MARS Hippolyte

Par Justinien Raymond

Né et mort à Equeurdreville (Manche), 24 novembre 1870-16 septembre 1959 ; ouvrier de la marine ; militant syndicaliste et socialiste ; maire d’Equeurdreville.

H. Mars était fils d’un « marin », François, originaire de Saint-Nicolas-de-Granville. Après la mort de sa mère, François, âgé d’une douzaine d’années, se cacha sur un bateau en partance pour Saint-Pierre-et-Miquelon, où son oncle paternel avait un établissement de sécheries et des bateaux de pêche. Il y resta trois ans, puis navigua sur les long-courriers (Antilles, Chili, USA, etc.). À dix-huit ans, il prit du service dans la marine de l’État. L’exemple paternel peut expliquer la volonté, la ténacité d’Hippolyte Mars qui fut sur la brèche pendant une longue vie. Après quelques années d’école primaire, il entra à l’âge de treize ans aux ateliers Sénéchal, rue Bonhomme. L’année suivante, le 13 janvier 1884, il devint apprenti à l’arsenal, à la serrurerie et, à dix-sept ans, était ouvrier. Jeune homme à l’intelligence vive, H. Mars continua à s’instruire malgré les difficultés de la vie ouvrière d’alors. En 1899, avec quelques compagnons résolus comme lui, il fonda le syndicat des ouvriers de la Marine dont il ne tarda pas à devenir le secrétaire général. Il prit à plusieurs reprises la direction de mouvements revendicatifs du personnel ouvrier, entrant en discussion avec les autorités et ne reculant devant aucun moyen d’action et de pression. On lui dut en grande partie la création des commissions mixtes qui jouèrent un grand rôle dans les rapports du monde ouvrier avec l’autorité ministérielle.

Très jeune, H. Mars pensa que l’action politique de la classe ouvrière pouvait être d’une grande efficacité pour l’amélioration de ses conditions de vie. Le 13 mai 1900 — il avait trente ans — il fut élu conseiller municipal d’Equeurdreville. En 1904, il créa un petit groupe socialiste, un des premiers de ce département conservateur : il se rattacha à la fédération de Basse-Normandie et, par elle, au Parti socialiste français de J. Jaurès, que Mars reconnaissait pour son maître. En cette année 1904, réélu conseiller municipal, il devint deuxième adjoint au maire et, en 1905, il fut promu premier adjoint par suite de la démission du maire Michaud.

Le 3 mai 1908, la liste socialiste, avec 572 voix, conquit la majorité à l’Hôtel de Ville et son chef de file, H. Mars, devint, le 16 mai, le premier maire socialiste de la Manche par 21 voix sur 23 votants. Il occupa ce poste pendant plus de cinquante ans, jusqu’à sa mort. À chaque renouvellement, sa fonction lui fut confirmée par 22 voix sur 23 votants. À partir des élections de 1919, les vingt-trois élus appartenaient tous à la liste socialiste d’H. Mars. Son administration, attentive aux besoins matériels d’une population ouvrière, à l’urbanisme, ne l’était pas moins aux besoins d’ordre intellectuel et artistique. Dès son entrée au conseil municipal, il appartint à la commission scolaire. Il s’intéressait à l’art, connut l’architecte René Levesque et le peintre Émile Dorrée, et Equeurdreville lui doit non seulement la création de son musée, mais la possession de plusieurs toiles, don d’un mécène. Il veilla personnellement à la décoration heureuse des groupes scolaires qu’il édifia en tant que maire. Il témoigna des préoccupations semblables, d’un souci de progrès social et humain pendant le court mandat qu’il remplit au conseil général au lendemain de la Première Guerre mondiale.

En 1920, il fut signataire de la motion du Comité pour la reconstruction de l’Internationale et après la scission demeura au Parti socialiste SFIO. Il fonda le Travailleur auquel succéda l’Avenir de la Manche.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, sous l’occupation allemande, il fut, avec son adjoint Raymond Lecorre, l’âme de la résistance à Equeurdreville et assura l’appui total de la mairie aux prisonniers évadés et aux réfractaires au Service du Travail obligatoire.

H. Mars fut, à la fin de sa vie, un des doyens des maires de France et, cet homme qui avait symbolisé le mouvement ouvrier dans l’ardeur de sa jeunesse, reçut, le 5 juillet 1958, la rosette de la Légion d’honneur au cours d’une manifestation à la fois populaire et officielle sous la présidence du préfet de la Manche, pour le cinquantenaire de son accession à la mairie de sa ville natale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article120398, notice MARS Hippolyte par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 15 décembre 2018.

Par Justinien Raymond

ŒUVRE : H. Mars tint pendant plus d’un demi-siècle la chronique d’Equeurdreville dans le journal La Presse de la Manche, quotidien de Cherbourg. Il avait fondé Le Travailleur, petit journal socialiste auquel succéda L’Avenir de la Manche.

SOURCES : Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., pp. 369 à 373, passim. — La Presse de la Manche, 17 septembre 1959. — Brochure ronéotée de 20 p., Cinquantenaire de fonctions de maire de M. Hippolyte Mars, ville d’Equeurdreville, 5 juillet 1958. — Témoignage de Mme Juhel-Mars, fille d’H. Mars, janvier 1966.

ICONOGRAPHIE : La Presse de la Manche, op. cit.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément