Né le 17 juin 1922 à Valentigney (Doubs), mort le 10 septembre 2012 à Sarcelles (Val-de-d’Oise) ; tourneur et ajusteur ; permanent de la JOC en Franche-Comté (1946-1947) ; permanent de l’Union locale CFTC du Pays de Montbéliard et de l’Union régionale de Franche-Comté (1947-1955) ; permanent de l’Union métaux de Franche-Comté (1956-1960) ; secrétaire général adjoint (1960-1961), puis secrétaire général (1961-1971) de la Fédération générale de la métallurgie CFTC, puis CFDT ; membre du bureau confédéral de la CFTC, puis de la CFDT (1963-1970) ; administrateur du centre de formation professionnelle pour adultes Yves Bodiguel (1971-1982) ; premier secrétaire de la fédération socialiste du Val-d’Oise (1975-1979) et membre suppléant du comité directeur du Parti socialiste.

Jean Maire était issu d’une famille ouvrière franc-comtoise. Son père, Jules, était ferblantier à l’usine de cycles Peugeot de Beaulieu Mandeure. Catholique, ancien combattant de la Grande guerre, adhérent à la CGT, il avait épousé une jeune protestante, Aline. Le couple, en l’espace de quatre ans, eut trois enfants : une fille, un garçon, Jean, puis un second garçon. Leur mère mourut prématurément, peu de temps après la naissance de son plus jeune fils, alors que Jean n’était âgé que de trois ans. La solidarité familiale joua et chacun des enfants fut accueilli par des proches parents, jusqu’au remariage du père en 1930, qui leur permit à tous de revivre sous le même toit. La nouvelle épouse de leur père, catholique pratiquante, souhaitait que les trois enfants, alors protestants, fussent élevés selon les principes de l’Église romaine, ce qui ne posa pas de problème, le baptême protestant étant valide aux yeux de celle-ci.
En septembre 1934, après avoir décroché son certificat d’études primaires, il entra à l’âge de douze ans à l’école d’apprentissage des automobiles Peugeot à Sochaux, située au sein même de l’établissement. Au bout de trois ans, il obtint un CAP de tourneur, et fut embauché dans la foulée à l’entretien des mécaniques de l’usine. Il continua à suivre des cours du soir au collège technique de Montbéliard pour passer un CAP d’ajusteur, ces deux diplômes constituant une excellente assurance contre tout risque de chômage. En juin 1936, le jeune garçon fut choqué par un acte de violence commis par un militant CGT qui voulait empêcher un moniteur de pénétrer dans l’entreprise pour rejoindre ses apprentis et en conserva une hostilité durable envers certaines méthodes du syndicat. En 1937, influencé par quelques camarades, il adhéra à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), pour des motivations à la fois religieuses et sociales, et participa, en juillet de la même année, au grand congrès organisé à Paris pour célébrer les dix ans du mouvement. Il était à ce moment très pratiquant et assistait quotidiennement à la messe. Il prit rapidement des responsabilités à la tête de sa section de Valentigney, puis dans l’équipe dirigeante de sa fédération. En décembre 1937, il prit également sa carte à la section ouvrière du syndicat CFTC des métallurgistes de Valentigney.
Sous l’Occupation, il poursuivit ses activités jocistes et se rendit, en août 1942, à l’Université populaire de Marly-le-Roi, créée à l’initiative du père Albert Bouche, où il rencontra le jeune responsable nordiste Eugène Descamps. Touché par les réquisitions visant les usines Peugeot en 1942 et 1943, il choisit de ne pas se soustraire au départ pour l’Allemagne, afin d’être, comme le voulait la JOC, solidaire des jeunes travailleurs, mais aussi pour ne pas attirer d’ennuis à son père, déjà durement éprouvé. Il travailla à Cologne, dans une fabrique de munitions, puis, après les bombardements de la ville, fut évacué vers la Tchécoslovaquie, où il fut libéré par l’Armée rouge et rejoignit Montbéliard, via Berlin. Il reprit alors son travail aux automobiles Peugeot, ainsi que ses responsabilités à la JOC. Au début de l’année 1946, il fut sollicité pour devenir permanent régional jociste, chargé de suivre la branche « aînés » du mouvement et de prendre en main la campagne lancée par la JOC en faveur de la troisième semaine de congés payés pour les jeunes travailleurs. À l’occasion d’un débat contradictoire vigoureux sur cette question l’opposant à de jeunes communistes de l’Union de la jeunesse républicaine de France, Jean Maire fut repéré par des syndicalistes chrétiens de la région. Lorsque la JOC, qui avait présumé de ses ressources financières, fut amenée à se séparer d’un certain nombre de ses nouveaux permanents, il fut embauché par la CFTC en mars 1947. Le 27 septembre de la même année, il épousa Pauline Carrara, permanente régionale de la JOC féminine.
