MAGNE Marius, Henri

Par Jacques Girault

Né le 15 janvier 1896 à Artigues (Var), mort le 9 juillet 1980 à La Farlède (Var) ; cultivateur ; militant communiste dans le Var ; conseiller d’arrondissement en 1934, adjoint au maire de La Valette.

Fils d’un fermier, Marius Magne était l’aîné de trois enfants. Son père, républicain, conseiller municipal de la commune, lui fit donner les premiers sacrements catholiques. Il devint en 1904 fermier à Saint-Maximin. Marius Magne, après avoir obtenu le Certificat d’études primaires à l’école de Seillons, s’employa comme ouvrier agricole chez son père. Il adhéra le 20 janvier 1913 au cercle de l’Union démocratique de Nans-les-Pins et participa aux discussions animées des « rouges » ralliés à la SFIO. Au début de la guerre, il s’opposa souvent aux vieux socialistes du cercle, partisans de la participation au gouvernement telle que le préconisait le député Octave Vigne. 



En avril 1916, Magne partit effectuer son service militaire à Menton (Alpes-Maritimes) dans les Chasseurs alpins. Très vite, il fut envoyé au front en Alsace et dans la Somme. Outre la Médaille militaire et la Légion d’honneur, il y reçut quatre citations. 

Au front, il partagea les idées pacifistes et défendit la révolution russe. De retour dans le Var, ouvrier granger à Nans, il participa aux revendications des démobilisés. Comme les membres du cercle « rouge », il milita lors de la campagne électorale de novembre 1919 pour la liste de la SFIO. Au moment du congrès de Tours, il choisit l’adhésion à la IIIe Internationale et obtint dans le courant de l’année 1921 la carte du Parti socialiste (SFIC) à la section de Saint-Maximin. L’année suivante, avec trois autres militants, il créa une section communiste à Nans. La police alors le donnait avec son père comme des communistes actifs de la commune.



Magne devint en novembre 1924 régisseur du domaine du Boulon à Tourves. Il resta encore pendant un an adhérent de la section communiste de Nans. Le 4 février 1924, l’Humanité citait son nom pour former une section communiste dans la commune. L’année suivante il rejoignit l’organisation créée à Tourves. La police le présentait alors comme le dirigeant de cette cellule.

Magne, candidat pour le conseil d’arrondissement dans le canton de Brignoles, obtint, le 19 juillet 1924, 319 voix sur 2 268 inscrits.



La lutte contre la guerre du Rif commençait. Le 5 juin 1925, à Tourves, Magne fut arrêté par la police pour affichage. Il fut relâché. L’agitation fut grande dans la région ; plusieurs militants communistes vinrent le soutenir, dont le député François Ternaux. Des élus socialistes montrèrent leur sympathie pour le mouvement. Des poursuites furent engagées contre Magne pour affichage. Le 14 août, il fut traduit devant le Tribunal correctionnel de Brignoles. Le procureur de la République, dans sa convocation, indiquait les motifs : « avoir le 5 juin 1925 […] dans un but de propagande anarchiste, par des affiches composées au regard du public, adressé des provocations à des militaires afin de les détourner de leurs devoirs militaires et de l’obéissance qu’ils doivent à leurs chefs dans tout ce qu’ils commandent pour l’exécution des lois et règlements militaires, en leur disant notamment " Camarades, soldats, on vous envoie criminellement contre les Riffains pour servir les intérêts des ploutocrates et des généraux au service de la Finance. Contre ceux qui vous poussent au massacre, fraternisez avec les Riffains" ». Des affiches analogues avaient été placardées à Brignoles par Charles Gaou et François Perrin qui étaient aussi poursuivis. Le Tribunal de Brignoles se déclara incompétent. La Cour d’appel d’Aix fut saisie. Une nouvelle comparution eut lieu le 12 septembre 1925. Défendu par maître André Berthon, Magne y fut condamné par défaut à cent francs d’amende. Mais l’affaire judiciaire fut renvoyée tour à tour le 3 octobre 1925, 20 novembre 1925, 4 février 1926. Enfin le 25 mars 1926 l’affaire put être jugée et Magne fut condamné à quarante jours de prison et 100 F d’amende pour « provocation publique de militaires à la désobéissance ». Une demande de grâce fut formulée et le procureur dut surseoir à plusieurs reprises à l’incarcération. Le 18 octobre 1926, Magne fut incarcéré à Draguignan et le 17 novembre, il fut libéré avec remise totale de peine. 

Quelques jours auparavant, une manifestation importante avait été organisée à Brignoles pour demander sa libération, celle de Perrin (condamné à quarante jours de prison) et celle de Gaou (condamné à six mois de prison). Cette campagne a tenu un rôle important dans le Var moyen et a marqué de très nombreuses mémoires. 



Magne se maria uniquement civilement à Nans en février 1926. Il prit successivement plusieurs fermes à son compte pendant six ans dans la région de Saint-Maximin. Son activité militante se relâcha quelque peu. Il gardait des liens à la fois avec les cellules de Saint-Maximin dont il était adhérent, et de Tourves. Il fut candidat pour le conseil général dans le canton de Saint-Maximin le 14 octobre 1928 et obtint 61 voix sur 2 289 inscrits.



