Marie, née Gouranchat, le 24 avril 1878 à Lesterps (Charente) ; morte le 16 juin 1969 à La Ciotat (Bouches-du-Rhône).
François, né le 24 juin 1882 à Beaulieu-sur-Sonnette (Charente) ; mort le 21 juillet 1967 à La Ciotat.
Militants syndicalistes révolutionnaires, socialistes, un temps communistes puis de tendance libertaire.

Femmes communistes au congrès de Marseille, décembre 1921
De gauche à droite : Marie Mayoux, Germain Goujon, Lucie Colliard, Marthe Bigot, Suzanne Girault
La famille Mayoux (père, mère et deux enfants en 1917) in brochure Les Instituteurs syndicalistes et la guerre, op. cit.
Mariés le 21 août 1902 à Beaulieu-sur-Sonnette, les Mayoux, instituteurs en Charente, puis dans les Bouches-du-Rhône, eurent dès 1904 des démêlés avec directeurs, maires et administration pour motifs divers, souvent politiques, mais aussi pédagogiques comme la pratique des promenades scolaires mensuelles par exemple.
Ils militèrent au Parti socialiste SFIO de 1905 à 1919 et au syndicat des instituteurs. En 1912, il rédigèrent l’essentiel du deuxième manifeste des instituteurs syndiqués dont H. et M. Imberty, instituteurs de la Dordogne, avaient eu l’idée et qui appelait à résister à la dissolution des syndicats d’instituteurs.
François Mayoux, réformé pour tuberculose depuis 1908, fut mobilisé en 1914, puis réformé de nouveau, d’abord pour un an, puis définitivement en août 1916. Marie organisa à Tours, le 13 juin 1915, la réunion d’une vingtaine de militants et présenta une déclaration pacifiste : « Assez de sang versé ». En avril 1916, elle devait représenter la Fédération des instituteurs à la conférence de Kienthal mais le préfet de la Charente lui interdit de se rendre en Savoie d’où Lucie Colliard devait lui faire passer la frontière. En mai 1917, les Mayoux publièrent, sous format permettant l’envoi par lettre, une brochure, Les Instituteurs syndicalistes et la guerre qui leur valut une condamnation le 29 décembre à deux ans de prison et 1 000 F d’amende après une première condamnation par le tribunal correctionnel d’Angoulême. Leurs meubles furent vendus pour payer les frais du procès. Ils furent emprisonnés le 23 mai 1918. Marie, graciée malgré elle, fut libérée le 1er avril 1919 et François au bout de dix-sept mois, dans le cadre de l’amnistie de 1919. Ils ne furent réintégrés qu’en octobre 1924 dans les Bouches-du-Rhône.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les Mayoux quittèrent la SFIO (cf. leur lettre du 3 novembre 1919 : « Pourquoi nous quittons le Parti socialiste ») et, après le congrès de Tours (décembre 1920) adhérèrent au jeune Parti communiste. Mais les Mayoux y défendirent une position minoritaire. En réplique à une motion présentée par le Comité directeur, ils signèrent, en novembre 1921, avec L. Berrar et une dizaine de militants une « contre motion syndicaliste » affirmant que « l’autonomie syndicale doit être reconnue par le Parti, sans réserves ni conditions ». Ces militants ajoutaient en outre qu’« ils ne peuvent pas concevoir que, d’une part, les syndicats soient en quoi que ce soit, influencés par le parti dans leur action corporative, ni que, d’autre part, les syndicats soient mis au service des luttes électorales ». Ils soulignaient enfin : « Les soussignés adhèrent au parti pour ne négliger aucun moyen d’action mais ils reconnaissent au syndicalisme une valeur propre d’action directe et révolutionnaire, valeur qui ne pourra croître que par le travail des militants syndiqués et non sous l’influence des intellectuels ou des bourgeois, même communistes, qui ne sont pas syndicables. »
Cette motion recueillit 630 voix au congrès de la Seine, contre 9 630 à la motion défendant la thèse du Comité directeur. Considérés comme des « syndicalistes impénitents », les Mayoux furent donc exclus, en 1922, sur les consignes de Trotsky. Cette exclusion fut acquise au congrès de Paris par 1 203 mandats contre 780. Auparavant, en mai, Marie Mayoux avait été candidate du PC au conseil d’arrondissement dans le 11e canton de Marseille. Elle avait obtenu 460 voix sur 9 281 inscrits. Par ailleurs, adhérents de la CGTU, ils en furent tous deux exclus en 1929.
De 1919 à fin 1921, François Mayoux fut secrétaire de l’Union des syndicats des Bouches-du-Rhône, mais c’est surtout au syndicat indépendant de l’Enseignement qu’ils avaient créé que Marie et François Mayoux consacrèrent leur énergie. Ils publièrent aussi de 1923 à 1936 un bulletin Notre point de vue, et collaborèrent à la Revue anarchiste (1922-1925) et à la Voix libertaire (1929-1939).
Le 15 avril 1934, François participa au nom du syndicat indépendant de l’Enseignement au meeting de protestation des fonctionnaires contre les décrets-lois à la Bourse du Travail de Marseille. Lors de la révolution espagnole, les Mayoux s’élevèrent contre le rôle du Parti communiste. En 1939, les Mayoux figuraient sur le carnet B et, s’ils ne prirent pas position publiquement lors de la guerre 1939-1945, c’est que leur fils, Jehan, insoumis, leur avait demandé de n’entreprendre aucune action risquant de les conduire en prison, afin qu’ils puissent éventuellement aider sa femme et son fils pendant que lui-même serait détenu.
Après la Seconde Guerre mondiale, ils vécurent retirés à La Ciotat. Sur leur action depuis leur mise à la retraite, François Mayoux écrit dans ses Mémoires : « Au cours des années pendant lesquelles nous avons publié notre petit bulletin, nous sommes revenus souvent sur l’antagonisme communisme et syndicalisme. Nous avons maintenu notre ligne de conduite : défense de la liberté, protestation contre l’injustice et contre la guerre. Depuis notre retraite, nous avons cessé de militer mais nous avons la conscience en paix. Notre tâche a été bien modeste, mais nous n’avons jamais vendu notre âme au diable. Et le diable, pour nous, ce fut et c’est encore la guerre avec ses mensonges et ses crimes. Nous demeurons socialistes au sens large et humain du mot. Mais nous voulons un socialisme qui ne porte atteinte ni à la liberté, ni à la dignité de l’homme. » Ils collaborèrent cependant jusqu’à la fin à des publications libertaires comme Ce qu’il faut dire (1944-1948) de Louis Louvet, Défense de l’Homme (1948-1976) de Louis Lecoin et au Monde libertaire, organe de la Fédération anarchiste (n° 1, octobre 1954).

