Né le 23 janvier 1927 à Rosières, commune de Lunery (Cher), mort le 17 février 2015 ; apprenti-ajusteur ; maquisard en août 1944 ; communiste ; militaire arrêté le 13 mars 1950, emprisonné durant trois ans et demi, cristallise sur son nom le combat contre la guerre d’Indochine ; secrétaire national de l’UJRF, puis de la JC (1955-1962) ; membre du comité central du PCF de 1956 à 1994.

Le père d’Henri Martin, Louis Martin, fils d’un petit paysan, devenu employé communal, fut mouleur, puis ajusteur à l’usine de Rosières, spécialisée dans les cuisinières. Sa mère, Mathilde Gimonet, fille d’ouvriers agricoles, était couturière. La famille s’entassait dans un logement exigu (une chambre commune aux deux parents et aux trois enfants), propriété de l’usine. Celle-ci, cependant, leur alloua en 1934 une demeure plus spacieuse, dotée d’un minimum de confort. Les deux parents étaient catholiques et Henri Martin fut enfant de chœur jusqu’à treize ans.
Après des études primaires brillantes, sa famille n’ayant pas les moyens de l’envoyer au lycée, Henri Martin fut inscrit en 1940 dans un centre de préapprentissage et fut embauché en 1941 comme manœuvre travaillant de nuit dans une usine de Saint-Florent-sur-Cher, fabriquant vis et boulons pour la Wehrmacht ; à la fin de 1942, il fut pris comme apprenti-ajusteur dans l’usine de Rosières.
Son père, qui avait participé à l’occupation de l’usine en 1936, avait été licencié après la grève de novembre 1938. Il était entré en contact avec la Résistance communiste locale. Henri Martin se mit à distribuer de nuit, dans son village, des tracts, dès 1943. En juin 1944, il devint agent de liaison du maquis FTP de Lignières, qu’il rejoignit le 14 août 1944. Il contribua ainsi à la Libération de Bourges, le 6 septembre, et, déjà communiste de cœur, signa son adhésion au PCF. En novembre 1944, avec la 34e demi-brigade commandée par le colonel de Voguë, il monta la garde autour de la poche de Royan, jusqu’à sa démobilisation, le 18 février 1945.
En décembre 1944, Henri Martin avait demandé à s’engager dans la Marine nationale comme mécanicien. Il ne fut appelé que fin mai et signa le 1er juin 1945 un engagement de cinq ans. Après être passé par la base aéro-navale de Hourtin (Gironde), il effectua un stage de mécanicien à Mimizan (Landes). Envoyé à Toulon (Var), affecté à l’aviso Chevreuil, il arriva à Saïgon (Indochine) en décembre 1945.
Après le court espoir soulevé par les Accords de Fontainebleau du 6 mars 1946, très rapidement Henri Martin prit conscience — et ses lettres, pour une large part publiées, en témoignent — que la France menait en Indochine une « sale guerre », notamment lorsqu’il assista au bombardement d’Haïphong, le 23 novembre 1946.
Très apprécié de ses supérieurs pour ses qualités professionnelles et son courage, nommé matelot-mécanicien de 1ère classe, le 11 octobre 1946, Henri Martin refusa la croix-de-guerre, d’une guerre menée contre le peuple vietnamien. Dès juin 1946, il avait demandé la résiliation de son contrat d’engagement (demande renouvelée en juin 1947 et juin 1948). Sans contact extérieur, Henri Martin mena une active propagande orale contre la guerre.
Rentré en France le 11 décembre 1947, Henri Martin profita de sa permission pour se rendre chez ses parents à Rosières. Là, il renoua les liens avec le PCF, notamment par son père, devenu maire adjoint de Lunery.
À la fin de sa permission, fin mars 1948, Henri Martin fut affecté comme quartier-maître mécanicien de 1ère classe à la station d’essais des combustibles et des lubrifiants, située dans l’Arsenal de Toulon. Il prit contact avec la fédération communiste du Var et entreprit une campagne de propagande contre la guerre du Vietnam, regroupant une soixantaine de matelots. Henri Martin rédigeait la plupart des tracts signés « un groupe de marins », multipliait à l’intérieur de l’Arsenal — jusque sur la direction et dans l’allée centrale — les inscriptions « Paix au Vietnam ».
