LYOTARD Étienne, Marius

Par Jean-Michel Steiner

Né et mort à Saint-Étienne (Loire), 9 août 1892- 28 octobre 1954 ; professeur ; militant socialiste dans la Loire, adjoint au maire de Saint-Étienne.

Fils d’un graveur et d’une modiste qui habitaient le quartier des armuriers, Etienne Lyotard, bachelier en 1909, licencié d’allemand en 1912, obtint le diplôme d’études supérieures à la faculté des Lettres de Lyon en 1913 et fut admissible à l’agrégation d’allemand en 1920. Chargé de cours dans une école primaire supérieure et un cours complémentaire de Lyon entre 1913 et 1915, il fut délégué pour enseigner l’allemand au lycée Ampère de Lyon en novembre 1915, puis au lycée du Parc à Lyon en 1917. Également licencié d’anglais en 1916, il fut nommé pour enseigner l’anglais au collège de Civray (Vienne) en 1918, puis pour enseigner les lettres et l’allemand au collège d’Auxonne (Côte-d’Or) en 1919.

Lyotard, à Lyon, s’occupait des œuvres de guerre, mais surtout fréquentait les militants minoritaires qui s’opposaient à la guerre, autour de Claude Calzan*, et du Parti socialiste SFIO dont il était membre. Il participa au début de juillet 1916 à la formation du Comité lyonnais d’action internationale pour la paix, précédent le Comité pour la reprise des relations internationales de tendance "zimmerwaldienne". Quelques jours plus tard, il effectua un séjour d’un mois en Suisse qui attira l’attention de la police. Aussi fut-il accusé de participer à ce que le ministre de l’Instruction publique appelait un « comité révolutionnaire contre la guerre ». Selon le rapport, après avoir participé, le 18 mai 1917, au bureau d’une réunion interdite par le préfet, il fut suspendu de son enseignement. Il demanda un poste au début de 1918 et protesta contre sa sanction. Le ministère envisagea de le déplacer comme Calzan et Paul Cuminal* qui furent réintégrés dans leurs postes peu après. Il fut envoyé dans la Vienne en mai 1920 puis en Côte-d’Or, où, militant de la section socialiste SFIO, il fut suspecté d’avoir inspiré un article antimilitariste paru dans Le Canard enchaîné. Une enquête commença figurant dans son dossier administratif. Finalement l’inspecteur d’Académie concluait qu’il avait commis des « indiscrétions » susceptibles d’avoir été utilisées par le journal et le ministre lui adressa en juin 1920 un « blâme sévère ».

Lyotard quitta alors la métropole pour le collège de Tlemcen en Algérie à la rentrée de 1920. Titularisé comme professeur en 1923, il fut muté comme professeur d’anglais au lycée d’Oran en 1926 avant d’être nommé professeur d’allemand à Saint-Etienne au lycée Fauriel à partir d’octobre 1932. Il faisait de nombreux séjours en Allemagne.

Toujours membre du Parti socialiste SFIO, franc-maçon (il avait initié le 19 mai 1922 à la loge “L’Union” à Tlemcen). Vénérable de la loge « Les Elus » du Grand Orient de France depuis le 24 décembre 1932, il figurait sur une photographie du banquet lors d’un convent publié en septembre 1938 dans le numéro spécial sur la Franc-Maçonnerie du Crapouillot. Pendant l’été 1936, il avait effectué un séjour en Allemagne. À son retour, il raconta ce qu’il a vu devant les loges stéphanoises. Sa condamnation du régime nazi était sans appel.

En vertu de la loi du 11 août 1941 relative aux “dignitaires” de la franc-maçonnerie, son nom fut publié au Journal officiel le 15 septembre 1941. Il fut déclaré “démissionnaire d’office” de son poste de professeur d’allemand. À la Libération, il reprit la présidence de la loge “Les Elus”.

Lyotard se maria le 26 mars 1918 à La Fouillouse, près de Saint-Étienne, avec Marie Galley, institutrice. Le couple eut deux garçons.

Le préfet demanda son déplacement le 26 novembre 1940. Le directeur de l’enseignement secondaire refusa après le rapport de l’inspecteur d’Académie qui le considérait comme un « excellent professeur » ne se livrant à aucune propagande, le 23 décembre 1940. Relevé de ses fonctions le 3 octobre 1941, en raison de son appartenance à la Franc-Maçonnerie (Journal officiel du 15 septembre 1941, p. 3946, 2e col.), mis d’office à la retraite, il fut réintégré par arrêté du préfet du 30 août 1944. Il enseigna au lycée Fauriel jusqu’à sa retraite en novembre 1953.

Candidat sur la liste du Mouvement de Libération nationale lors des élections municipales de 1945, à Saint-Étienne, élu dixième adjoint au maire, le 18 mai, avec 21 voix contre 14 à Pralong, soutenu par le PCF, il reçut les délégations de l’Instruction publique, de la filmothèque et des œuvres postscolaires. Mais les communistes étant revenus sur leur décision de ne pas participer à la municipalité, il céda ces attributions à Marcel Goninet pour se contenter de l’orphelinat et des colonies de vacances. Le 31 mai 1945, il souleva devant le conseil deux affaires concernant le directeur de l’orphelinat du Rez, et son épouse. La première concernait un abus de confiance, la seconde des sévices à enfants. De 1945 à 1949, il fut irrégulièrement présent aux assemblées générales de la section socialiste SFIO. Le 13 janvier 1946, il demanda que les « Jeunesses socialistes s‘inscrivent aux cours et conférences » organisés par le Parti et que les « bibliothèques populaires soient dotées des livres qui leur avaient été enlevés sous Vichy ». Lyotard figura en quatrième position sur la liste que la SFIO présenta au scrutin municipal d’octobre 1947 qui obtint 7,4% des suffrages, contre 44,3% à la liste Alexandre de Fraissinette (RPF) et 28,7% à celle de Claudius Buard* (PCF).

Mort le 28 octobre 1954, ses obsèques maçonniques se déroulèrent le 30 octobre au cimetière du Crêt-de-Roc à Saint-Étienne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article119240, notice LYOTARD Étienne, Marius par Jean-Michel Steiner, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 17 janvier 2016.

Par Jean-Michel Steiner

SOURCES : Arch. Nat. F7/13613, 4 octobre 1916, F17 25517. — Arch Dép. Rhône, 4 M 4535. — Arch Mun. Saint-Étienne, 9 C 2 66, 1S 346. — Notes de Jacques Girault et de Jacky Narboux. — DBMOF.

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