste puis socialiste.

Denis Bonvalot était le deuxième enfant d’Henri Bonvalot et de Paulette Chaudron. Son père, successivement ouvrier agricole et chauffeur routier, fut tué au maquis de Varennes Andilly en août 1944. Sa mère, couturière à façon, fut relais courrier dans le mouvement de résistance à l’occupant. Sur l’échiquier politique, ses ascendants étaient laïques et républicains de gauche.

En 1953, l’enfant Bonvalot fut scolarisé dans un établissement des enfants de troupe des Andelys dans l’Eure. Dès son plus jeune âge il se trouva otage d’un paradoxe. Celui d’un élève déclaré athée, dans ce centre d’éducation encadré par des séminaristes faisant leur service militaire. Un an après son admission, il fut renvoyé pour insuffisance de motivation. C’est à Chartres, où il rejoignit le foyer familial qu’il poursuivit sa scolarité au collège d’enseignement général situé à l’ombre de la cathédrale. C’est durant son passage aux Andelys qu’il intériorisa la personnalité frondeuse qu’il mettra en œuvre à plusieurs reprises au cours de sa vie militante. Resté hostile à l’influence religieuse, l’élève chartrain persista à contester l’autorité de l’enseignement fut-il laïque. Le BEPC qu’il obtint à l’âge de dix-sept ans, marqua le point final d’un univers studieux relativement chaotique. Il effectua son service militaire dans un régiment disciplinaire de l’infanterie de marine. C’est l’époque de la guerre d’Algérie. Blessé en 1961, il fut titulaire d’une pension d’invalide militaire lorsqu’il s’installa en Lorraine où il a rejoignit sa famille qui avait quitté Chartres.

Embauché comme manœuvre à l’usine sidérurgique de Wendel de Moyeuvre en Moselle, il fut le seul français au service des hauts-fourneaux, parmi un prolétariat d’immigrés recrutés en fonction de leur docilité et de leur ardeur à la tâche. Révolté par la dureté des conditions de travail, il contribua à organiser un débrayage dans ce service où le dernier conflit datait de l’année1948. Les hauts-fourneaux furent arrêtés. L’ouvrier Denis Bonvalot était devenu indésirable. Quelques temps après la grève, il fut licencié pour insubordination. Sa carrière d’ouvrier sidérurgique avait duré dix mois. Il obtint son embauche à la SNCF en Moselle.

En 1963, au cours de la grève, il avait adhéré à la CFTC, très influente en Moselle. Il n’y resta que durant six mois. Son licenciement met fin à un engagement dicté davantage par les circonstances que par motivation, eût égard à l’obédience confessionnelle de l’organisation. Moins de deux ans après cette éphémère expérience syndicale, en 1965, il rejoignit la CGT et ce fut un résistant et communiste, maire de Damelevières, qui lui remit sa carte d’adhérent à la section syndicale des cheminots CGT de Blainville. Denis Bonvalot se vit confier l’animation d’une section de jeunes au niveau nanceien et régional de la SNCF. Élu délégué hygiène et sécurité, il se chargea aussi de développer la propagande syndicale au sein du secteur fédéral de Nancy.

C’est la secousse sociale de 1968 qui révéla ses qualités de leader. Animateur de l’occupation de la gare de Nancy, le jeune militant qui mit également son enthousiasme au service du développement du mouvement dans le bassin nancéien, attira l’attention d’Albert Balducci*, nouvellement élu secrétaire de l’union départementale de la CGT. Séduit par sa faconde et son aplomb, le dirigeant mineur lui propose de dynamiser l’union locale de Nancy en qualité de secrétaire général. A cette étape, le syndiqué cheminot découvre les conditions de travail qu’il qualifie de moyenâgeuses des ouvrières de Pierrette Teintnet et de la société Tablor qui octroie à ses ouvrières deux jetons journaliers pour se rendre aux toilettes. Avec une équipe de jeunes cégétistes motivés, il participa à la création d’une vingtaine de sections syndicales dans des entreprises inorganisées.

Le mouvement de mai 1968 ne fit pas l’unanimité dans la CGT régionale. Denis Bonvalot en fut l’un des fervents partisans d’un mouvement déterminé. Il se compta parmi la dizaine de minoritaires qui votèrent contre la reprise du travail à la commission exécutive de l’union départementale à la mi-juin. Nancy est une ville universitaire ; regrettant la prudence de la stratégie communiste, le jeune cheminot envisagea en revanche avec confiance l’issue du rapprochement qui se réalisait lors de l’occupation de la gare centrale, entre les milieux étudiants et ouvriers. Avec les étudiants de la cité ducale, les connivences ne se firent pas sur une base de savantes leçons de choses données à des salariés inexpérimentés, comme c’est parfois le cas dans les forums de la capitale. Il s’agissait d’échanges d’expériences et de savoirs. Le militant cégétiste et communiste fut d’ailleurs sollicité pour animer un débat l’École normale supérieure, sur les perspectives de la grève. Dès ses premiers pas de syndicaliste, l’appareil syndical nancéien remarqua l’originalité du jeune militant, ce qui ne l’empêcha pas d’investir dans cette personnalité singulière.