Un provocateur-mouchard, Liebert (ancien volontaire comme sous-marinier dans la Kriegsmarine) réussit à entraîner le quartier-maître Heimburger à commettre un acte de sabotage sur le porte-avions Dixmude. Une tentative de sabotage, dont les experts affirmèrent qu’elle était si maladroite qu’elle ne pouvait causer aucun dégât sérieux.
Henri Martin fut arrêté le 13 mars 1950 pour « entreprise de démoralisation de l’armée », inculpation à laquelle s’ajouta rapidement une seconde pour « complicité de tentative de sabotage ».
Lors du procès de Toulon (17-19 octobre 1950), ce jeune homme de 23 ans, sans expérience ni bagage politique, d’accusé se fit accusateur : « En me battant contre la guerre injuste du Vietnam, je défends l’honneur de la France ». L’accusation de sabotage fut abandonnée, Henri Martin fut condamné à cinq ans de réclusion et à la dégradation militaire. Le 21 mai 1951, ce jugement fut cassé pour vice de forme. Le second procès (Brest, juillet 1951) confirma cependant le verdict.
Dès la mi-juillet 1950 fut déclenchée une puissante campagne pour la libération d’Henri Martin qui ne cessa de s’amplifier. Lancée par le PCF et le Secours populaire, elle fut relayée par le Comité national de défense d’Henri Martin, regroupant au début de 1951 des comités départementaux déjà existants (dont le premier naquit dans son département natal du Cher). L’action s’élargit très rapidement à la CGT, au Mouvement de la paix, aux chrétiens (l’abbé Pierre en tête). Les intellectuels se mobilisèrent : Sartre* rassembla lettres et documents dans L’Affaire Henri Martin ; Paul Éluard composa un poème : La confiance d’Henri Martin. Participèrent à la campagne : Louis Aragon, Jean Cocteau, Maurice Druon, Patrick Kessel, Gérard Philipe, Jacques Prévert, Armand Salacrou, Faslitzhi, Vercors... André Fougeron, Fernand Léger, Jean Lurçat, Pablo Picasso firent des portraits du jeune marin, exposés à Paris en mars 1952. Une troupe de comédiens, « Les Pavés de Paris », joua avec grand succès, à travers toute la France, Drame à Toulon.
Henri Martin resta en prison durant près de trois ans et demi. D’abord plus de quinze mois à la prison maritime de Toulon, dans des conditions fort pénibles (seul dans une minuscule cellule, obscure, non chauffée, avec des gardiens nostalgiques de Darlan), provoquant une perte de poids de 10 kg. Après deux mois à la prison de Brest, il fut transféré à la Maison centrale de Melun comme « droit commun ». Les conditions de détention y étaient bien moins inhumaines. Ayant accès à la bibliothèque, il lut les grands écrivains, des livres d’histoire ; au bout de six mois, de l’extérieur, lui arrivèrent l’Humanité (avec la chronique quotidienne d’Hélène Parmelin* sur la campagne pour Henri Martin), des œuvres de Marx, Lénine, Thorez... En prison, le 30 novembre 1951, il épousa Simone Le Balbe, jeune couturière de Rosières (qu’il aurait du épouser le 13 mai 1950). Les mariés n’eurent droit qu’à dix minutes passées ensemble, sous l’œil des gardiens.
Arraché par la puissance de la campagne, le 2 août 1953 au matin, Henri Martin fut mis en libération conditionnelle. Dès sa sortie de prison, il réadhéra publiquement au PCF et partit avec sa jeune femme au Festival mondial de la jeunesse à Bucarest. « Permanent » du PCF, théoriquement affecté à l’UJRF (il fut élu à son conseil national en 1950, alors qu’il était emprisonné à Toulon), il multiplia les tournées de meetings à travers la France, continuant ainsi sa bataille contre la guerre du Vietnam.
De mars à juin 1954, sans avoir suivi d’école préliminaire du PCF, Henri Martin fut, dans la même promotion que Paul Laurent*, élève de l’École centrale de Viroflay (Seine-et-Oise).