ŒUVRE : Collaborations à l’École émancipée, n° 1, 1er octobre 1910, puis à l’École de la Fédération, n° 1, 31 octobre 1914 ; à CQFD de S. Faure en 1916-1917, puis à CQFD de Louvet en 1944-1949 ; au Libertaire, en 1930 ; à La Voix libertaire, en 1937. — Brochure : Les Instituteurs syndicalistes et la guerre, Dignac, 1917, 16 p. ; Notre affaire, Epône, 1918, 24 p. et « La Bourgeoisie règne et gouverne », Contre-Courant, n° 58, mars 1955. — Mémoires (inédites), à paraître aux Éd. Les Monédières (Corrèze).

SOURCES : Arch. Nat. F7/13581, 13583. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, IV M 16, M6/11249 (rapport du 10 décembre 1939). — Notes biographiques rédigées par les intéressés, 21 juillet 1965. — Compléments biographiques d’Yvonne Mayoux. — Notes de Jean Maitron et A. Olivesi. — Le Communisme du 7 décembre 1919. — Le Bulletin communiste, 2 novembre 1922. — Le Petit Provençal, 15 mai 1922 et 16 avril 1934. — Le Monde libertaire, n° 135, sept.-oct. 1967. — L’École émancipée, 18 novembre 1967. — Dictionnaire, t. 14. — R. Bianco, Un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, Thèse, Aix-en-Provence, 1988, 3503 p. - Marie et François Mayoux, instituteurs pacifistes et syndicalistes. Mémoires de F. Mayoux, Editions Canope, Chamalières, 1992.

René Bianco

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