Jean Maire fut alors chargé de couvrir le pays de Montbéliard et le Territoire de Belfort, assura le secrétariat de l’Union locale de Montbéliard et, pendant deux ans, le secrétariat général de l’Union régionale de Franche-Comté. Si ses responsabilités étaient de nature interprofessionnelle, il consacra une grande partie de son activité au secteur de la métallurgie, dont le poids était très important dans la région. Dès 1949, il participa aux travaux des instances fédérales de la métallurgie CFTC. La décision de déconcentrer la fédération le conduisit à abandonner toute responsabilité interprofessionnelle pour devenir, à partir de janvier 1956, permanent de l’Union métaux de Franche-Comté. À côté de son activité syndicale très soutenue, il militait alors à l’Action catholique ouvrière (ACO) avec son épouse. Sur le plan politique, sans adhérer à un parti, il prit position de manière spectaculaire pour le Front républicain à l’occasion des élections de janvier 1956. Cette initiative suscita de vives protestations de la direction confédérale et des partisans locaux du MRP, mais il fut totalement soutenu par la Fédération de la métallurgie. Au cours de ces années, il fut à deux reprises contacté par les dirigeants fédéraux pour « monter » à Paris, mais il déclina la proposition, à la fois à cause de la difficulté à trouver sur place un successeur capable de prendre le relais dans de bonnes conditions, mais aussi à cause de l’implication très forte du couple dans la vie sociale locale.
En septembre 1960, Jean Maire accepta pourtant de s’installer avec son épouse et ses deux enfants à Soisy-sous-Montmorency et de rejoindre l’exécutif fédéral, où il assuma, aux côtés d’un Eugène Descamps déjà très pris par ses responsabilités confédérales, les fonctions de secrétaire général adjoint. Lorsque celui-ci, neuf mois plus tard, abandonna le secrétariat général de la Fédération de la métallurgie pour prendre les rênes de la confédération, Jean Maire lui succéda le 17 juin 1961, jour de son trente-neuvième anniversaire. Un peu surpris, selon son propre témoignage, par cette promotion rapide, il se mit rapidement au travail, son ambition étant de renforcer la fédération et d’en faire un outil susceptible de peser sur l’évolution de la CFTC. Homme d’organisation avant tout, il s’inscrivit dans les pas de son prédécesseur en rationalisant et en complétant les structures fédérales pour être en mesure de faire face à la structuration de plus en plus complexe du « néo-capitalisme », en imposant une politique de cotisations fortes permettant de doter la fédération, à ses différents échelons, de l’équipement matériel et des moyens humains nécessaires à une action efficace. S’il ne se considérait pas comme un penseur du syndicalisme, il tint cependant, par une attention particulière portée à la « politique des hommes », à s’entourer de responsables plus représentatifs que lui de la « nouvelle classe ouvrière », ouvriers qualifiés des industries de pointe, techniciens et cadres tels Jacques Chérèque, André Acquier ou Jean-Claude Jullien. Cette attention à la diversification du salariat de la branche fut consacrée symboliquement en 1965 par l’adoption d’un nouveau titre pour l’organisation, intitulée désormais Fédération générale de la métallurgie. La bataille en faveur d’un syndicalisme de masse, lancée par Eugène Descamps, fut fortement accentuée par son successeur : au terme des dix ans de son mandat à la tête de la fédération, ses effectifs avaient doublé.
Sur le plan confédéral, Jean Maire s’engagea pleinement dans la bataille pour la déconfessionnalisation de la CFTC. Favorable au processus consensuel voulu par Descamps, il s’inquiéta néanmoins des lenteurs de la démarche et du risque d’enlisement. Au congrès confédéral de juin 1963, il fit voter un amendement fixant comme échéance ultime un congrès extraordinaire qui se tiendrait au dernier trimestre de l’année suivante. Dans la CFDT de l’après-1964, il représentait, au sein du bureau confédéral, la première fédération ouvrière, fidèle soutien du secrétaire général issu de ses rangs, mais n’hésitant pas à mettre en avant ses propres positions. Ainsi, comme dans le cas de la déconfessionnalisation, il relança, quitte à gêner un Descamps désormais contraint à plus de réserve en raison de ses fonctions confédérales, le processus d’adhésion à la Fédération internationale des ouvriers sur métaux (FIOM), qui aboutit en avril 1968, faisant de la métallurgie la première fédération de la CFDT à rompre les liens avec son Internationale professionnelle chrétienne.
