MEICHLER Jean, Marie, Xavier, Régis

Par Jean-Michel Brabant, Rudolph Prager

Né le 19 septembre 1898 à Charenton-le-Pont (Seine, Val-de-Marne), fusillé comme otage le 6 septembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; conseiller en publicité dans la presse ; un des dirigeants du mouvement trotskyste en France.

Fils d’un négociant en vins, Jean Meichler était issu d’une famille alsacienne aisée, catholique pratiquante et assez conservatrice. Les enfants effectuèrent leur scolarité dans des établissements religieux et Meichler étudia dans un séminaire en Bretagne. Il se révolta contre ce milieu et l’anticléricalisme le mena dans un premier temps vers le Grand-Orient de France. Combattant de la Première Guerre mondiale, il la termina avec le grade de sous-lieutenant.
Son engagement révolutionnaire l’amena à adhérer au Parti communiste au début des années vingt. Il milita dans le XVIIIe arrondissement de Paris où il devint également secrétaire du Secours rouge international. Meichler s’associa dès le début à la création de l’opposition trotskyste en France. Il participa au lancement, le 15 août 1929, de son premier organe, La Vérité.
Les nombreux démêlés de Meichler avec la police reflètent bien son intense action militante. C’est ainsi qu’il fut arrêté avec Raymond Molinier le 13 août 1929 devant la représentation commerciale soviétique à Paris parce qu’il proposait aux passants des brochures trotskystes imprimées en langue russe. Il fut d’ailleurs gérant du Biulleten Oppositsii russe édité par Trotsky qui parut longtemps en France. Il cumula cette fonction au fil des ans avec celle de gérant en 1932-1933 de la revue théorique de la Ligue communiste La Lutte des classes, dirigée par Pierre Naville ; de septembre 1933 à mars 1936 de Unser Wort, journal trotskiste de la section allemande en exil, domicilié à son adresse.
Responsable de la Ligue pour la région parisienne, il mena conjointement son action au Secours rouge international dont il suivait régulièrement les activités dans La Vérité jusqu’à son exclusion en décembre 1932.
Il fut du groupe des dirigeants trotskistes français qui se rendirent fin novembre 1932 à Copenhague pour y rencontrer Trotsky et assurer sa sécurité. C’est Meichler qui conduisit Trotsky, frappé d’une mesure d’expulsion et sommé de quitter la région parisienne, à Chamonix fin avril 1934. Il ne fait pas de doute que Trotsky apprécia la droiture et le dévouement de son « neveu » Meichler qui se faisait passer pour un parent.
Meichler était membre du Parti socialiste SFIO auquel il avait adhéré en septembre 1934 avec la majorité des militants de la Ligue communiste qui devint alors le Groupe bolchevik-léniniste (GBL) de la SFIO. Élu en août 1934 membre du comité central de la Ligue à sa IIIe conférence, il fut reconduit dans cette fonction à la conférence suivante (septembre 1935). Meichler était trésorier du GBL. Militant dans la XVIIe section de la SFIO, il fut exclu du parti avec douze autres dirigeants trotskistes le 1er octobre 1935.
Il rencontra une dernière fois Trotsky en transit à Paris, entre les 11 et 14 juin 1935, avant son départ pour la Norvège. Lors de la scission des trotskistes en décembre 1935, Meichler se rangea du côté de Pierre Frank et de Raymond Molinier qui lancèrent le journal La Commune et créèrent le Parti communiste internationaliste. Meichler fut membre du comité central et du Bureau politique.
Sur le plan professionnel, Jean Meichler, qui était licencié en droit, occupa divers emplois. On le présenta le plus souvent comme représentant. Ainsi, en août 1933, il signa en tant que membre du syndicat unitaire des voyageurs et représentants de commerce, un texte réclamant le respect de la démocratie syndicale dans la CGTU.
Mobilisé en septembre 1939, avec le grade de lieutenant de réserve auquel il avait été nommé le 19 avril 1934, il contribua, sous l’Occupation, à mettre sur pied un réseau de Résistance. Il collabora, notamment, au comité directeur de Notre Révolution, avec Pierre Rimbert et Marcel Fourrier et participa à l’impression du journal, paraissant depuis le 1er janvier 1941, qui se fit sur une petite presse dans son bureau de publicitaire, 19 rue d’Athènes. Arrêté le 3 juillet 1941 par la direction des Renseignements généraux « pour le compte des autorités allemandes », en même temps que les dirigeants du Mouvement national révolutionnaire, Jean Rous et Michel Lissansky (libérés en décembre), il fut très surpris de les rencontrer au cours du transfert de la préfecture de police à la prison de la Santé. Vraisemblablement, ils furent victimes de la dénonciation du même indicateur, Y H, agissant pour le compte du commissaire Jacques Simon des Renseignements généraux, préposé à l’extrême gauche, comme le relate Maurice Jaquier dans son livre Simple militant. La police ignorait apparemment l’activité réelle de Meichler. N’ayant pas été informé de l’arrestation survenue tôt le matin dans le bureau de la rue d’Athènes, Rimbert vint y tirer peu après, sans encombre, un numéro de Notre Révolution. Torturé rue des Saussaies, Jean Meichler aurait été très marqué physiquement.
Il fut qualifié par la police française de « leader en France de la IVe Internationale ». Sa qualité de gérant de Unser Wort l’exposait particulièrement et cela n’avait pas dû échapper à la Gestapo, informée, s’il en était besoin, par les Renseignements généraux français.
En représailles contre un coup de feu tiré place de la République contre un sergent allemand blessé légèrement, le sous-officier Ernst Hoffmann, le commandement de la Wehrmacht annonça le 6 septembre 1941 que trois otages français avaient été exécutés au fort du Mont-Valérien. Jean Meichler fut passé par les armes avec deux militants communistes et inhumé à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Il fut reconnu « Mort pour la France » par l’ONAC de Caen le 13 septembre 2011.
Marié en 1929 à Paris (XVe arr.) avec Marie-Louise Mairot, il était divorcé depuis 1939.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article121482, notice MEICHLER Jean, Marie, Xavier, Régis par Jean-Michel Brabant, Rudolph Prager, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 24 février 2017.

Par Jean-Michel Brabant, Rudolph Prager

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Arch. PPo. carton 45. – La Vérité, 1930-1935 et décembre 1937. – Arch. Trotsky, Harvard, papiers d’exil : lettres à Meichler 9039 et 9040, et D 267. Lettre de Meichler à Trotsky du 20 février 1936. – Le Populaire, 8 février 1936. – Bulletins intérieurs de la LC et du GBL de 1934 à 1935. – La Commune, 1935-1937. – J. Rabaut, Tout est possible ! Paris, 1974. – J. Van Heijenoort, Sept ans auprès de Léon Trotsky, Paris, 1978. – Léon Trotsky, Journal d’exil, Paris, 1977. – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit., p. 21. – Témoignages de Jean Poey, de Pierre Rimbert et de Michel Lissansky recueillis par R. Prager. – DBMOF et maitron-en-ligne, version complète de cette notice.

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