Né le 13 avril 1913 à Paris ; mort le 12 janvier 1976 à Petra (Jordanie). Marié, père de deux enfants. Chirurgien. Militant socialiste révolutionnaire.

Fils du poète Marcel Martinet et de Renée Chervin, professeur de lettres, Jean-Daniel Martinet, après avoir suivi l’enseignement secondaire, entreprit des études de médecine. Interne des hôpitaux à vingt-quatre ans, gynécologue, chef de clinique à vingt-neuf ans et collaborateur du professeur Henri Mondor, il se spécialisa dans le domaine assez nouveau de la pathologie veineuse. Deux ouvrages (1950 et 1965) et de très nombreux articles et études dans la presse médicale, relatifs à ses recherches, consacrèrent son autorité en la matière. Il avait fondé, en 1953, le Centre phlébologique de la rue de l’Épée-de-Bois. Il était vice-président de la Société française de phlébologie.
Grand lecteur dès l’enfance, à l’âge de neuf ans, il lut Les Misérables, adolescent, les Libres Propos d’Alain qu’il allait, en auditeur libre, écouter au collège Sévigné. Attentif aux échanges d’idées et aux commentaires sur les événements politiques et syndicaux qu’il entendait quotidiennement dans son milieu familial que fréquentaient les nombreux amis de ses parents, écrivains, artistes et militants comme Pierre Monatte, Alfred Rosmer, Maurice Chambelland, avec lesquels il conserva jusqu’à leur mort des relations très étroites, Jean-Daniel Martinet trouva dans les luttes sociales un autre pôle d’attraction. A vingt ans, avec le désir de "collaborer au boulot de tous les jours" tout en refusant de s’associer aux attaques contre le "trotskysme" ou le "social-fascisme", il s’inscrivit aux Jeunesses communistes du VIe arr. Mais le 6 mars 1934, il en fut exclu pour avoir "osé dire qu’il y a deux partis ouvriers (le Parti communiste et le Parti socialiste)" lors d’une réunion du PC, ce qui provoqua la mise en cause de son père, Marcel Martinet, et "autres trotskystes". En juillet 1936, parti camper en Espagne, il prit contact avec des responsables du POUM et de la CNT. Engagé volontaire dans le service de santé des milices antifascistes, il se rendit sur le front d’Aragon le 25 juillet. Il revint en France au bout d’une dizaine de jours avec l’intention de regagner l’Espagne le plus tôt possible, mandaté par plusieurs organisations antifascistes françaises, mais les milieux médicaux communistes firent obstacle à ce nouveau départ et ce fut pour lui une amère désillusion. Le 3 septembre, il publia dans Intervention un article : "En Catalogne rouge et noire ; ce que je sais de la lutte contre Mola".
Pour lui, comme pour la minorité des militants antifascistes, mais aussi antistaliniens de l’époque, le déclenchement des hostilités en septembre 1939 fut l’aboutissement logique et depuis longtemps redouté de vingt années d’erreurs, d’imprévoyance et de mensonges accumulés par la classe politique et auxquels s’ajoutait l’impuissance des organisations syndicales divisées et parfois dévoyées : 1939 était pire que 1914. Pendant l’occupation allemande, il ne ménagea jamais ses services efficaces à ceux qui étaient en difficulté ou traqués (soins, certificats médicaux, hébergement), sans s’engager dans la Résistance. Dans une lettre aux Temps modernes que cette revue n’inséra pas, mais qui fut reproduite dans la Révolution prolétarienne de mai 1950, Martinet s’était expliqué sur ce dernier point. Dans le numéro des Temps modernes de janvier 1950, Jean-Paul Sartre et Maurice Merleau-Ponty avaient publié un long article, "Les jours de notre vie", inspiré par le retentissement des violentes polémiques sur les camps soviétiques de travail forcé, entre David Rousset et la presse communiste. "Vous faites remarquer, à juste titre, écrivait Martinet dans sa lettre, que le code du travail correctif de l’URSS n’est pas une révélation due à David Rousset, mais a été édité à Londres dès 1936. Comment avez-vous attendu, vous aussi, 1950 pour vous intéresser officiellement à ce problème ? L’histoire des camps russes, comme vous le dites, n’est pas une nouveauté. (...). C’est également vers les années trente-six que des conversations avec les rescapés de l’URSS nous révélèrent l’ampleur des camps de Sibérie. Et c’est sans doute la connaissance de ces faits, les conséquences que nous en avons déduites, qui ont poussé un certain nombre d’entre nous au silence et à l’impuissante inaction devant l’occupant nazi : le choix était alors offert aux internationalistes entre aider une victoire allemande ou une victoire stalinienne ; en face de ce dilemme angoissant, nous fûmes quelques-uns (à tort ou à raison) qui préférèrent s’abstenir, n’ayant de goût ni pour la trahison, ni pour l’union sacrée ; puisque personne ne pensait plus le socialisme, il nous a bien fallu nous contenter d’une attitude négative ; certes, nous prêtions aide à l’occasion aux Résistants, comme nous aimerions aider quiconque est traqué aujourd’hui par une police omnipotente, en Russie ou ailleurs : mais nous ne cherchons à tirer aucun titre de gloire d’une attitude toute naturelle. Je signale simplement ces faits, car on a trop oublié les problèmes de conscience des militants non embrigadés...".
À la suite de la publication de sa "Lettre ouvertes aux TM", la rédaction des TM lui répond par la plume de M. Merleau-Ponty dans l’article "L’adversaire est complice" (TM, n° 57, juillet 1950, p.4-11 ; repris dans Merleau-Ponty, Parcours 1935-51, Verdier, p.134-145) - et ils reproduisent à cette occasion la lettre de JD Martinet dans la revue.
Après la guerre, Martinet prit part activement aux réunions du "noyau" de la Révolution prolétarienne qui avait recommencé à paraître, et — en 1949-1950 — à celles des groupes de "Liaison internationale" fondés par Albert Camus, puis aux conférences mensuelles du "Cercle Zimmerwald" (décembre 1951-février 1961). Anticolonialiste, il contribua au soutien au MNA et de Messali Hadj qui était son ami de longue date. Opposé à la guerre d’Algérie, il prêta assistance, comme médecin, aux victimes de la répression, signa le "Manifeste des 121". En mai 1968, il participa aux manifestations de l’Université populaire, apporta son appui aux Cahiers de Mai.
Sur le plan professionnel, Jean-Daniel Martinet, qui se faisait une très haute idée des devoirs du médecin, avait maintes fois déploré et dénoncé la déficience de l’organisation hospitalière en France. En décembre 1974 et janvier 1975, il était parti opérer bénévolement à l’hôpital Fada N’Gourma, en Haute-Volta, sous l’égide de "Frères des Hommes"...
Jean-Daniel Martinet mourut subitement, d’une crise cardiaque, en janvier 1976, au cours d’un voyage en Jordanie.

ŒUVRE : En dehors de la presse médicale, Jean-Daniel Martinet a collaboré à : Intervention (1936), Libertés, sous la signature de Pascal Rabutin, en hommage au Solitaire de Marcel Martinet (1944-1945), Témoins (1956 et 1960), La Révolution prolétarienne (1947 à 1950, 1953, 1969, 1970, 1973 et 1974).

SOURCES : Correspondance de Madame J.-D. Martinet. — Hommage à J.-D. Martinet, La Révolution prolétarienne, février 1976. — Noté d’Alexandre Feron, 2017.

Jean Prugnot

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