En mai 1968, Jean Maire fut une fois encore sur une ligne proche de celle de Descamps, recherchant un point d’équilibre entre solidarité avec le mouvement étudiant et maintien de l’alliance avec la CGT. Il fit partie de la délégation CFDT aux négociations de Grenelle. Il se montra, malgré son souci de l’unité, favorable au mot d’ordre d’autogestion et à la participation au meeting de Charléty. Au lendemain du conflit, il se retrouva à la tête d’une fédération renforcée et plus marquée à gauche. Au congrès confédéral de mai 1970, il défendit, au nom de la FGM, le projet présenté par André Jeanson sur le socialisme autogestionnaire, mais présenta des amendements qui, adoptés, conduisirent à radicaliser le texte : la « lutte de classe » fut désormais assumée comme une « stratégie offensive » visant à abattre le capitalisme et le Parti communiste fut explicitement mentionné comme une composante à part entière des « forces socialistes ». Ces positions accélérèrent le rapprochement avec la Fédération CGT des métaux (FTM-CGT), stimulé par des réunions communes des deux organisations françaises avec leurs homologues italiennes, elles-mêmes déjà engagées dans un processus unitaire très avancé. Au congrès de Dijon de la FGM, en mai 1971, une délégation de la CGT fut officiellement invitée, ce qui constitua une première au sein de la CFDT. À ce même congrès, Jean Maire abandonna ses responsabilités, après une décennie passée à la tête de sa fédération, et transmit le flambeau à son adjoint, le sidérurgiste lorrain Jacques Chérèque.
Au lendemain de son départ, il fut embauché comme administrateur délégué par le Centre de formation professionnelle Yves Bodiguel, géré par la FGM, et exerça cette fonction jusqu’à son soixantième anniversaire, en juin 1982, date à laquelle il fit valoir ses droits à la retraite. De moins en moins impliqué sur le plan religieux (il avait vite abandonné l’ACO à son arrivée en région parisienne, et tout en conservant la foi, s’était progressivement éloigné de la pratique à l’exemple de ses enfants), il s’engagea sans réserve, en revanche, dans l’action politique. Dès 1971, tout comme son proche voisin de Soisy, Eugène Descamps, qui venait de quitter le secrétariat général de la CFDT, il adhéra à la section locale du PS d’Épinay. Si l’état de santé de son ami l’empêcha d’y exercer des responsabilités importantes, ce ne fut pas le cas de Jean Maire. Par dérogation, il put sans délai assister aux débats de la commission exécutive départementale à titre consultatif, devint rapidement secrétaire de sa section, et, dès 1975, fut élu premier secrétaire de la fédération du Val-d’Oise. Il siégea même deux ans au comité directeur du PS comme membre suppléant. Il fut, en 1973, puis en 1978, candidat malheureux aux législatives de sa circonscription, se présenta aux cantonales en 1976 et 1982 et fut également tête de liste pour les municipales de 1977 à Soisy.
Après sa retraite, il donna la priorité à ses engagements associatifs. Sur le plan national, de 1982 à 1990, il succéda à l’ancien président de la CFDT, André Jeanson, à la présidence du Comité de liaison pour l’alphabétisation et la promotion des travailleurs étrangers (CLAP). De 1995 à 1998, il fut président du Centre de formation et de réinsertion professionnelle (CEFORP). Sur le plan local, il milita, aux côtés de son épouse, également très impliquée dans la vie politique et associative de Soisy, dans plusieurs associations de quartier, visant en particulier à favoriser l’accueil des populations immigrées et le dialogue interculturel. À partir de 1985, il fut également, comme elle, délégué départemental de l’Éducation nationale.

SOURCES : Archives interfédérales CFDT, fonds FGMM (presse, réunions statutaires, dossiers personnels). — Archives confédérales CFDT : entretien avec Louisette Battais, mars 1988 ; presse et réunions statutaires. — Henri Bourdais, La JOC sous l’Occupation allemande, L’Atelier, 1995. — Frank Georgi, Soufflons nous-mêmes notre forge. Une histoire de la fédération de la Métallurgie CFTC-CFDT 1920-1974, L’Atelier, 1991. —Frank Georgi, L’Invention de la CFDT 1957-1970, L’Atelier, CNRS, 1995. — Frank Georgi, Eugène Descamps, chrétien et syndicaliste, L’Atelier, Collection La Part des hommes, 1997. — Hervé Hamon, Patrick Rotman, La Deuxième gauche. Histoire intellectuelle et politique de la CFDT, Ramsay, 1982. — Michel Branciard, Histoire de la CFDT. 70 ans d’action syndicale, La Découverte, 1990. — Notice « Jean Maire », établie par Jean-Marie Conraud. — Entretien de Jean Maire avec Jean Limonet, novembre 2008. — Entretiens de Jean Maire avec l’auteur, janvier 1991. — Voir l’inventaire du fonds J. Maire, en ligne (Arch. conf. CFDT).

Frank Georgi

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