MICARD Henri [MICARD Lucien, Henri]

Par Jacques Cousin Jacques Omnès

Né le 6 août 1897 à Paris (Vème arr.) ; mort le 2 mai 1966 à Epineux-le-Seguin (Mayenne) ; instituteur en Mayenne ; militant syndicaliste ; militant socialiste, conseiller municipal d’Epineux-le-Seguin.

Fils d’un maréchal forgeron devenu garçon de laboratoire à l’institut Pasteur et d’une femme de ménage - cuisinière, indiquée couturière à la naissance, Henri Micard fut élevé par ses grands-parents maternels près de La Flèche (Sarthe). Il fréquenta l’école primaire et obtint son certificat d’études en 1908.Victime d’un accident de chasse, il fut immobilisé plusieurs années. En dépit de ses souffrances, il passa le brevet élémentaire à dix-sept ans puis le brevet supérieur, qu’il avait préparé seul, à dix-neuf ans. En 1918, il fut nommé instituteur à Broglie (Eure) et, l’année suivante, épousa le 6 août 1919 à Noyen-sur-Sarthe (Sarthe), Marie-Thérèse Levrard, sa cousine, institutrice dans ce département. En septembre 1919, le jeune couple obtint un poste double à Cormeilles (Eure). Malade au printemps 1921, Henri Micard dut cesser tout travail. Après sa guérison, le couple fut envoyé à La Haye-Aubrée où il fut nommé secrétaire de mairie. Dans cette commune naquit leur fille Josette. En 1926, ils arrivèrent à Epineux-le-Seguin.

Le 2 décembre 1926, l’assemblée générale du syndicat des membres de l’enseignement laïque, affilié à la CGTU, ratifia l’adhésion de Micard. Celui-ci entra au conseil syndical en juillet 1929 qui ne comptait alors que deux membres du bureau et trois conseillers syndicaux (dont Micard). On lui confia la tâche de secrétaire de rédaction du bulletin mensuel L’Émancipation, organe du syndicat des membres de l’enseignement laïque en novembre 1931. Son mandat au conseil syndical et ses responsabilités de secrétaire de rédaction furent renouvelés au cours de l’assemblée générale du 10 mars 1932.

Il fut en même temps candidat sur la liste du syndicat de l’enseignement laïque aux élections pour le conseil départemental de l’enseignement primaire. Micard se montrait, alors, très critique envers le Syndicat national : « ce que je reproche aux chefs du SNI, c’est de ne rien faire, ou presque rien, pour orienter la masse qu’ils dirigent vers une action vigoureuse contre laquelle bien des résistances viendraient se briser ». La même année, il réclamait un comité d’action élu par une assemblée regroupant des fonctionnaires de toutes tendances et s’étonnait qu’en Mayenne, le SN ait repoussé l’ordre du jour proposé par le syndicat de l’enseignement. Il demandait aux deux CGT d’étudier les moyens propres à réaliser l’unité.

Micard fut traduit en correctionnelle pour avoir publié dans L’Émancipation, en janvier 1933, un « catéchisme rectifié » qui brocardait l’Église et la religion. Il fut relaxé (voir Gaumer* Paul). En juin 1933, Micard rédigea un rapport destiné à proposer des solutions pour résoudre les difficultés financières de la revue L’École Émancipée ; il suggérait de rendre l’abonnement obligatoire pour tout adhérent au syndicat de l’enseignement.

