MASSON Albert, Jean-Baptiste

Par Robert Estier

Né le 7 mai 1905 au Puy (Haute-Loire), mort le 20 décembre 1992 à Roanne (Loire) ; ouvrier à l’Arsenal de Roanne ; syndicaliste CGTU et communiste ; résistant FTP ; député de la Loire de 1946 à 1951.

Bureau de l’UD-CGT de la Loire à la Libération.
Bureau de l’UD-CGT de la Loire à la Libération.
De gauche à droite : Albert Masson, Robert Fayat, Jean Arnaud, René Caddéo, Marcel Thibaud, Benoît Thivel et Louis Duchêne.

Fils de chemino (serrurier selon l’acte de naissance), Albert Masson dut arrêter ses études après le Certificat d’études et travailla d’abord comme apprenti boulanger puis entra à l’Arsenal de Roanne comme apprenti le 1er octobre 1919. Ajusteur de précision du 1er avril 1922 au 13 mai 1925, il fit ensuite son service militaire au cinquième dépôt des équipages de la flotte, puis fut détaché au centre d’aviation maritime d’Hyères et devint quartier-maître mécanicien de l’aéronautique. Il participa à la grande grève de mai 1920, se syndiqua à la CGT puis entra à la CGTU en 1922.

Il milita au syndicat unitaire de l’Arsenal, mais n’adhéra au Parti communiste qu’en 1923. Il succéda à Marcel Thévenoux, révoqué en 1934, à la tête du syndicat unitaire de l’Arsenal, et le demeura jusqu’en août 1936. Il redevint secrétaire du conseil syndical d’où avaient été éliminés les confédérés en août 1937. Il participa comme délégué de l’Arsenal au congrès de Toulouse de 1936, effectua en janvier-février 1938 avec la délégation de l’Union départementale un voyage en Espagne républicaine à Albacete, dont il fit le récit très précis le 18 février 1938. Il anima le journal mensuel du syndicat le Travailleur de l’Arsenal, très hostile au gouvernement Daladier.

Champion sportif très populaire (champion de France poids moyen de boxe de la Marine) et fervent propagateur laïque, il joignait à ses activités syndicales, depuis 1927, celle de moniteur de gymnastique aux sociétés de l’Étoile roannaise et à l’Amicale laïque de Roanne. Objet depuis 1931 de plusieurs sanctions (retenues et exclusions temporaires) pour retards et faits de grève, notamment lors du 12 février 1934 et en 1936, il fut surtout le principal organisateur de la grève du 30 novembre 1938 à l’Arsenal. A la différence des autres secteurs, cette grève fut assez bien suivie malgré la pression des chefs militaires en uniforme : 671 ouvriers arrêtèrent le travail sur un effectif de 2 077 selon les chiffres, semble-t-il sous-estimés, de l’ingénieur général : quatre ateliers sur seize, ceux des responsables syndicaux, notamment Gidel et Marcel Thévenoux, et Masson firent une grève à peu près totale, dite « grève des bras croisés ». Toutefois devant l’attitude énergique de l’ingénieur général et des menaces d’expulsion par les autorités de l’Arsenal, Masson donna à 14 h 40 l’ordre de reprise du travail. Exclu définitivement avec deux de ses camarades communistes, il fut embauché à la Manufacture d’armes de Saint-Étienne où il devint permanent syndical jusqu’à la déclaration de guerre.

Mobilisé comme mécanicien dans l’aviation maritime, il fut renvoyé chez lui trois semaines plus tard, avant d’être arrêté pour reconstitution de ligue dissoute à Saint-Jean-Bonnefonds près de Saint-Étienne, le 26 octobre 1939, lors d’une réunion clandestine, avec seize autres militants de la commission exécutive de l’UD-CGT de la Loire. Il devait être condamné par le conseil de guerre de Clermont-Ferrand à trois ans de prison et emprisonné à Riom ; libéré en octobre 1942, il revint à Roanne puis, en avril 1943, prit le maquis dans les FTP Adjoint du responsable du service des renseignements du Puy-de-Dôme, il fut ensuite responsable régional pour la Haute-Loire, la Loire, le Rhône, puis responsable inter-régional service B à Valence pour l’Ardèche, le Vaucluse, le Gard et la Lozère. Il participa sous le nom de guerre de commandant Armand à la libération de Nîmes, d’Alès en août 1944, et fit ensuite partie du service de remise en route de l’économie du pays (notamment la remise en activité des mines du Gard), pendant l’hiver 1944-1945.

Quoique absent, il fut désigné membre du comité de libération de Roanne le 29 août 1944, secrétaire adjoint de l’UD-CGT (il devait le rester jusqu’en novembre 1946), puis élu conseiller municipal sur une liste d’union en 1945, et réélu en 1947 sur une liste communiste conduite par Bonnefille. Déjà candidat aux élections législatives du 21 octobre 1945 (en troisième position), sur une liste communiste, il se présenta encore aux législatives du 2 juin 1946 derrière Patinaud et D. Bastide et réalisa un score double de celui du maire socialiste Dourdein, puis le 10 novembre 1946, il fut élu député, enlevant le siège supplémentaire attribué à la Loire, qui comptait ainsi trois députés communistes. Membre de la commission de l’Éducation nationale, adjoint de Roger Garaudy, et responsable du groupe communiste à la commission, il fut en outre responsable de la sécurité des membres du bureau politique communiste à l’Assemblée nationale. Candidat aux élections cantonales de 1951, il fut devancé au second tour par Pillet (UDSR), futur maire et député de Roanne. Il ne retrouva pas son siège aux législatives du 17 juin 1951, se représenta sans succès lors des élections législatives partielles des 4 et 18 mai 1952 provoquées par la mort de Denise Bastide ; il fut battu au second tour par son adversaire indépendant Jacquet.

En 1953 il fut mis en cause lors d’une conférence fédérale pour son attitude lors du procès du 10 mai 1940. Écarté de la direction fédérale, il ne joua plus aucun rôle au sein du PCF.

Toujours interdit à l’Arsenal de Roanne, il avait réorganisé après la guerre le syndicat de la MAC de Saint-Étienne d’où il fut renvoyé en 1954. Il revint s’installer à Roanne, où il devint conseiller d’administration de la Caisse primaire de Sécurité sociale et administrateur du centre hospitalier de Roanne.

Albert Masson s’était marié le 5 février 1927 à Roanne avec Julie Lachize.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article120924, notice MASSON Albert, Jean-Baptiste par Robert Estier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 mars 2012.

Par Robert Estier

SOURCES : Arch. Dép. Loire, 3 M 84. — Arch. Com. Roanne, 1 K 3, art. 17-21-22-23 ; 1 M 42. — Le Patriote, 26 avril 1952. — Interview de l’intéressé. — Jean-Michel Steiner, Le Parti communiste français dans la vie stéphanoise sous la IVe République (1944-1958), 2005.—État civil.

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