LOUART Jacques, Philippe

Par Yves Le Maner

Né le 14 décembre 1874 à Angres (Pas-de-Calais), mort le 9 mars 1952 à Menton (Alpes-Maritimes) ; ouvrier mineur ; militant syndicaliste et socialiste du Pas-de-Calais ; secrétaire général puis vice-président du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais ; député-maire de Sallaumines, conseiller d’arrondissement.

Aîné d’une famille ouvrière de douze enfants, Jacques Louart descendit pour la première fois à la mine à l’âge de douze ans à la fosse 3 de Liévin (Pas-de-Calais). Alors qu’il avait à peine quinze ans, il adhéra au syndicat des mineurs, au Parti ouvrier français et prit part à sa première grève (1889). Très actif pendant les mouvements de 1891, 1893 et 1897, il appartenait déjà à la deuxième génération de syndicalistes du bassin minier. Son action militante au sein du "Vieux syndicat" lui valut alors de nombreux licenciements : congédié à la suite de la grève partielle de Liévin (décembre 1897-janvier 1898), il fut renvoyé par la Compagnie de Drocourt en 1899, puis par la Compagnie de Dourges en 1904.

Fondateur de la section du POF de Dourges, il milita aux Jeunesses socialistes en compagnie de Georges Dumoulin* et fut condamné, en 1898, à trois mois de prison pour ses propos lors d’une réunion qui s’était tenue à Liévin pour soutenir Émile Basly*. Après avoir été congédié de la fosse 7 de Dourges en 1904, il lui fut impossible de retrouver du travail et il partit travailler aux États-Unis, dans l’État du Kansas. Revenu en France en 1908, il fut réembauché aux mines de Courrières.

Louart, grâce à ses talents de négociateur, joua un rôle important dans le processus d’unification syndicale minière dans le Pas-de-Calais qui devait trouver son aboutissement en mars 1910 lorsque le "Jeune syndicat" de Benoît Broutchoux* fusionna avec le "Vieux syndicat" de Pierre Basly* et Arthur Lamendin* ; il fut délégué au congrès d’unité minière à Albi. A cette occasion, Louart fut élu membre du conseil d’administration du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais en compagnie d’Uriane Sorriaux*. Très populaire parmi les habitants des corons, il accéda en 1912 au conseil municipal de Sallaumines, qui allait devenir son fief personnel pour de longues années.

Mobilisé en 1914, Jacques Louart combattit cinq mois dans une unité d’infanterie avant d’être placé en affectation spéciale aux mines de Nœux (Pas-de-Calais) où il devait rester jusqu’en mars 1919. Pendant cette période, malgré l’opposition des autorités militaires, il se consacra à la reconstitution (qui devint effective à compter du 1er janvier 1916) du syndicat des mineurs aux côtés de Henri Cadot*, Mailhy et Alfred Maës*.

Secrétaire du syndicat des mines de Lens, il fut nommé en 1919 secrétaire à la propagande par ses pairs de la commission administrative du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais et il fut chargé, à ce titre, de la préparation des grèves de 1919. Mais Louart devait surtout attacher son nom à l’organisation des caisses de retraite minières. Responsable du contentieux au service des retraites du syndicat, il s’employa à créer des sections par puits, regroupées par concessions, qui comptaient plus de quarante mille adhérents dès 1920. Cette action lui valut bientôt le surnom de "Père des pensionnés".

Malgré sa profonde opposition aux thèses communistes, Louart fut l’un des seuls dirigeants du syndicat des mineurs à s’opposer au mécanisme de la scission. Celle-ci était entrée dans les faits au lendemain du congrès confédéral de Lille (1921), il fut cependant désigné comme secrétaire général du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais dont l’immense majorité des adhérents avait choisi de rester au sein de la CGT. Il mena cette tâche parallèlement à celle d’administrateur de la Caisse autonome des mines jusqu’en 1928, date à laquelle la mort de Émile Basly* le fit accéder aux fonctions de vice-président du syndicat des mineurs, poste qu’il conserva à l’issue de la fusion avec le syndicat unitaire à la fin de l’année 1935 (voir Henri Cadot*). Membre du comité de la Fédération CGT puis CGT réunifiée des travailleurs du sous-sol de 1921 à 1936, Jacques Louart assista pendant cette période à la quasi-totalité des congrès confédéraux.

Fidèle à la pratique de tous les dirigeants "baslicots" du syndicat des mineurs, Jacques Louart mena toujours en parallèle action syndicale et action politique. Figurant parmi les responsables de la fédération cantonale du Parti SFIO de Lens-Est - Lens-Ouest, il se présenta à de multiples élections sous la bannière socialiste. Conseiller municipal depuis 1912, choisi comme premier adjoint au maire de Sallaumines en 1919, il entra au conseil d’arrondissement comme représentant du canton de Lens-Est à l’occasion d’une élection partielle en 1920 ; réélu en 1922, il conserva ce mandat jusqu’en 1928. Élu maire de Sallaumines en 1925 en remplacement d’un communiste, Louart fut désigné par la Fédération socialiste pour succéder à Émile Basly* comme candidat à la députation dans la 2e circonscription de Béthune lors des législatives de 1928. Malgré l’opposition du candidat socialiste dissident, Eugène Chopin*, maire de Montigny-en-Gohelle, il l’emporta au second tour. Difficilement réélu en 1932, Louart siégea tout naturellement à la commission des mines de l’Assemblée nationale et fut pendant ses deux législatures à l’origine de plusieurs textes relatifs à l’amélioration de la condition du mineur. Il s’intéressa cependant à d’autres problèmes concernant la région Nord, et en particulier à la situation des agriculteurs des régions dévastées et à la "liniculture". Il fut d’autre part rapporteur de la proposition du groupe socialiste concernant les orphelins mineurs.

Malgré son action à la Chambre des députés et ses fonctions dirigeantes au syndicat des mineurs, Louart vit son influence s’effriter progressivement. Battu lors des municipales de 1935 par le candidat communiste dans son fief de Sallaumines, il fut remplacé par Paul Sion, trésorier du syndicat des mineurs, comme candidat du Parti SFIO aux élections législatives de 1936 dans la 2e circonscription de Béthune. Cette situation incita Louart à cesser toute activité militante, tant politique que syndicale, et il se retira pour finir ses jours dans le Midi de la France.

Jacques Louart était titulaire de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article118954, notice LOUART Jacques, Philippe par Yves Le Maner, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 18 juin 2011.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Nat. F7/13027, 13084. — Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 177 (avec photographie), 179, 2372, 2500, 2506, 5221, 5304. — L’Espoir, 16 mars 1952. — J.-M. Lemaire, Mémoire de Maîtrise, op. cit. — J. Jolly, Dictionnaire des Parlementaires, op. cit.

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