Il ne siégea pas au conseil syndical après l’assemblée générale du 19 juillet 1934 et fut remplacé par Maurice Michineau* au secrétariat de rédaction du bulletin. Quand on se mit à envisager sérieusement une fusion entre les deux syndicats d’enseignants, Micard adopta une attitude très fluctuante par rapport au droit d’organiser des tendances. À l’assemblée générale du syndicat de l’enseignement, le 11 juillet 1935, il s’opposa à Émile Goupil* en proposant que cette question ne constitue pas un motif de rejet de l’union, mais sa motion ne recueillit que 2 voix contre 14 à celle de Goupil. Par contre, à l’AG du 19 septembre, qui préparait le congrès de la CGTU des 23, 24, 25 et 26 septembre 1935, il proposa une motion commune avec le même Émile Goupil, motion qui fut votée à l’unanimité :
"Le syndicat de l’enseignement de la Mayenne entrera dans la CGT unique, mais il veut pour les tendances le droit à l’organisation. Il est décidé, si besoin est, à ne pas tenir compte des interdictions qu’on voudrait imposer à ce sujet". Micard fit partie, au titre du syndicat des membres de l’enseignement laïque de la Mayenne, de la commission mixte composée de deux délégations de 10 membres chacune, qui fut chargée, avant l’assemblée générale commune, de préparer la fusion. Deux réunions furent organisées le 24 octobre et le 21 novembre 1935. On y discuta âprement des statuts, et notamment de la législation sur laquelle s’appuierait le futur syndicat unifié : la loi de 1884 sur les syndicats ouvriers ou la loi de 1901 sur les associations ? L’assemblée de fusion elle-même se déroula le 5 décembre 1935 et trancha en faveur de la loi de 1884. Après l’adoption des statuts et la désignation des délégués au congrès national de fusion, on procéda à l’élection de la commission administrative comprenant dix ex-confédérés et six ex-unitaires. Micard qui avait initialement été désigné pour faire partie de la liste des six élus ex-unitaires ne fut finalement pas retenu.

Une autorisation de géminer les deux petites écoles d’Epineux-le-Seguin, où Micard et sa femme exerçaient, accordée par le comité consultatif le 23 avril 1936 allait causer bien des ennuis à Micard. Le nouveau curé du village annonça que l’église serait fermée à compter du 7 février 1937 tant que l’école resterait géminée. L’évêché, alerté, jeta un interdit religieux sur la commune aussi longtemps que les conseillers municipaux ne seraient pas revenus sur leur délibération. Le conflit prit fin le 5 mars 1937 par un nouveau vote du conseil municipal rétablissant deux écoles séparées.

Le 10 octobre 1936, Micard se présenta comme candidat socialiste SFIO au conseil d’arrondissement dans le canton de Meslay-du-Maine. Il obtint 247 voix (14 % des suffrages).

À l’AG de la section départementale du SNI du 3 décembre 1936, en application des nouveaux statuts, la commission administrative du syndicat fut remplacée pour moitié en tenant compte de la proportion des entrées à la CA au moment de la fusion et on procéda au remplacement de trois ex-unitaires et de cinq ex-confédérés. Henri Micard fut, cette fois, élu au titre des ex-unitaires. Cependant, alors qu’il avait été jusque-là extrêmement critique vis-à-vis du bureau national, il s’en rapprocha au début de 1938, au point d’en devenir un des principaux défenseurs. Micard entra alors en conflit ouvert avec René Sauleau*, Henri Mitard* et la majorité départementale à tendance "École émancipée", qui se trouvait, elle, en conflit quasi permanent avec André Delmas*, secrétaire général national. En janvier 1938, le mandat de Micard fut renouvelé non plus en assemblée générale, mais par un vote où chaque canton eut à élire son propre représentant à la CA. Micard avait fait adopter, à l’AG de décembre, un changement de statuts allant dans ce sens. Battu par 3 voix contre 6 à René Sauleau au premier tour de l’élection du secrétaire général le 13 janvier 1938, et 4 voix contre 7 à Chevillé à celle du trésorier, il n’obtint aucune responsabilité dans le bureau, pas même dans une commission.

