Né le 27 octobre 1888 à Lyon (Rhône), mort en janvier 1971 à Nice (Alpes-Maritimes) ; employé des PTT ; écrivain ; socialiste.

Né dans le quartier de la Guillotière, fils d’un facteur des télégraphes et d’une épicière, Charles Bontoux-Maurel (qui avait pris ce nom en hommage à sa mère décédée quand il avait dix-sept ans) fut reçu au concours du surnuméraire des PTT et entra dans l’administration comme commis en 1906. Devenu plus tard contrôleur, puis receveur des PTT, il termina sa carrière à Martigues (Bouches-du-Rhône). Débutant, il travailla dans les usines de tri des bureaux-gares (Lyon-Brotteaux, en particulier). Il écrira : « ... Peu de métiers s’accompagnent d’une telle sujétion corporelle. "La peine des hommes" n’est pas pour moi une fiction littéraire. Je la connais objectivement et subjectivement... »
Il avait découvert la lecture par les images d’Épinal lorsqu’il était enfant puis par la bibliothèque d’un ouvrier, Gilet, qui lui donna ses premiers maîtres : La Fontaine, A. Daudet, J. Vallès (« Jules Vallès : celui-ci m’avait empoigné ! ») Éprouvant le besoin de s’exprimer, il s’essaya à écrire. Il envoya une pièce de théâtre aux Annales qui lui indiquèrent que « les idées sont subversives ». Il écrivit d’autres pièces qu’il détruisit, mais s’acharna à persévérer.
Après le service militaire, il reprit son activité professionnelle. Continuant à écrire pour lui-même, il prit part en même temps, d’une manière active, aux luttes dans lesquelles la corporation des postiers était engagée : « J’ai connu la grève, dit-il. De celles où l’on croit tout engager, c’est-à-dire le métier qu’on aime et qui est le seul gagne-pain... Avec Clemenceau par exemple, nous pouvions croire engager la substance même de notre vie : corps et travail. Par son crapuleux mépris de l’homme, cet anarchiste réel n’a d’ailleurs réussi qu’à cimenter la solidarité syndicale des postiers. » Après la guerre, Bontoux-Maurel continua à militer comme postier syndicaliste et adhéra en 1922 au Parti socialiste SFIO dont il resta membre jusqu’en 1939. Il fut un animateur actif de la première section du Rhône qui devait entraîner une grande partie de la Fédération du Rhône dans le courant de la Bataille socialiste de Zyromski et Marceau Pivert et il fut de nombreuses fois candidat aux élections municipales et cantonales.
Dans les premiers temps de l’après-guerre, comme, suivant ses paroles, « la dure politique des salaires obligeait les fonctionnaires à un double métier », son second travail consista à démarcher pour des annuaires parisiens ou régionaux : formation de listes, rectification des adresses, etc. Ces deux métiers représentaient au moins douze heures de travail. Et pourtant, il parvenait à trouver le temps d’écrire. Bontoux-Maurel, dont la curiosité intellectuelle était sans cesse en éveil, avait été introduit dans le milieu artistique lyonnais par son aîné et ami d’enfance, le peintre Venance Curnier ; il avait découvert avec enthousiasme les Pitoeff, Ch. Dullin, Bunel, admiré la perfection atteinte par « Les chanteurs de Lyon », applaudi aux représentations de marionnettes du théâtre du Guignol Mourguet... « Quand j’allai trouver Malespine, je dirais d’instinct, raconte Bontoux-Maurel, il faisait l’anémiante expérience de la province..." Le docteur Emile Malespine avait donné en 1919-1920, à l’instigation de Francis Million, secrétaire de la CGT, une série de conférences à l’Université populaire (psychologie, esthétique, art).
Dès 1934, et jusqu’à la guerre, Charles Maurel combattit par la plume et par la parole le fascisme, le nazisme, l’antisémitisme. Mobilisé en 1939, ce pacifiste et antimilitariste de principe dut partir comme officier de réserve, du fait des fonctions qu’il occupait alors dans les PTT. En 1945, receveur à Martigues, il s’intéressa à la région de Berre en pleine évolution industrielle. Parvenu à l’âge de la retraite, il put alors exploiter toute la documentation qui lui était confiée par le Comité d’études économiques et sociales de Martigues et de la région de l’étang de Berre, dont il fut le secrétaire général jusqu’en 1964. Charles Bontoux-Maurel participa en outre à la rénovation du musée de Martigues, organisa l’exposition Ziem, une rétrospective Hurard, encouragea les jeunes peintres de la région qui appréciaient sa critique éclairée. Venu lui-même à la peinture peu avant sa retraite, il laissa à sa famille une collection de tableaux.
L’œuvre de Charles Bontoux-Maurel fut variée, diverse, importante. Il collabora à de nombreux journaux et revues, et, avant tout, il faut signaler les articles qu’il donna à l’Avenir socialiste, hebdomadaire de la Fédération SFIO du Rhône (ses Textes et ses Fiches, « notes, informations, portraits, critiques et libres propos d’un provincial. Pour contribuer à la formation et pour servir à l’histoire de la littérature prolétarienne »), et ses chroniques de l’Effort, organe du puissant syndicat autonome du Bâtiment de Lyon (syndicaliste révolutionnaire).

ŒUVRE : Théâtre (inédit) : 1. Cycle de l’inquiétude (œuvres sur la guerre) : Les Charitables, 1 acte. — La Brûlure, 3 actes. — Nocturnes de Valentine Arnaud, 3 actes. — 2. Époque : L’Histoire, 3 actes en collaboration avec E. Malespine. — Le Cirque Humanité, 12 tableaux. — Aubades à l’Humanité.
_ Scénarios de films (inédits) en collaboration avec E. Malespine : Faits divers. L’Étoile.
_ Romans : Jacques Barnaud, postier (1re version parue dans l’Effort). — Au joyeux cimetière (inédit).
_ Contes et nouvelles : Vitesse (paru dans l’Effort). — Conte dans le futur (inédit).

SOURCES : Articles de l’Effort et de l’Avenir socialiste. — Lettres à Henry Poulaille et à Jean Prugnot. — Lettres de sa fille, Madame Bonnard.

Jean Prugnot

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