En 1932, Magne vint s’installer comme métayer à Gonfaron, commune où le Parti communiste était influent, mais où aucun militant ne se détachait. Aussi, Magne fut-il choisi comme candidat lors de l’élection pour le conseil d’arrondissement dans le canton de Besse. Il s’opposait au conseiller sortant SFIO et le précédait le 7 octobre 1934 avec 401 voix sur 1 816 inscrits. N’ayant pas atteint le quart des inscrits, il ne fut pas proclamé élu. Le socialiste se désista pour lui, et pour le deuxième tour son bulletin portait "candidat de la discipline et de l’unité d’action". Il fut élu avec 486 voix.



Lors des élections municipales de 1935 à Gonfaron, Magne figurait sur une liste de six communistes, « liste du Bloc ouvrier et paysan et d’unité d’action antifasciste ». Le 5 mai, il obtint 171 voix sur 548 inscrits.



Magne quitta Gonfaron à la fin de 1935 ; il habita successivement à La Farlède, à Cuers (1937-1938) et à La Valette. Toutefois il resta inscrit à la cellule communiste de Gonfaron. 



Dès lors, Magne milita surtout dans les organisations paysannes. Il fit partie de la commission paysanne de la CGPT, de la commission agraire, du comité de défense des vignerons. Il intervint notamment après la vague de froid de mai 1935 pour obtenir une indemnisation. Il signa, comme métayer viticulteur à La Farlède, l’appel du comité de défense des vignerons pour le rassemblement de Brignoles, le 17 novembre 1935. Pour l’élection au conseil général de 1937, certaines cellules du canton de Besse le proposèrent, mais finalement un militant de Carnoules fut désigné.



Le 19 novembre 1938, la conférence régionale l’élut comme membre de la commission de contrôle de la Région communiste du Var. Le 1er juillet 1939, après un accident de voiture, il fut amputé du bras gauche, ce qui lui évita la mobilisation. 



Mis en demeure comme tous les élus communistes de répudier le Pacte germano-soviétique ou de démissionner, Magne écrivit au préfet du Var, le 17 janvier 1940, une lettre : « Si le jugement de ma conscience ne me permet pas de rendre les précurseurs du communisme seuls responsables de la guerre selon la thèse générale ou prétendue générale, ne pensez pas non plus que la croyance que j’ai en l’avenir du communisme m’empêche de désapprouver la politique de certains idéalistes communistes, ni de blâmer les fautes, les erreurs qui pourraient être des responsabilités ou des complicités dans le déclenchement de la guerre actuelle. »



Eprouvant depuis la Première Guerre mondiale l’horreur de la guerre, Magne condamnait aussi bien l’invasion de la Tchécoslovaquie, que celles de la Pologne ou de la Finlande comme il avait désapprouvé le massacre des Riffains par les troupes françaises. Depuis la dissolution du Parti communiste, il se considérait comme indépendant « de tout parti ou secte ». Le 23 février 1940, le président socialiste du conseil d’arrondissement lui écrivait : « Mes collègues et moi, gardons le meilleur souvenir de votre présence dans notre assemblée ainsi que de votre précieuse collaboration. » et le 7 mars, sa déchéance du mandat cantonal prise par le conseil de préfecture interdépartemental lui fut envoyée. 


Magne passa la guerre à La Valette. « Manquant de liaison, je suis forcé de rester un résistant obscur, isolé, agissant individuellement, sabotage, solidarité, aide aux réfractaires, ravitaillement (maquis de Collobrières), hébergement », écrivait-il. Membre du comité local de Libération de La Valette, le 10 septembre 1944, il fit partie de la délégation municipale, nommée le 6 octobre 1944, au titre de la CGT et de la corporation paysanne. Élu conseiller municipal sur la liste « d’Union patriotique républicaine antifasciste », en mai 1945, deuxième adjoint au maire, réélu en octobre 1947, il ne retrouva pas ce mandat en 1953. Il quitta la commune en 1948 pour La Crau, puis pour La Farlède. Il resta membre de la cellule communiste de La Valette jusqu’en 1950.



Jardinier au domaine des Gueules cassées à La Valette, Magne habitait dans le commune voisine de La Farlède. Désigné, à partir du 18 mai 1973, comme représentant des salariés agricoles pour la CGT au comité départemental de la formation professionnelle, de la promotion sociale et de l’emploi, toujours membre du Parti communiste, il était toujours membre du Parti communiste français.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article119420, notice MAGNE Marius, Henri par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 7 décembre 2017.

Par Jacques Girault

SOURCES :Arch. Dép. Var, 2 M 5 279, 2 M 6 21, 2 M 6 24-25, 2 M 7 35 2, 4 M 46, 4 M 59 4 1, 4 M 59 4 4, 18 M 100, cabinet 893 (2). — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6.10.803. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Notes de Jean-Marie Guillon.

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