Delmas, secrétaire général national assistait à l’assemblée générale de la section le 30 juin 1938. Micard y accusa la majorité départementale à tendance École émancipée, conduite par René Sauleau*, de former une tendance organisée, dressée contre le bureau national du SNI. Sauleau et son équipe furent mis en minorité sur le vote du rapport moral national par 85 voix contre 39. À l’AG du 6 octobre suivant, Mitard, Chevillé, Fautrad et Brilhault*, s’estimant désavoués, donnèrent leur démission du bureau en application de l’article 5 du règlement intérieur qui stipulait que le bureau syndical devait revenir à la majorité. Brunet abandonna ses responsabilités à la commission pédagogique et Sauleau, celles qu’il occupait à la commission d’éducation sociale. Tous accusèrent Micard de jouer sa carte personnelle et le rendirent responsable de la crise ouverte dans la section. Il fallut pourvoir au remplacement des démissionnaires. Micard fut élu secrétaire-adjoint de la section par 5 voix et 9 bulletins blancs. On ne put continuer les élections et il fallut attendre l’assemblée générale de l’après-midi. Pour sortir la section départementale de l’impasse, douze signataires (voir Auguste Beuneux*), dont Micard, publièrent alors « un appel à tous » dans La Voix Syndicale de novembre 1938, proposant une modification des statuts avec notamment un renouvellement possible des mandats, une réduction du nombre de membres du conseil syndical et un recours possible au référendum.

Micard et sa femme signèrent l’appel à la grève du 30 novembre 1938 lancé à tous les instituteurs mayennais. Cet arrêt de travail, décidé le 25 novembre par un comité confédéral de la CGT, se traduisit par un échec lourd de conséquences pour la section départementale du SNI, entraînant notamment la démission de Rouillet* de son poste de secrétaire général de la section. Les 45 instituteurs grévistes mayennais furent sanctionnés par une perte de huit jours de salaire. Le compte rendu de la grève à l’assemblée générale du 15 décembre 1938 donna lieu à de sévères empoignades entre les adhérents. Micard réclama un devoir de solidarité envers les camarades frappés de sanctions tout en refusant les démissions de ceux qui n’avaient pas fait grève, malgré l’appel qu’ils avaient signé (voir Loyant et Letessier). Une vaste opération de solidarité fut alors lancée par la section départementale du SNI dans le département en faveur des sanctionnés.

Micard fut réélu à la commission administrative de la section pour 1939 et devint secrétaire adjoint chargé de l’éducation sociale. Délégué par la section départementale de la Fédération générale des fonctionnaires, Henri Micard représenta la Mayenne au congrès national de la FGF du 20 au 22 mars 1939. Il évolua vers des positions « anti-munichoises », défendant au congrès fédéral de la SFIO la motion Blum, plus ferme à l’égard de l’Allemagne hitlérienne que celle de Paul Faure.

Non-mobilisé, Micard devint secrétaire adjoint du bureau provisoire de la section départementale du SNI mis en place par le conseil syndical du 5 octobre 1939. Puis il succéda à Auguste Beuneux, rappelé sous les drapeaux, au secrétariat de la section à partir du conseil syndical du 4 avril 1940. Comme tous les autres signataires de l’appel à la grève du 30 novembre 1938, Micard et sa femme furent sanctionnés, le 13 décembre 1940, pour activités extra-scolaires illicites et déplacés d’office du village d’Epineux-le-Seguin où ils exerçaient, à Chantrigné, autre commune mayennaise située à une soixantaine de kilomètres. Menacé de révocation, il préféra prendre sa retraite en présentant des certificats médicaux. Avec ses trois enfants, il partit à Nantes où sa femme obtint un poste. Évacué lors de bombardements, Henri Micard s’installa à Epineux-le-Seguin jusqu’à la Libération.

En 1945, Micard demanda sa réintégration dans l’enseignement. À Épineux, il créa en 1947 un foyer rural et devint membre du bureau de la Fédération nationale des foyers ruraux.

Micard fut réélu au conseil syndical par 430 voix sur 442 suffrages exprimés lors de la consultation des adhérents le 16 octobre 1947 et intégré à la commission corporative.

En 1947-1948, lors de la scission au sein de la CGT provoquée par des militants nationaux et départementaux de "Force ouvrière", il se trouva confronté comme tous les enseignants militants de l’époque au dilemne : rester adhérent à la CGT ? Quitter la CGT pour rejoindre la nouvelle confédération de la CGT-FO ou créer une Fédération indépendante des deux centrales ? Au conseil syndical du 8 janvier 1948, Micard estima que si le congrès du SNI décidait d’adhérer à la CGT, un groupe important d’instituteurs partirait. Le résultat serait le même en cas de départ vers FO. Il condamna les dirigeants de Force Ouvrière, coupables à ses yeux d’un véritable crime contre l’unité. Il considérait l’autonomie, comme un moindre mal et une solution provisoire prise dans l’intérêt de l’école et pour sauver l’unité des enseignants. Micard était plutôt, comme Goupil, favorable à la position du département de l’Yonne qui préconisait l’autonomie avec possibilité pour chacun de prendre sa carte confédérale à telle centrale ou telle autre. De toute façon, pour lui, la solution ne pouvait être que nationale.

