MESTRE Michèle [ABRAHAM Lucienne dite]

Par Rodolphe Prager

Née le 1er mars 1916 à Paris (XIIe arr.), morte le 4 février 1970 à l’hôpital Saint-Antoine à Paris ; fonctionnaire au ministère du Travail ; militante trotskyste.

Michèle Mestre fut la compagne de Mathias Corvin. Ils se marièrent le 31 juillet 1954, date qui coïncida avec leur rupture avec la IVe Internationale. Animatrice du Centre laïque des auberges de jeunesse dans les années trente, elle rejoignit le mouvement trotskyste à la veille de la Seconde Guerre mondiale et milita dans un petit groupe informel réuni autour de Marcel Hic qui s’était refusé à adhérer au Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert. Secrétaire du CLAJ au début de l’occupation allemande, Michèle Mestre résista, en juillet-août 1940, avec les jeunes ajistes aux agressions des groupes fascistes français qui tentèrent de prendre d’assaut le siège de l’organisation, rue de Valois. Elle porta plainte contre les agresseurs au commissariat de police et tenta de faire valoir l’existence légale du CLAJ. A l’annonce de l’assassinat de Léon Trotsky au Mexique, en août 1940, elle interpella [ Pierre Daix, membres des Étudiants communistes : « Vous avez fini par avoir "le Vieux". » Le 11 novembre 1940, Michèle Mestre participa avec d’autres camarades à la manifestation étudiante aux Champs-Élysées.

Arrêtée le 16 janvier 1941 par deux officiers allemands dans les bureaux de la rue de Valois et détenue à la prison du Cherche-Midi, elle obtint sa libération le 15 juin 1941. Elle prit dès lors une part très active à l’action clandestine des trotskystes du Parti ouvrier internationaliste et devint responsable de la région parisienne. Après l’unification des trotskystes au sein du Parti communiste internationaliste en mars 1944, elle dirigea le rayon de Colombes, Argenteuil, Bezons, au moment des occupations des usines Jumo, BMW, Amiot, La Lorraine où existaient des cellules du PCI à la veille de la Libération.

Le premier congrès du PCI en novembre 1944, élut Michèle Mestre au comité central. Aux élections législatives du 17 juin 1951, elle fut tête de liste du PCI en Seine-et-Oise, liste qui obtint 5 736 voix. A nouveau candidate du PCI en Seine-et-Oise à des législatives partielles, le 28 février 1954, ayant recueilli 906 voix, elle se désista au second tour en faveur du communiste André Stil.

Elle fit partie de la délégation française au IIIe congrès mondial de la IVe Internationale, en août-septembre 1951 et au congrès suivant, début juillet 1954, où elle soutint des thèses qui devaient l’amener à quitter le mouvement avec Corvin et quelques militants, au Xe congrès du PCI réuni le même mois. Renonçant à la construction d’un nouveau parti et se proposant d’œuvrer à « la transformation révolutionnaire du PCF », elle fonda avec son groupe, en août 1954, le journal Le Communiste dont elle fut la directrice-gérante jusqu’à sa mort.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article121917, notice MESTRE Michèle [ABRAHAM Lucienne dite] par Rodolphe Prager, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Rodolphe Prager

ŒUVRE : Défense du communisme, 1955. — Histoire critique de la philosophie marxiste, 1952.

SOURCES : Arch. du groupe Le Communiste, BDIC (Nanterre). — Lucette Heller-Goldenberg, Histoire des Auberges de Jeunesse, des origines à la Libération (1929-1945), Thèse d’État, Université de Nice, 1985. — La Vérité, n° 276 du 12 février 1951. — Le Communiste, janvier-février 1970. — Le Monde, 6 février 1970. — Arch. R. Prager. — P. Daix, J’ai cru au matin, R. Laffont, 1976, p. 33. — Témoignage de Mathias Corvin, 20 janvier 1976. — Gilbert Brustlein, Le chant d’amour d’un terroriste à la retraite, 1989, p. 26-27.

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