MERLO Eugène [en fait MERLOT Eugène, Jean dit]

Par René Bianco et Jean-Louis Panné

Né le 5 février 1884 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort en 1946 à Paris ; militant anarchiste, antimilitariste puis socialiste. Fondateur du Merle blanc (1919) et de Paris-Soir (1923).

Enfant naturel de Louise Martin, domestique, légitimé par le mariage de sa mère avec Jean Merlo le 4 février 1886, Eugène Merlo (qui se fit appeler ensuite Merle) milita, dès l’âge de quinze ans, dans les groupes révolutionnaires de Marseille tout en travaillant comme journalier. Signalé comme disparu depuis juillet 1901, il fut porté en janvier 1902 sur les « états verts » des anarchistes à rechercher sous le numéro 611. En fait, Merle se trouvait en Suisse où il avait noué des relations avec les révolutionnaires russes et où il collaborait à la Sentinelle, journal du Parti ouvrier de la Chaux-de-Fonds.

De retour à Marseille en 1903, il fut — avec Auguste Berrier — l’un des principaux promoteurs de la Société pour la création et le développement d’un « Milieu Libre » en Provence, projet qui réunit 95 adhésions mais qui n’aboutit pas. Il collabora à l’Ouvrier syndiqué et fonda un syndicat des « Hommes de peine ». En 1904, il participa à la création de l’Association internationale antimilitariste (voir Yvetot Georges) et fut chargé du secrétariat du mensuel fondé à Marseille : l’Action Antimilitariste, qui n’eut que cinq numéros. Il se rendit ensuite à Paris, où il fut condamné, à un an de prison et 3 000 F d’amende, en décembre 1905, lors du procès des dirigeants de l’AIA, signataires de l’« Affiche rouge ». Cela ne l’empêcha pas, l’année suivante, d’être le gérant du Bulletin de l’AIA (n° 1, octobre 1906).

Très lié avec Miguel Almereyda et Gustave Hervé, Eugène Merle, qui avait collaboré au Libertaire de S. Faure, aux Temps nouveaux de J. Grave et à la Revue communiste (1903-1904), participa au lancement de la Guerre sociale (n° 1, 18 décembre 1906) dont il fut l’administrateur. Il en partagea les déboires judiciaires et fut condamné et emprisonné en 1908. Avec Almereyda, J. Goldsky et autres, il signa l’article « Pourquoi nous entrons au Parti socialiste » (la Guerre sociale, 4 décembre 1912), et, en novembre de l’année suivante, fonda, toujours avec Almereyda, le fameux Bonnet rouge qui devait devenir plus tard un quotidien du soir.

Selon Henri Zisly, Merle se serait engagé en 1914-1918 et serait revenu de la guerre avec le grade de sergent-chef.

Au sortir de la Première Guerre mondiale, Eugène Merle fonda le Merle blanc dont le premier numéro parut le 10 mai 1919. Certains collaborateurs furent recrutés parmi des journalistes et des militants socialistes, tels que Bernard Lecache, Georges de La Fourchardière, Paul Reboux, Pierre Scize, Victor Méric qui signait « Véhem ». Ce dernier définit le Merle comme « légèrement bolchévisant ». Il est vrai que le journal tournait en dérision, avec beaucoup d’humour, la censure et les mensonges sécrétés par un antibolchevisme sans retenue.

De fait, Eugène Merle devint un aventurier de la presse qui, tout en gardant des attaches avec la gauche, essaya de vivre d’un journalisme parfois à bon marché. Ainsi, lors de la campagne électorale de 1924, il employait des journalistes de l’Égalité, journal de L.-O. Frossard, à son Paris-Soir et publiait simultanément un journal « léger » intitulé Frou-Frou. Cette situation fut utilisée par le Parti communiste contre ses adversaires de l’Union socialiste-communiste.

En 1923, Eugène Merle avait fondé un quotidien, Paris-Soir, avec une équipe riche en talents, d’une part Paul Reboux, Henri Béraud, Georges Pioch, H.-P. Gassier et de l’autre d’anciens membres de la rédaction de l’Humanité : L.-O. Frossard, Aimé Méric (rédacteur en chef), Raoul Alexandre, Robert Tourly, Victor Méric, Bernard Lecache, Paul Louis. Merle avait lancé son journal sans provision financière suffisante et fut contraint d’en céder la direction à Paul Reboux lorsque le Journal, lié à l’agence Havas, en prit le contrôle. En 1928, il tenta une première fois de relancer un Merle, sans grand succès. Un éphémère Merle blanc reparut en 1933.

En 1927 et 1928, il dirigea Paris-Matinal, puis en 1930, devint conseiller technique au Petit Parisien et anima les éditions du Tambourin.

Eugène Merle s’était marié en 1916 à Paris (IIe arr.) et remarié en 1926 à Barbizon (Seine-et-Marne).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article121798, notice MERLO Eugène [en fait MERLOT Eugène, Jean dit] par René Bianco et Jean-Louis Panné, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 22 janvier 2014.

Par René Bianco et Jean-Louis Panné

SOURCES : Arch. Nat. F7/13066. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/3354 B, 3355, 6346. — Arch. Com. Marseille. — Dictionnaire, t. 14. — Henri Zisly, « Regards dans le Passé », Le Semeur, n° 68, 21 avril 1926. — Histoire générale de la Presse française, PUF, Paris, 1972, t. 3. — Victor Méric, A travers la jungle politique et littéraire, Valois, 1930. — R. Mannevy, Histoire de la presse 1914-1939, Corréa, 1945. — Le Merle blanc. — René Bianco, Le Mouvement anarchiste à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône de 1880 à 1914, Thèse de IIIe cycle, 1977. — État civil.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, La France socialiste, op. cit.

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