Micard écrivit le 24 mai 1946 à Daniel Mayer pour rappeler les principes laïques et refuser un éventuel accord avec le MRP. Le 15 août 1946, il participa au congrès de la Fédération SFIO de la Mayenne. Le 24 novembre 1946, il fut le seul élu de la « liste de la démocratie socialiste » présentée dans le canton de Meslay-du-Maine pour l’élection des grands électeurs au Conseil de la République. Dans le même temps, il avouait éprouver de plus en plus de sympathie pour le Parti communiste français et la CGT. Quelques mois plus tard, il demanda à ses camarades de marquer leur préférence pour cette dernière. Il se trouva désavoué car une très nette majorité se dégagea dans le département pour l’autonomie (CGT : 218 ; FO : 97 ; autonomie : 542). Par la suite, Micard continua, avec Joseph Cozic et Hervé Le Naour* à militer en faveur de la tendance cégétiste. Tous les conseillers syndicaux ayant démissionné le 24 juin 1948, la section présenta une liste unie pour les élections qui suivirent, le 27 octobre. Micard fut réélu très largement. Cependant, à l’assemblée générale du 16 juin 1949, il refusa de voter le rapport moral national pour ne pas donner un blanc-seing au bureau national à qui il reprochait de n’avoir rien fait pour essayer de ressouder l’unité ouvrière. Ce jour-là, responsable du rapport sur l’orientation syndicale, il se montra très critique vis-à-vis des responsables nationaux du SNI. Il ne fut pas suivi et sa motion ne recueillit que 18 voix contre 46 à celle proposée par Jules Gohier* qui préconisait la reprise de la motion Bonissel-Valière adoptée par le congrès de Paris en 1948.

Micard fut réélu au conseil syndical le 28 novembre 1950 avec 545 voix sur 576 suffrages exprimés. Il fut intégré à la commission corporative et chargé du secrétariat de la commission des œuvres post-scolaires. Son mandat à l’instance exécutive de la section mayennaise fut confirmé une nouvelle fois le 18 novembre 1952, puis en 1954. Il ne demanda pas à figurer sur la liste d’union présentée aux élections du conseil syndical en novembre 1956. Cependant, après les élections de février 1959, il revint pour participer aux travaux de la commission d’action laïque. Sept ans auparavant, il avait pris sa retraite et avait été alors nommé délégué cantonal de l’Éducation nationale.

Franc-maçon (Grand Orient de France), Micard était également un espérantiste convaincu et avait créé en 1934 une école à Sablé. En décembre 1945, L’École libératrice indiquait que le groupe des espérantistes de l’enseignement reprenait ses activités et invitait à s’adresser à Micard. Secrétaire général du groupe, il en devint le président en 1950. En août 1952, il ouvrit au château de Grésillon, à deux kilomètres de Baugé (Maine-et-Loire), la maison culturelle des espérantistes français où il organisa des stages de formation. Il en était toujours le président en 1962.

Micard fut élu conseiller municipal d’Epineux-le-Seguin en 1958. En 1964, il adhéra au Parti socialiste unifié avec son épouse.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article122078, notice MICARD Henri [MICARD Lucien, Henri] par Jacques Cousin Jacques Omnès, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 4 janvier 2013.

Par Jacques Cousin Jacques Omnès

SOURCES : Arch. Nat., 581AP/100. — Arch. dép. Mayenne, Fonds de la section départementale du SNI-PEGC, L’Émancipation, La Voix Syndicale. — Archives OURS, fédération de la Mayenne. — « En hommage à Henri Micard », traduction de Kulturaj Kajeroj, n° 1-1967. — DBMOF, notice par Jacques Omnès. — Notes de Jacques Girault.

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