Denis Bonvalot avait trente-trois ans, lorsqu’il accéda au secrétariat général de l’union départementale de Meurthe-et-Moselle. En décembre 1977, il dirigea le comité CGT de la région lorraine dans la phase critique de la disparition des principales unités sidérurgiques. En 1984, le bureau confédéral le mandata à la FSM à Prague. Chargé des questions européennes, il y resta jusqu’en 1987.

En 1965, il adossa son adhésion à la CGT à un engagement au Parti communiste de Meurthe-et-Moselle. C’était l’époque de la séparation du département en deux fédérations. Nouvel adhérent, il participa au congrès d’Auboué qui consacra la sécession. Il s’engagea en politique dans le but d’agir en faveur du changement de société en germe en 1968. C’est ainsi qu’il se posa en partisan résolu d’une union des forces de gauche pour un programme commun de gouvernement. Il suivi le cycle des écoles du parti : fédérale à Nancy en 1967, centrale pendant un mois en 1970 à Choisy-le-Roi. A la veille de son départ pour la FSM, Denis Bonvalot était membre du comité régional du PCF de Lorraine. Candidat à Nancy sur une liste d’union aux élections municipales de 1977, il ne fut pas élu.

Son parcours militant s’inspira du sillon unitaire tracé par Georges Séguy avant et pendant le 40e congrès de Grenoble de 1978. Les premières années d’un pouvoir de gauche accentuèrent une crise interne au PCF, qui se prolongea au sein des instances de la CGT. Le vent ne souffla plus en faveur des unitaires. Le dirigeant lorrain se trouva de plus en plus souvent dans une position critique que le mandat à la FSM ne fit qu’accentuer.

À Prague les réalités de la FSM confirmèrent les questionnements. Denis Bonvalot sillonna l’Europe continentale et à cette occasion, constata au quotidien que le fonctionnement des démocraties populaires était antinomique du socialisme envisagé par la mouvance progressiste française. Tirant les conclusions de son rejet de la collusion du PCF avec le système de l’Est, il quitta le parti et par voie de conséquence, contesta la proximité du PCF avec la CGT qu’il considérait comme une ingérence néfaste pour l’organisation syndicale.

L’emprise du lorrain dans les instances syndicales fut ainsi déstabilisée à une période où la confédération de Montreuil était entrée en crise. Les dissidences qui se succédèrent au sein de la direction du PCF, se répercutèrent à l’intérieur de l’appareil cégétiste où orthodoxes et modernistes s’affrontèrent. En juillet 1987, le parcours syndical de Denis Bonvalot s’acheva dans la confusion d’un appareil affaibli. Deux ans après, à l’est de l’Europe continentale, le système épuisé s’effondra sur lui-même, entraînant dans sa chute certains espoirs d’alternance.

À quarante-six ans, le dirigeant cégétiste qui était en congé de la SNCF pour exercer ses mandats syndicaux à Prague, se retrouva sur le marché du travail à une période où le reflux de l’emploi était amorcé. Son bagage professionnel était difficilement négociable dans la sphère privée. Dans son entreprise d’origine, la SNCF, la carrière était arrimée au grade acquis dans le statut. Denis Bonvalot quitta l’entreprise à une position professionnelle de départ. Le « dissident » Bonvalot connut une période de chômage. Ayant l’objectif d’œuvrer au rapprochement syndical entre la CGT et la CFDT, il adhéra au PS, y resta trois ans et y cumula des délégations ponctuelles. En 1991 et 1992, il fut chargé de mission de Laurent Fabius, président de l’assemblée nationale, après avoir travaillé au conseil national des transports. Il prit sa retraite en 1997.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article1221, notice BONVALOT Denis par Jeannine Olmi, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 2 avril 2018.

Par Jeannine Olmi

SOURCES : Archives de l’union départementale de Meurthe-et-Moselle et du comité régional de Lorraine. — Entretien avec Gino Tognolli, journaliste à l’Est Républicain. — Articles de Patrick Jarreau dans Le Monde. — Portrait dans l’Est-Républicain, hiver 2002. — Articles dans les quotidiens : La Croix, Le Quotidien de Paris, Libération en 1987-1989.

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