À partir de l’été 1954, Henri Martin devint vraiment un dirigeant de l’UJRF, dont il fut élu secrétaire national en 1955. Lors du congrès de reconstitution de la JC, en décembre 1956, Paul Laurent fut élu secrétaire général, Henri Martin secrétaire général adjoint. Il resta à la direction de la Jeunesse jusqu’au 31 mars 1962, consacrant l’essentiel de son activité à l’organisation de la lutte contre la guerre d’Algérie : il fut inculpé en 1956 après une manifestation en Dordogne (non-lieu) et en 1957 pour un article dans La Voix de l’Est (200 000 F d’amende).
Il intervint — ce fut la seule fois dans un congrès national du PCF — au nom de l’UJRF au XIVe congrès du Havre (juillet 1956), qui l’élit membre suppléant du CC. Il resta membre du CC jusqu’au XXVIIIe congrès (janvier 1994). Dès sa création, en 1961, Henri Martin appartint à la présidence collective de France-Vietnam.
Membre depuis le début de 1954 du comité fédéral de Seine Nord-Est, il fut d’avril 1962 à décembre 1966 secrétaire à l’organisation de la Fédération de Seine Nord-Est. Durant cette période les effectifs de la Fédération grossirent de 9 000 à 12 500. Mais l’opposition d’Henri Martin aux méthodes de direction de la secrétaire fédérale Fernande Valignat déclencha une crise qui se termina par le départ de l’une et de l’autre. C’est [Lucien Mathey6>139803] qui devint secrétaire fédéral en 1966.
De 1967 à 1979, Henri Martin remplaça Paul Courtieu comme responsable de la section d’éducation du comité central, élaborant notamment programmes et brochures pour les écoles élémentaires, fédérales et centrales.
Comme membre du comité central, il fut affecté à la fédération de l’Indre de 1972 à 1979. Celle-ci le présenta aux élections législatives de 1973, 1978 (47,7 % au deuxième tour) et 1981 dans la circonscription d’Issoudun-La Châtre. Il fut même maire adjoint d’Issoudun de 1977 à 1979, poste dont il démissionna parce qu’il fut alors chargé de suivre la fédération du Gers et de diriger l’École centrale du PCF.
En 1979, sur sa demande, Henri Martin fut affecté directeur de l’École centrale, alors à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), sous la responsabilité de Francette Lazard. Henri Martin se battit, notamment dans une intervention au CC des 15-16 avril 1982 (qui inspira son article des Cahiers du Communisme de juin 1982), pour maintenir, voire développer le bagage théorique (philosophie, économie, histoire...) des élèves.
En septembre 1983, Henri Martin intervint au comité central — mais demeura isolé — pour réclamer que le groupe parlementaire et le PCF soient plus indépendants, plus critiques à l’égard du gouvernement.
Du début de 1984 à 1990, Henri Martin fut responsable à la diffusion de l’Humanité, que dirigeait alors Roland Leroy. Mais en novembre 1990, à la suite d’une grave opération intestinale, il demanda à être relevé de ce poste et retiré du comité central. Georges Marchais insista pour son maintien au CC.
À partir de 1990, Henri Martin s’occupa des problèmes des Anciens combattants, d’abord avec Gaston Plissonnier, puis, après la mort de ce dernier, seul à ce poste.
Henri et Simone Martin eurent trois enfants : Annick (1954), Jean-Louis (1955), Jean-Jacques (1957). Divorcé en 1985, Henri Martin se remaria le 6 octobre 1986 avec Arlette Boilot qui fut membre du CC du XXIIe au XXIVe congrès.

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Paul Tillard, Henri Martin. Ce qu’il a fait pour nous, édité par le Comité de défense Henri Martin, Paris, 1951. — Marcel Willard, La Défense accuse, nouvelle version, Paris, Éditions sociales, 1951. — Jean-Paul Sartre, L’Affaire Henri Martin, Paris, Gallimard, 1953 — Hélène Parmelin, Matricule 2078 (l’Affaire Henri Martin), Paris, Éditeurs Français Réunis, 1953. — Alain Ruscio, Les communistes et la Guerre d’Indochine, 1944-1954, Paris, L’Harmattan, 1985. — Interview d’Henri Martin, 1997. — État civil.

Les archives d’Henri Martin ont été versée à la BDIC de Nanterre.

Claude Willard

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